Disparition de Jorge Semprun 3

En nous quittant hier, Jorge Semprun emporte avec lui la part vivante  d’une époque qu’il avait contribué à façonner. Sans cesse, il a combattu les horreurs et tenté de faire vivre de grands espoirs ; sans cesse il a agi pour faire reculer toutes les guerres et que progressent  les splendides combats pour la liberté ; sans cesse, il aura tout fait pour que reculent les crimes de masse et triomphent les résistances qu’il ne sépara jamais  de la promotion  de la culture et de ses chefs d’œuvre. La douceur des paroles de Jorge Semprun, ses mots travaillés, couchés dans tant de beaux livres et de forts textes, en faisait un être extrêmement attachant. Il était si beau, paraissait si fragile et si fort à la fois, si complet aussi tant on ne pouvait distinguer l’une de ses activités de l’autre.

Il était Résistant, homme d’état, écrivain, philosophe, ou encore scénariste. Il était un immense intellectuel, acteur de son siècle qui portait toujours la révolte contre l’injustice et l’aspiration, le pressentiment d’un monde meilleur à venir. Un homme politique aussi, durement maltraité par le parti qui fut un temps le sien, le PCE.

J’aurais du mal à dire d’où est venu l’engagement de Jorge Semprun. Mais, il forçait mon admiration. Bien sûr le coup d’Etat de Franco, la guerre d’Espagne et la défaite de la République, et puis bien sûr le terrible séjour à Buchenwald forgeront son caractère combatif. Mais l’humanisme, l’attachement farouche à la liberté, à la démocratie, à l’égalité  et à la justice avaient chez lui un caractère déroutant d’évidence, sensible dans toute son œuvre.

Jorge Semprun  écrivait en français tout en ayant été ministre de la Culture d’Espagne. Il était tout à la fois attaché à son pays d’origine et ouvert sur le monde. Il croyait à la belle idée européenne, celle de la solidarité entre les peuples, celle du mélange des cultures. Il la souhaitait, évidemment pas celle des sombres jours d’aujourd’hui. Son projet mélangeait l’humanisme et les mises en commun des peuples européens. Il était un homme de respect. Chacun, quelles que soient ses opinions, le lui rendait.

Nous sommes très tristes. Pour la liberté, pour la culture, pour sa compagnie, nous le remercions tendrement.

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