L’avenir de la gauche ne dépend pas … d’un seul homme 5

Ainsi la vie politique ne tiendrait qu’à un fil. Une précampagne présidentielle serait totalement bouleversée. L’un de ses présumés candidats, non déclaré à de futures primaires du principal parti de la gauche serait sous le coup d’accusations très graves pour des faits se déroulant au … 28ème étage d’une chambre d’hôtel dans… le quartier de Manhattan à New-York.

A l’heure où ces lignes sont imprimées, nous ne savons pas ce qui s’y est exactement passé, puisqu’une seule version, celle de la police et de l’accusation, nous a été très ostensiblement présentée, faisant fi du principe de présomption d’innocence pourtant revendiqué par le système américain. La présomption de sincérité doit tout autant prévaloir pour celle qui a porté plainte. Comme tout être sensible et responsable, nous sommes à la fois incrédules, abasourdis, choqués par les informations concernant M. Dominique Strauss-Kahn et leur mise en scène. Il est à la fois l’un des hommes les plus puissants du monde, comme directeur général du Fonds monétaire international, ancien ministre français et l’un des possibles candidats du Parti socialiste à la prochaine élection présidentielle. C’est parce qu’il est présenté comme susceptible d’être élu Président de la République que l’affaire prend cette ampleur.

Tout cela suscite d’ores et déjà quelques réflexions. La première tient à la combinaison du présidentialisme monarchique et  d’un complexe médiatique et sondagier. Elle place l’avenir d’un courant politique, voire l’avenir de la principale échéance électorale nationale, donc peut être le devenir du pays, entre les mains d’un seul homme, à un an de l’élection présidentielle. Voilà, sur le fond,  d’où vient cette incroyable fragilité qui nous laisse tous perplexes.

La seconde. Alors que la crise économique et sociale produit ses terribles effets, qu’elle s’accompagne de doutes,  de méfiance, parfois même de rejet vis-à-vis des responsables politiques, ces événements ne feront qu’élargir encore plus le fossé entre « la politique » et les citoyens. Quelle aubaine pour le développement des populismes et de l’extrémisme de droite ! Tous ceux qui au petit matin, dimanche dernier, ont complaisamment tendu leurs micros et caméras d’abord vers Mme Le Pen, ont pris là une bien lourde responsabilité.

La troisième réflexion ne nous conduit bien sûr pas à nier la gravité des accusations, l’importance de la personnalité en cause et aussi le sort de sa victime présumée, mieux protégée dans ses droits que le présumé innocent. Mais ceci nécessite-t-il la mise en haleine médiatique permanente de tous les citoyens sommés de ne plus penser qu’à cela. Pourquoi tant de caméras et de micros pour nous présenter une seule thèse. Pourquoi ces images dégradantes ? Pourquoi cette information à sens unique ? Que sont devenues les victimes du tremblement de terre au Japon, celles de la répression en Syrie, les Tunisiens sans papiers et ceux qui poursuivent des révolutions, les Palestiniens tués dimanche dernier par les balles israéliennes, les peuples européens, notamment grec, portugais, irlandais, soumis aux purges sociales ou encore les fermetures de classes ?

Au nom du  traitement de la situation d’un individu, certes important, faut-il négliger la multitude de celles et ceux aux prises avec les terribles difficultés de la vie, qui ne sont pas sans lien avec le rôle du  directeur général du FMI, des  gouvernements et des institutions européennes ?

Quatrièmement, nous ne souhaitons pas que notre pays prenne pour modèle un système de justice américain, comme le tente le pouvoir sarkozyste. Ceci mériterait d’être développé.

Enfin, et ce sera ma dernière observation, un homme va peut être manquer mais tout n’est pas dépeuplé ! L’avenir de la gauche ne dépend pas et ne peut dépendre de la situation ou de la volonté d’un seul homme. Elle peut et doit battre M. Sarkozy. La gauche est diverse. Elle n’est ni décapitée, ni orpheline. Par contre, elle s’est coupée de ses racines populaires. Des liens sont donc à retisser, des actions à mener, des réflexions, des débats  à conduire, des innovations à découvrir pour, d’un même mouvement, se rassembler afin de se débarrasser du sarkozysme et d’ouvrir les chemins inédits d’un nouveau progressisme.  Les confrontations doivent être d’autant plus vives, soutenues et argumentées que tout est fait pour placer l’extrême-droite aux thèses simplistes au cœur de la vie politique dans le but de sauver le capital. Ce qui implique, par exemple, de ne pas la conforter en organisant  la division de la société, en faisant croire que l’austérité, la précarité, les injustices viendraient de l’extérieur ou encore de l’autre parce que différent, alors qu’elles sont le résultat de politiques nationales et européennes au service des seuls marchés financiers. De ne pas non plus procéder à une stratification des classes sociales comme vient de le faire une fondation proche de M. Strauss-Kahn qui  aboutit à considérer la classe ouvrière au sens large, les couches les plus populaires comme non prioritaires dans le programme d’un candidat de gauche, alors que c’est exactement l’inverse qu’il faudra faire.

Plus une gauche ancrée sur les attentes les plus quotidiennes du monde du travail et de la création, s’attachera à améliorer le sort des plus pauvres, à décapiter le chômage et la précarité, à mettre en œuvre une fiscalité anti-prédateurs, profiteurs et spéculateurs, à initier un nouveau crédit public, à changer la Banque centrale européenne et à créer des pôles publics bancaires, à répartir autrement les richesses pour améliorer les salaires, à agir pour changer l’Union européenne, plus elle servira du même coup  toute la société et l’intérêt général. C’est à y contribuer que doit se mobiliser un Front de Gauche ouvert, unitaire et populaire.

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Du Japon à Benghazi, au vote de dimanche 2

Tout progressiste, au-delà tout humaniste, ne peut qu’être tourmenté, questionné par des événements aux multiples contradictions dont il sent qu’il ne dispose pas pleinement des moyens de contribuer à leur résolution. De la crise mondiale sans fin, du séisme au Japon doublé d’un très grave accident nucléaire, de la poursuite des révolutions arabes aujourd’hui bloquées par des richissimes dictateurs, autocrates mégalomanes, réprimant leur peuple comme en Libye, au Yémen, en Arabie Saoudite et au scénario de guerre en cours en Libye, jusqu’à nos élections cantonales marquées par un grand silence des urnes et une inquiétante montée de l’extrême-droite ; tout pousse à l’inquiétude et parfois même à l’angoisse.

Ces événements qui n’ont pas de lien entre eux bouleversent considérablement notre manière de penser le monde et son avenir. Raison de plus pour que chacune et chacun en devienne plus maître, actrice et acteur en toute connaissance de cause. Plus que jamais, les peuples doivent prendre leur destin en main.

En saluant le courage du peuple japonais, celui extraordinaire des pompiers, des services de sécurité et des travailleurs de la centrale de Fukushima Daiichi, nous adressons nos pensées et nos condoléances à celles et ceux qui ont perdu l’une ou l’un des leurs. La solidarité mondiale est indispensable. Au-delà, de nouvelles réflexions doivent être désormais menées. Le Japon est à 10 000 km, mais il est de l’autre côté de la rue quand un nuage radioactif le traverse, ou que l’eau ou les fraises importées sont contaminées. Vraiment, nous sommes tous concernés d’autant plus que des centrales nucléaires, il y en a sur notre sol ! Au nom de quoi doit-on accepter que certaines, dans le monde, puissent être construites sur des failles sismiques, des zones de possibles tsunamis ou dans des pays ne disposant pas d’un niveau de développement suffisant pour assurer leur sécurité ? La privatisation de telles industries, induisant leur gestion sur les critères court-termistes du profit augmente encore considérablement les risques. Ceci renforce l’idée de faire de l’accès à l’énergie, dans un contexte où la population mondiale va beaucoup grandir, un bien commun public, accessible à chacun, quel que soit l’endroit de la planète où il vit. L’humanité a besoin d’une réflexion et d’une coopération mondiale. Il s’agit, en associant le maximum de scientifiques dont les confrontations publiques éclaireraient les populations, de permettre à ces dernières de dégager les voies de l’autosuffisance et de la diversification des sources de production d’énergie pour un développement durable partagé, dans la sureté la plus grande. En les associant à de nouvelles économies, à la recherche de nouvelles formes d’énergie, tout en incluant l’indispensable paramètre de la nécessaire réduction des gaz à effet de serre, on pourrait défricher des voies nouvelles d’un avenir stable et meilleur. Un tel débat nécessite plus de transparence dans les informations, sur l’état des recherches, sur les avantages et les inconvénients de chacune des sources envisagées, de telle sorte que les citoyens soient en mesure de choisir et de décider en pleine responsabilité. De telles orientations sont d’autant plus difficiles à prendre que dans la crise mondiale et avec la raréfaction en marche des sources fossiles d’énergie, la répercussion de leur coût sur celui des activités humaines peut encore s’amplifier. L’heure n’est donc pas au tous contre tous, mais à la solidarité, à la coopération pour un monde où le maître mot devrait être le partage des informations, des connaissances, des décisions et des pouvoirs, un monde vraiment commun.

Des interrogations de même nature existent au sujet de la Libye. Comment empêcher un tyran d’exterminer ceux qui se révoltent contre lui ? Aucune proposition convaincante autre que celle d’une « zone d’exclusion aérienne », conçue comme un moyen d’empêcher les avions et hélicoptères du dictateur Kadhafi de bombarder la population civile, n’a été avancée. Protéger les populations victimes d’attaques, de fusillades et de massacres, qui appellent au secours, est un devoir. Le contenu de la résolution dite 1973 de l’ONU permet de l’assumer et elle a été présentée comme telle, bien tardivement il est vrai. La Chine, la Russie, le Brésil, l’Inde ne s’y opposant pas au nom du principe de « protection des populations », tel que prévu dans la charte de l’ONU. Ce concept de « responsabilité de protéger » s’oppose au « devoir d’ingérence ». D’autre part, il était important que la résolution soit adoptée au titre du chapitre VII de la charte des Nations-Unies qui concerne « le maintien de la paix internationale ». Les autres mesures concernaient l’embargo sur les armes et le gel des avoirs de Kadhafi. Mais les choses sont rapidement allées au-delà. Kadhafi a montré sa duplicité en faisant croire à une cessation des combats, avouant par là même qu’il mène une guerre à son peuple. L’ONU qualifie à juste titre ces massacres de « crimes contre l’humanité ». Ceci a conduit une coalition hétéroclite d’États  à déclencher des frappes. Très vite, les tirs n’ont pas eu pour seul objet de bloquer des engins aériens, de réduire des défenses anti-aériennes, ils ont aussi détruit des infrastructures, des bâtiments jouxtant le palais présidentiel manifestement hors du concept de “zone d’exclusion aérienne”.

On entre là dans une autre stratégie que celle qui avait été annoncée. Ce peut être très dangereux et dégénérer en crise mondiale. De plus en plus d’Etats s’en inquiètent à juste titre. Ce n’est pas une force dirigée par l’ONU (de type Forpronu) qui coordonne les actions militaires, mais un général nord-américain. Voilà maintenant que des pays veulent la placer sous l’égide de l’OTAN ? Si tel était le cas, le mandat donné à l’ONU serait clairement et nettement violé. Le monde aurait été trompé. On est déjà depuis dimanche au-delà d’un concept de zone d’exclusion aérienne. On a du mal à concevoir que des frappes touchent le sol libyen, alors qu’à côté, au Yemen, au Barheïn, en Arabie Saoudite, en Syrie, rien n’est fait pour empêcher le pouvoir de tirer sur la foule. La répression s’abat sur les manifestants. Et puis pourquoi ces messieurs Sarkozy, Cameron, Berlusconi, devenus si actifs, n’ont ils jamais défendu l’idée de neutraliser les bombardiers israéliens détruisant Gaza en janvier 2009 ? En étant au-delà du mandat de l’ONU, la coalition qui mène cette guerre prend le risque grave d’escalade, de partition de la Libye, mais aussi d’autres pays arabes alentours, peut-être pour que demain les puissances occidentales se partagent les dépouilles de ces territoires et leurs richesses. Pour empêcher de telles dérives intolérables, mais aussi, inséparablement, pour que le tyran libyen ne poursuive pas sa funeste chasse à l’homme contre ceux qui combattent sa dictature et souhaitent sincèrement la liberté et la démocratie, il faut que les opinions publiques imposent le retour à la seule application de la résolution de l’ONU. Le devoir de protection des populations ne doit pas être le prétexte au déclenchement d’une guerre pour des intérêts politiques, économiques et géostratégiques de domination des puissances impérialistes. Et le choix des dirigeants libyens doit appartenir au seul peuple libyen. Pesons plus fort, partout, pour que le mouvement démocratique des peuples arabes ne soit entamé d’aucune manière.

A l’heure de l’information instantanée, dans un monde mondialisé, tous les humanistes, les progressistes, s’identifient et communient avec les peuples japonais ou tunisiens, égyptiens et libyens comme d’autres qui veulent s’émanciper des jougs de dictateurs, d’autres que la spéculation financière prive d’emploi, de logement, d’énergie ou d’alimentation à en mourir, sous la férule d’un ultra-capitalisme débridé, soutenu par une militarisation renforcée. Raison de plus pour repousser la véritable purge sociale et l’autoritarisme envisagés par le « pacte pour l’Euro ». Cette Union européenne porte en elle de graves dangers : celui de tension nationaliste, celui d’un éclatement aux conséquences inconnues. Celui de la montée de l’extrémisme de droite.

Dans un tel contexte, nous ne pouvons qu’inciter les électrices et les électeurs de gauche à se déplacer massivement dimanche prochain pour renforcer la gauche et pour que l’extrême-droite n’ait aucun élu. Pour une électrice, un électeur de gauche, dimanche, ne pas aller voter reviendrait par défaut à redonner un peu d’air au parti sarkozyste durement sanctionné dimanche dernier et à amplifier encore l’envol de l’extrême-droite de la famille Le Pen. A l’opposé du jeu dangereux et inquiétant de M. Copé, la gauche fera tout dimanche pour dresser une digue anti extrême-droite.

La combinaison du désaveu du parti au pouvoir et du haut niveau d’abstention confère de grandes responsabilités à la gauche. Les citoyens attendent qu’on s’occupe d’eux afin de résoudre les multiples difficultés qui les assaillent jusqu’à boucher leur horizon. Une gestion sociale, démocratique, progressiste des départements par des majorités de gauche peut être un atout pour les protéger. Tout en réalisant un bon score, le Parti socialiste est relativement stable et les progrès de la gauche sont d’abord dus à ceux des candidats du Front de gauche et d’Europe Écologie – Les Verts.

L’ampleur du barrage à dresser contre la famille Le Pen est devenue un enjeu politique d’autant plus décisif que l’UMP, brisant pour la première fois une posture de la droite républicaine, ne demande pas à ses électeurs de voter contre l’extrême-droite. C’est gravissime, au point de diviser le parti au pouvoir ! Après lui avoir pris une partie de ses idées pour les mettre en œuvre, voilà que M. Sarkozy et ses fidèles préparent le terrain à une alliance avec le Front National.
Autant de raisons pour mobiliser dimanche dans le rassemblement le plus large. L’action contre la crise, les réflexions, la tristesse et les angoisses venues du Japon ; la réussite des révolutions arabes ; la liberté pour les libyens et la paix ; le sursaut indispensable pour empêcher la dérive de la France et de l’Europe dans l’extrémisme de droite, appellent à toujours mieux maitriser les conditions de notre avenir commun, du canton à l’ensemble du monde. Dimanche, le rassemblement des progressistes sera une des clés pour ouvrir ces portes.

 

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