Combien ça vaut…douze millions d’êtres humains ? 8

Que valent ces deux millions d’enfants, la plupart décharnés,  souvent contre la poitrine tout aussi amaigrie de leur maman, sous un soleil de plomb, dans la poussière de la Somalie ou de l’Éthiopie en proie au bourdonnement de nuées de mouches ? Combien valent, mesdames et messieurs les puissants de ce monde, douze millions d’êtres humains encerclés par la mort qui rôde pendant que vous tenez réunion après réunion à Rome, à Nairobi ou ailleurs ? Certes, vous faites de beaux discours avec des trémolos dans la voix, mais vous ne faites rien ! Il vous arrive même de visiter la désespérance, les douleurs, l’horreur, l’agonie dans vos costumes trois pièces pour quelques minutes dans les camps de réfugiés. Puis, vous parlez. Vous parlez encore et toujours pour les télévisions, de manière proportionnelle à votre inaction concrète. Oui, dites nous, combien valent-ils ces enfants, ces femmes, ces hommes qui, en perdant leurs troupeaux, morts de faim et de soif, ont tout perdu et sont devenus eux aussi la proie de cette atroce mort ? Combien valent-ils ? Dix millions d’euros a répondu le gouvernement français. Honteux ! C’est le montant de la contribution de la France à la solidarité.

Dix millions ! C’est beaucoup moins élevé que le prix de n’importe quel hôtel particulier de Neuilly qui abrite n’importe lequel de ces maîtres de l’oligarchie française. Certes, on va encore nous rétorquer, sur le ton de ces donneurs de leçon qui mangeront langouste et caviar le weekend prochain sur leur yacht, que c’est la crise. De quelle crise parle-t-on ? La France dépense chaque jour plus de deux millions d’euros dans d’inutiles et imbéciles guerres en Libye ou en Afghanistan. Le budget militaire des Etats-Unis dépasse les 600 milliards de dollars. Mais, cette famine pour eux, ça vaut vingt millions de dollars ! Alors qu’ils  viennent de décider qu’ils peuvent s’octroyer 2100 milliards de dollars supplémentaires de dette. Or, l’Organisation des Nations-Unies réclame moins de deux milliards de dollars pour augmenter l’aide d’urgence à ces populations.

Alors, que valent douze millions d’êtres humains pour la nouvelle aristocratie mondiale dont les noms figurent au palmarès des plus grandes fortunes de la terre ? Les trois premières d’entre elles sur le podium de l’ultra-richesse disposent à elles seules d’un patrimoine plus élevé que la richesse totale des 50 pays les moins développés. Que valent alors ces douze millions d’êtres humains qui agonisent dans la suffocante chaleur africaine ? Certes, il y sévit la plus grande sécheresse depuis 60 ans. Mais comment peut-on aller sur la lune, explorer la planète Mars à la recherche de traces d’eau et être incapable de construire des usines de dessalement de l’eau de mer pour douze millions d’êtres humains ?

Cette famine n’est pas d’origine essentiellement technique. Elle prend sa source, comme les multiples maux qui minent désormais les équilibres et la vie sur notre planète, dans des décisions politiques au seul service de la finance. Oui, des décisions, des choix qui refusent de constituer des stocks publics mondiaux de céréales contre la spéculation sur les matières premières agricoles. Qui laissent des pays entiers mourir à petit feu pour satisfaire les institutions financières internationales qui se nourrissent de la dette de ces pays et de ses intérêts, sans pouvoir produire. Qui préconisent et organisent le libre-échangisme intégral et cette concurrence prétendument libre et totalement inégale et faussée, ces deux mamelles du capitalisme mondialisé. Ce système favorise l’agriculture des terres fertiles au détriment des terres moins riches et soumises aux aléas climatiques. Au nom d’on ne sait quelle écologie, il privilégie la production d’agro-carburants au détriment de cultures vivrières en Afrique pour alimenter demain les réservoirs de nos voitures. Il oblige des paysans d’Éthiopie ou du Kenya devenus esclaves modernes à produire des fleurs qui sont réexportées en Europe. Un système, le capitalisme mondialisé et financiarisé, incapable de concevoir que l’argent dilapidé dans la course aux armements et dans la guerre soit consacré à la recherche sur le climat, l’agronomie, l’eau ou les semences pour nourrir durablement une population mondiale qui va encore considérablement augmenter. Tout aussi incapable de concevoir un monde dans lequel l’eau, l’énergie et la production agricole seraient, comme l’air que l’on respire, des biens publics mondiaux, avec la possibilité pour chaque peuple de décréter les moyens de sa souveraineté alimentaire. L’urgence est l’aide à apporter. Saluons et félicitons les organisations de solidarité, les bénévoles qui se dévouent pour aider ces populations. En même temps, une réflexion sur l’avenir s’impose.

La crise de ce système et le niveau atteint par la civilisation appellent partout coopération et partage. Mais, la course à la rentabilité capitaliste s’y oppose. Parce qu’il s’agit d’enjeux planétaires, parce qu’il s’agit de chaque être humain, de son environnement, il faut sortir de cette loi de la jungle, de la concurrence de tous contre tous, au profit de la solidarité et de la coopération. Coopération entre équipes de chercheurs et partage des savoirs. Coopération, réorientation et partage des richesses ; nouvelle manière de produire celles-ci. Coopération internationale et droits des peuples à disposer de leur souveraineté économique, politique, énergétique, alimentaire ; droits des peuples à penser un autre avenir, plaçant l’humain au cœur de tous les choix et gérant ensemble par de nouvelles institutions démocratiques, la planète au service de tous et non plus pour l’argent de quelques-uns qui détruit tout et sème la misère, la pauvreté, la mort partout.

Le monde aujourd’hui a besoin de ce nouvel humanisme, de ce communisme de liberté, de solidarité et de partage à inventer, dans un processus démocratique inédit qui permette de redonner leur immense valeur humaine aux douze millions d’êtres humains qui agonisent dans la canicule africaine.

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Famine dans la Corne de l’Afrique : l’Union européenne doit agir, vite, et avec force ! 5

Pendant que le Nord cherche désespérément à sauver ses banques, dans la Corne de l’Afrique on se bat chaque jour pour la survie. Dans une indifférence qui n’a que trop duré, la famine s’installe, tuant par centaines hommes, femmes et enfants. Cette situation est intolérable !

J’ai interpelé Herman Van Rompuy, Président du Conseil européen, pour lui demander d’être à l’initiative d’une réévaluation mondiale de l’aide urgente à apporter aux populations frappées par la famine dans la Corne de l’Afrique, en portant celle de l’Union européenne à un niveau en rapport avec les immenses besoins.

Voici le texte de ce courrier :

Monsieur le Président,

L’Union européenne ne peut rester insensible au terrible drame qui se noue actuellement dans la Corne de l’Afrique : la Somalie, l’Ethiopie, l’Erythrée et le Kenya.

Les images de ces milliers d’enfants mourant de faim en direct sur nos écrans, portés par leurs mamans au visage décharné, harassées de fatigue sous un soleil de plomb nous révoltent en ce siècle où la médecine comme les progrès de la technologie permettraient d’éviter ces catastrophes meurtrières.

Personne ne peut comprendre que les institutions internationales dont les institutions européennes mégotent en ces douloureuses circonstances sur l’aide d’urgence à apporter. Personne ne peut comprendre que l’Union européenne ait pu mettre si rapidement tant de milliards d’euros sur la table pour sauver les banques pendant qu’elle n’octroie chichement que cent millions d’euros pour venir en aide à ces populations. Les 27,8 millions d’euros que la Commission a annoncé avoir débloqués ne sont rien en comparaison au 1,6 milliard d’euros nécessaire en urgence selon la FAO.

Cette attitude est l’exact contraire du visage de l’Europe de la solidarité et de la coopération à laquelle nous souhaiterions tous appartenir.

Voilà pourquoi, Monsieur le Président du Conseil, je vous demande d’être à l’initiative d’une réévaluation mondiale substantielle de l’aide urgente à apporter à ces populations en portant celle de l’Union européenne à un niveau en rapport avec les immenses besoins. Cela donnerait beaucoup de poids aux interventions que je souhaite vous voir prendre auprès de tous les gouvernements de la planète, afin qu’il soit répondu sans délai à la sollicitation de l’Organisation des Nations Unies. Il convient en effet que les moyens mis en œuvre permettent que cesse l’inhumaine sélection à l’entrée des camps de réfugiés, et que soient pris en charge en amont ces enfants, femmes et hommes grâce à l’organisation de corridors humanitaires.

D’autre part, il m’apparaît de votre devoir de faire entendre la voix de la justice en interdisant aux fonds financiers qui spéculent actuellement sur les matières premières agricoles de continuer ainsi à s’enrichir sur le malheur de ces populations et de ces enfants qui agonisent. Il est notoirement scandaleux de constater que le prix des céréales vendues dans cette région a bondi de 270 %.

Dans le même temps, vous devriez être à l’initiative d’une action internationale pour faire cesser l’absorption des revenus de ces Etats par les institutions financières via le service de la dette. L’Union européenne doit agir pour obtenir des moratoires sur les dettes de ces Etats et l’annulation de parties substantielles de celle-ci sans quoi ces pays et leurs peuples sont condamnés.

Enfin, le problème que connait cette région n’est pas seulement et essentiellement d’origine technique. Il est foncièrement politique. Rien en effet n’a été fait pour aider à lutter contre la sécheresse, notamment en soutenant l’investissement pour la reconstruction des systèmes de retenue d’eau ; de collecte et de canalisation de celle-ci. Cela fait pourtant cinq années que la sécheresse sévit dans cette région et la dramatique situation actuelle était prévisible et prévue. Or, le développement de l’agriculture vivrière locale a été considérablement entravé.

L’Union européenne devrait s’engager à proposer un grand programme de coopération pour protéger les populations ainsi que pour développer les infrastructures et l’agriculture vivrière dans ces pays sinistrés. Il faudrait pour cela mettre un terme au scandale de leur dette extérieure, et au dumping agricole que l’Europe mène et qui achève de détruire la paysannerie africaine. Nul ne peut admettre que tant d’argent soit dépensé en ce moment même dans des guerres alors qu’on laisse agoniser ainsi des populations africaines.

Persuadé que ce courrier retiendra toute votre attention,

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma plus haute considération.

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