Sortir des impasses de l’euro-austérité 3

Ce n’est plus un petit vent mauvais qui souffle sur l’Europe mais une tornade qui, pour le compte du monde de la finance, aspire, déchiquette, détruit les droits sociaux et humains acquis, pendant des décennies,  au fil des combats sociaux des ouvriers, des intellectuels et des créateurs. Un recul sans précédent de la démocratie est à l’œuvre sur notre continent.

Régression sociale inconnue depuis la seconde guerre mondiale, injustices, inégalités, appauvrissement, se conjuguent avec la mise en place d’un totalitarisme d’un type nouveau, appliqué par des mandataires, anciens commissaires européens ou de la Banque centrale européenne, aux pouvoirs spéciaux, au service du capital financier international.

Le fossé séparant les puissances d’argent et les peuples va s’agrandissant. Ces forces de l’argent, portées par les banques privées, les fonds d’investissements, des compagnies d’assurance, ont les mains libres grâce aux politiques libérales menées par les gouvernements successifs de droite, mais aussi malheureusement par des gouvernements de gauche, de tendance sociale-libérale en Europe. Elles livrent une véritable  guerre  aux peuples, qui n’épargne pas  le capital productif. Guerre avec ses fronts économiques, monétaires entre le dollar et l’euro, et politiques, allant jusqu’à imposer à la tête des Etats les mandataires de leur choix. Après l’Irlande et  le Portugal, la finance vient d’installer ses « administrateurs judiciaires » à la direction de la Grèce et de l’Italie.

Nous sommes à un moment où les contradictions internes du capital peuvent exploser. En Grèce a été préférée l’entrée au gouvernement, aux côtés de la droite et des socialistes,  de l’extrême-droite des colonels plutôt que la consultation du peuple par référendum. En Italie, nous ne regretterons pas M. Berlusconi. Mais il détenait son mandat du suffrage universel. Aujourd’hui, c’est l’ancien commissaire européen, qui a le plus poussé aux dérégulations et déréglementations, forçat de la concurrence débridée, qui est aux affaires.

En France, à peine le Premier ministre avait-il fini d’exposer un deuxième plan d’austérité depuis l’été, que concomitamment, la Commission de Bruxelles en réclamait un troisième et l’agence de notation nord-américaine « Standard & Poor’s » préparait un communiqué confirmant une dégradation de la note de la France. Depuis, on fait croire qu’il s’agit d’un accident. En vérité, c’est le révélateur du système. Un communiqué était écrit et est parti trop tôt. Mais il était rédigé d’avance. Dans quel but ? Et pour qui ? La réponse est claire. En dégradant la note de la France, les taux d’intérêt des emprunts de notre pays augmentent automatiquement. Déjà l’Etat français emprunte à des taux d’intérêt plus élevés que l’Allemagne. Au nom de quoi ? Aucune raison valable, sauf la voracité de la finance.  L’intérêt sur la dette que paie notre pays équivaut à la totalité des recettes de l’impôt sur le revenu, soit 50 milliards d’euros. Si on augmente le taux d’intérêt de la France de 1 à 1,5%, la charge de la dette augmente de 15 à 25 milliards d’euros. Autrement dit le gel du barème de l’impôt sur le revenu et les hausses de TVA vont directement dans les caisses des fonds financiers et des banques. Et les rapaces de la finance, toujours plus assoiffés, en demandent plus. Les puissances d’argent, comme les dirigeants européens, savent que cette politique va mener à une terrible récession. Ils vont donc s’appuyer sur la crise dont ils sont responsables pour développer une campagne idéologique visant à faire accepter l’euro-austérité. Plus ! Ils veulent maintenant une Europe gouvernée centralement, hors de portée des peuples, dans un « fédéralisme  centralisé et autoritaire » avec un gouvernement européen dont le pilier serait un ministre des finances chargé d’appliquer « le pacte euro plus » qui va encore plus loin que le traité de Lisbonne. C’est d’ailleurs le sens de la proposition d’une modification dite de simplification des traités : intégrer ce « pacte euro plus » dans le traité de Lisbonne. Pour cela, « les crises sont une chance » vient de déclarer le ministre allemand des finances à nos confrères du Monde. Pour lui, la cour de justice européenne doit poursuivre les Etats qui n’appliquent pas le « pacte euro plus ».

L’enjeu essentiel pour les droites européennes et les milieux d’affaires est d’amplifier la guerre économique en alignant les niveaux de vie des populations européennes sur les niveaux les plus bas dans le monde. Ils appellent cela … « la compétitivité » !

Telles sont les raisons essentielles des plans de super austérité combinés au totalitarisme idéologique et politique qui se propage. Pour maquiller ceci, la propagande des élites européennes fait croire qu’on installe des gouvernements de techniciens. C’est un leurre ! Ce sont des gouvernements directement en phase avec les marchés financiers. Voilà qui appelle l’ensemble du mouvement progressiste, les syndicats, les associations, la gauche, à aborder des questions, peut-être compliquées, mais indispensables pour que les peuples ne soient pas dépossédés de leur avenir. Le choix ne peut être entre le sarkozysme des marchés financiers et une gauche d’adaptation à ceux-ci. Si on se laissait enfermer dans un tel faux choix, il n’y aurait plus d’alternative, pas d’amélioration de la vie des familles populaires. Au bout du chemin, c’est la ruine, la pauvreté et la misère partout. Au bout du compte, il ne faudrait pas exclure le pire, la résurgence et la montée d’une extrême-droite, peut-être repeinte aux couleurs de notre époque, mais extrême-droite tout de même !

Il faut avoir le courage de tirer les leçons des tares originelles des traités de Maastricht et de Lisbonne, non pas pour revenir à un souverainisme populiste et droitier, mais pour remettre les peuples au cœur d’un projet européen efficace parce que basé sur le progrès social, la solidarité internationaliste, la démocratie, la protection de la planète, la coopération internationale à l’opposé de la fausse concurrence. Changer ces traités ultralibéraux au profit de traités pour les peuples est une tache essentielle.

Dans l’immédiat, il conviendrait d’obtenir une expertise populaire de la nature de la dette qui étouffe les Etats. Une partie de ces dettes est illégitime. Il faut donc ouvrir le processus de son annulation.

Il n’y a pas de sortie de crise sans poser avec force et de manière populaire, accessible à toutes et tous, les enjeux du rôle de l’argent, des financements, du crédit public, contre les marchés financiers.

Ceci ne peut se faire uniquement de manière institutionnelle, mais dans la vie réelle, en combinant le débat d’idées, les demandes et les actions sociales dans les entreprises, les services publics, les banques et les assurances, les collectivités territoriales, en faveur d’une autre politique nationale et européenne.

C’est ce mouvement de va et vient, partant de la vie de chaque individu jusqu’au changement en Europe et dans le monde, qui peut ouvrir la perspective d’une autre cohérence au service des êtres humains d’abord contre les rapaces de la finance.

De l’entreprise, du quartier, jusqu’aux institutions européennes, l’enjeu de la démocratie contre les petits despotes éclairés, même camouflés derrière les termes de « techniciens » ou « d’experts économiques », devient primordial.

En ce sens, il faut reprendre le pouvoir sur les banques et les institutions financières, de la Banque centrale européenne jusqu’à la banque de quartier. Pourquoi les Etats, donc l’argent des citoyens, doit-il servir à partager les pertes sous forme de recapitalisation ? La logique pousse plutôt à des nationalisations démocratiques, appropriation sociale, citoyenne d’un nouveau type des banques pour constituer un pôle public bancaire et financier, adossé à la Caisse des dépôts et Caisse d’épargne, et à la Banque postale pour développer un crédit public, pour le développement humain contre la loi de la finance.

Ce crédit à bas taux d’intérêt ou nul, favoriserait l’investissement productif, le tissu des petites et moyennes entreprises,  les collectivités locales pour la rénovation urbaine, le logement, les transports, l’aide aux jeunes en difficulté, la vie rurale et l’agriculture paysanne, les modifications des systèmes productifs dans le cadre d’une transition plus humaine et écologique vers une croissance d’un type nouveau.

De tels systèmes bancaires développés partout en Europe devraient pouvoir s’appuyer sur une nouvelle banque centrale européenne, placée sous le contrôle des élus du peuple et dont les missions prioritaires deviendraient l’action pour le progrès humain et écologique, le travail pour toutes et tous, l’éducation et la formation, les investissements utiles, la culture, l’incitation au progrès social et au rattrapage économique pour certains pays.

En ce sens, la Banque centrale européenne refinancerait les banques nationales ou européennes sur la base de ce nouveau crédit public.

La Banque centrale européenne devrait pouvoir aussi utiliser son droit de création monétaire pour deux objectifs prioritaires. D’abord dans le but d’aider les économies à faire progresser la production réelle, les salaires, le développement d’infrastructures indispensables en Europe, le travail sécurisé. D’autre part, pour racheter des dettes publiques légitimes en difficulté pour purger le système.

Cependant, « purger » ne suffit pas. Il sera nécessaire de réformer profondément le système fiscal, le crédit et de développer les secteurs et services publics pour un nouveau développement humain, durable et solidaire. L’actuel « fonds européen de stabilité financière » ne peut promouvoir cet objectif car il est alimenté et garanti par les Etats, mais surtout, il emprunte sur les marchés financiers.

Par contre, la création d’un fonds européen de développement humain, social et écologique serait un outil efficace qui, alimenté d’une taxe sur les transactions financières, la création monétaire de la Banque centrale européenne et le rachat par elle de dettes publiques, favoriserait le développement  des services publics au service des individus, de la sécurité du travail, de l’éducation, de la recherche, de la santé.

Il n’y a aucune fatalité à l’actuelle crise. Il y a par contre une féroce lutte, une guerre menée par la classe des possédants contre le monde du travail, de la création et des retraités. La question du dépassement du marché capitaliste est posée. Le nouveau frappe à la porte. Il appelle un basculement, une rupture avec le système actuel,  de l’entreprise à la Nation et à l’Union européenne, avec un autre partage des richesses, une nouvelle manière de produire, basée sur une démocratie participative d’intervention sociale et politique. A l’opposé de la concurrence destructrice des droits sociaux et de l’environnement,  ce sont de nouvelles coopérations entre individus, Nations, entreprises, banques, qu’il faut inventer. Une Europe de coopération qu’il convient de promouvoir, qui coopère avec les pays du Sud et  avec ceux qui dans le monde cherchent à s’émanciper du dollar et des marchés financiers. Au lieu que tout soit « marché et marchandises », du travail à la monnaie, de nouveaux critères de gestion pour l’humain et l’humanité et non plus pour la rémunération sans fin du capital, deviennent une nécessité.

Une Europe qui pousse l’idée d’une monnaie commune mondiale, de coopération comme le Parlement européen l’a voté récemment, combinée à une transformation du Fonds monétaire international et de l’Organisation mondiale du commerce, pour une mondialisation favorable aux peuples, serait de nature à combler le fossé qui se creuse entre les populations et l’idée même de construction européenne sociale et solidaire. Un fossé sur lequel surfe la terrible et dangereuse démagogie des extrêmes-droites. Il n’y a pas de temps à perdre pour que s’ouvre le débat public sur les moyens de sortir des impasses de l’euro-austérité.

Besoin de pluralisme 4


Ainsi, dans un renversement copernicien, ce qui était absolument vrai il y a six semaines devient absolument faux aujourd’hui. Avec la même foi et la même froideur qu’un rouleau compresseur, le puissant complexe médiatico-politique mondial déroule à l’envers une grosse pelote de grosses ficelles à l’endroit de M. Dominique Strauss-Khan, voué hier aux gémonies de tous les écrans du monde entier, pendant que la présumée victime d’hier est devenue présumée accusée aujourd’hui, cumulant subitement tous les défauts de la terre. Rien de ceci ne donne envie d’adopter le système judiciaire nord-américain. On peut désormais craindre de ne jamais connaître ni la vérité, ni la justice.

Cette pitoyable affaire devrait faire réfléchir sur le système médiatique  lui-même. Déjà, de concert avec la direction des États-Unis, ces grands médias, propriété d’une minorité de grandes familles liées aux milieux d’affaires internationaux, avaient voulu faire croire à l’existence d’armes de destruction massive, pour déclencher la guerre d’Irak. Les mêmes répètent depuis des décennies que le capitalisme est l’horizon indépassable, alors qu’il subit une crise totale et plonge la multitude des peuples dans d’inextricables difficultés. Les mêmes encore, de connivence avec les milieux dirigeants de l’Union européenne, présentent la super-austérité comme un mal nécessaire, refusant tout débat, toute expression sur de possibles alternatives. Une si grave orientation que le « Pacte de l’Euro plus »*, cet accord Sarkozy-Merkel au seul service de la finance, est camouflée aux populations européennes. C’est pourtant en son nom que le pouvoir vient de reculer par décret une nouvelle fois l’âge de départ à la retraite.

Il est urgent d’avoir un débat sur notre rôle de média, et le système médiatique. Il est indéniable que « l’affaire » Dominique Strauss-Khan a encore accentué les doutes de nos concitoyens sur les responsables politiques et sur la politique elle-même. Certes, il s’agit de l’un des principaux personnages de la planète, d’un possible candidat à l’élection présidentielle, mais durant toutes ces longues émissions à son sujet, auxquelles il faut ajouter deux mariages princiers traités en tous sens et autres futilités, combien de morts provoquées par le tremblement de terre au Japon, combien de dégâts causés par la catastrophe nucléaire de Fukushima, combien de tués en Libye sous les bombes de l’OTAN, et quel avenir pour ce peuple, quel massacre en Syrie, au Yémen, au Bahreïn ? Combien de drames, combien de chômeurs, de misère, d’affamés par les plans d’ajustement structurel en Grèce, au Portugal, en Irlande et dans toute l’Europe ? Pourquoi tant de longueurs à la télévision et à la radio, tant de pages de journaux noircies pour une telle affaire, alors que les 18 millions d’européens qui risquent d’être privés d’aide alimentaire d’urgence à cause d’une inique décision des autorités européennes n’ont jamais droit à l’ouverture du journal télévisé ?

A la défiance, à la crise de la politique, le système médiatique ajoute une crise de la temporalité. Tout doit aller vite. Tout est débité en continu sur les autoroutes de l’information. Tout est jetable. D’ailleurs n’a-t-on pas inventé le journal gratuit jetable… Gratuit, mais payé par la communication publicitaire des tenants du système. Certes il est formidable d’être informé en temps réel sur tout ce qui se passe à n’importe quel point de la planète. Mais avec comme effet pervers celui  d’une information sans cesse chassée par une autre, et ainsi de suite. Les citoyens sont placés dans un bouillon de culture où disparait tout repère, tout recul face aux évènements, toute hiérarchie dans l’appréhension de ceux-ci. Cette hégémonie du court-termisme, cette dictature de l’immédiateté, cette substitution de la recherche du sensationnel à l’information, à son décryptage, à l’analyse contradictoire de celle-ci, qu’accentuent encore les sociétés de sondages, va à l’encontre de l’information et surtout de la maîtrise par les citoyens de leur propre vie. Ce bombardement incessant empêche le débat, le temps de la réflexion, et aboutit à présenter comme fatals les évènements du monde,  empêchant les citoyens d’être maîtres de leur avenir et de l’avenir commun. Partout, dans toute la société, il faut prétendument bousculer le temps, contre l’essentiel : la vie humaine.

C’est le règne du flux tendu, de la flexibilité de l’emploi, des cadences accélérées au travail, la recherche de la productivité, la concurrence, la spéculation, seconde après seconde, rythmé par les informations de la bourse qui prennent plus d’importance que le bulletin météo. Tout est ainsi fait pour que ce rythme haletant prive de réflexion nos contemporains sur des débats qui pourtant sont indispensables pour l’avenir de la civilisation elle-même. En vérité, il s’agit de conditionner les individus en leur laissant l’illusion qu’ils sont maîtres de leurs choix.

Tout ceci ne fait que rehausser l’indispensable accès de chacune et de chacun à l’éducation, la formation, la culture et à une information pluraliste. Ceci rend encore plus indispensables les journaux quotidiens d’information générale et politique diversifiés et de qualité. Cela nécessite aussi des débats pluralistes et contradictoires dans les grands médias eux-mêmes. De ce point de vue, on ne peut qu’être étonné, pour ne pas dire outré, que comme journalistes extérieurs invités dans les radios et télévisions dans le cadre de la préparation de la campagne des élections présidentielles, on reprenne  les mêmes et on recommence. C’est comme si dans ce pays il n’y avait pas de journaliste de l’Humanité, de Politis, de Témoignage Chrétien, de La Croix, et d’autres encore.

L’expérience de ces derniers mois ne fait que renforcer la nécessité de la défense du droit à être informé, et du pluralisme de la presse écrite. Celui-ci n’existerait pas sans l’existence et le développement de l’Humanité et de l’Humanité-Dimanche, si indispensables pour qu’on parle de celles et ceux qui ne font pas l’ouverture des journaux de 20h à la télévision. Raison de plus pour les faire découvrir et les faire lire.

Loin du sensationnel, c’est le moyen de réfléchir, de débattre, pour faire société ensemble.

* voir « Le Pacte des rapaces », 6 € aux éditions de l’Humanité

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COMPTE-RENDU DE SESSION AU PARLEMENT EUROPÉEN (6-9 juin 2011) 1

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Le Parlement européen s’est réuni en session plénière du 6 au 9 juin à Strasbourg.

Ci-dessous les principaux éléments discutés et votés lors de cette session.

Débat sur le choix du futur directeur général du Fonds monétaire international

La Commission européenne avait demandé un débat au parlement européen sur le choix du futur directeur du FMI… Nous avons assisté à un débat creux. La Commission et les droites du Parlement avaient déjà choisi leur candidate, en la personne de Christine Lagarde. Les forces de gauche demandaient que l’on débatte des politiques menées par le FMI avant de discuter de la personne qui les incarnerait.

Le choix de la personne importe peu si les politiques appliquées sont toujours les mêmes. La Banque centrale européenne – l’autre institution qui travaille main dans la main avec le FMI pour appliquer l’austérité à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal avec des privatisations, les coupes dans les salaires et les dépenses publiques -, est dans la même situation.

Là encore aucun débat transparent n’a lieu, et encore moins sur les politiques désastreuses de la BCE. Le principal critère de sélection est que le successeur de Jean-Claude Trichet continue à défendre comme son prédécesseur la « modération salariale » : pression contre les salaires, l’emploi stable, les retraites.

De son côté, le futur retraité de la BCE se lâche. Il nous a livré la semaine dernière, lors de la remise d’un prix, sa vision pour le futur de la politique économique de l’Union européenne : toujours plus d’austérité et toujours plus de contrôle pour imposer cette austérité. D’après lui, la prochaine étape après la mise en place du pacte « euro plus » serait la création d’un ministère des finances européen qui pourrait opposer son un veto à toute décision économique d’un État. Finis donc les plans de relance par les salaires, la consommation, l’investissement ou l’éducation, considérés comme du « laxisme budgétaire ». Monsieur Trichet nous propose un système autoritaire supranational, pour la dictature des marchés financiers.

Aucune remise en question de ces deux institutions alors qu’une vraie alternative économique doit se dessiner face à l’échec et au danger des politiques actuelles. Une vraie réflexion est cependant à l’œuvre, j’ai pu le constater encore en participant ce mardi 7 juin à une réunion publique à la Maison des Associations de Strasbourg, avec deux autres députés au Parlement européen – MM. Liem Hoang Ngoc (PSE – France) et Pascal Canfin (Verts – France) – et des représentants d’ATTAC. Cette organisation a d’ailleurs fait savoir qu’elle comptait présenter sa propre candidate, Aurélie Trouvé, à la direction du FMI. Un symbole que je soutiens car le FMI a besoin de profonds changements dans son organisation et son mode de pensée pour devenir un véritable outil au service des peuples. Pour lire mon intervention durant ce débat, cliquez ici.

Le Parlement européen ouvre la possibilité d’appliquer une taxe sur la pollution dans le transport routier

Mardi 7 juin, le Parlement européen a adopté (par 505 voix pour, 141 contre et 17 abstentions) un texte qui donne la possibilité aux États de taxer les véhicules et de compenser les coûts liés au bruit et à la pollution.

Les États qui le souhaitent pourront désormais taxer à hauteur de 3 à 4 centimes par véhicule et par kilomètre les véhicules de plus de plus de 3,5 tonnes qui empruntent les autoroutes. Le système de taxation a fait l’objet d’une négociation avec le Conseil, l’institution représentant les gouvernements européens. Le compromis permet des ajustements en fonction de la pollution émise par le véhicule, le parcours et le moment où le trajet est fait.

Par exemple, les véhicules les plus polluants devront s’acquitter d’une pénalité de 25% de la redevance d’infrastructure, à laquelle pourront s’ajouter des redevances supplémentaires s’ils roulent dans des zones congestionnées (villes, cols de montagne) et aux heures de pointe. 15% des recettes perçues devront aller au financement des réseaux de transport transeuropéens, c’est à dire des couloirs de transports prioritaires, comme l’axe Paris-Budapest par exemple.

Mon collègue Jaromir Kohlicek (GUE/NGL – République tchèque) a considéré qu’il s’agissait d’une bonne « première étape » pour rééquilibrer le rapport entre rail et route.

Bactérie ECEH : la GUE/NGL remet en cause l’agriculture productiviste défendue par la Commission

Mardi 7 juin s’est tenu un débat sur la gestion de l’épidémie due à la bactérie ECEH qui a déjà tué 36 personnes et en a contaminées plus de 1 200 autres, dont 600 souffrant de complications sévères.

Lors de ce débat, John Dalli, le Commissaire européen à la santé et à la politique des consommateurs, s’en est pris à la gestion hasardeuse des autorités allemandes dont l’alarmisme a provoqué de gros dégâts financiers chez les maraîchers européens. L’Union européenne doit désormais faire face au désarroi de ces derniers, qui accusent des pertes énormes, mais aussi à l’absence de résultats des enquêtes sur l’origine de la bactérie.

Si la plupart des députés ont accusé la communication des autorités allemandes, mon amie de Die Linke, Sabine Wils (GUE/NGL – Allemagne) a condamné « les sérieux problèmes qui proviennent de la libéralisation de la production agricole dans l’Union européenne » : « si les profits prennent le dessus sur la santé, cela veut dire que la sécurité alimentaire et la qualité des produits sont mis en danger ».

Mon ami Joao Ferreira (GUE/NGL – Portugal) a très justement rappelé les contaminations par de la dioxine découvertes en janvier : « ces cas ne peuvent être séparés d’une politique agricole qui soutient une production excessive et l’export au mépris d’une agriculture durable et locale ».

Ceci doit relancer le débat sur la sécurité alimentaire et sanitaire, alors que la libéralisation capitaliste de la production agricole a des effets néfastes sur la qualité des produits, et catastrophiques sur les revenus des petites exploitations. Lors du vote du rapport Dess sur le futur de la Politique agricole commune en commission agriculture du Parlement, une majorité de députés a refusé de revenir au système de productions régulées. L’expérience prouve pourtant que ce type de production, avec des prix minima de base sur des quantités données, apporte une garantie en termes de prix et de qualité. Une stratégie « gagnant-gagnant » pour les petits agriculteurs comme pour les consommateurs que la Commission refuse pourtant de mettre en œuvre.

Nouvelle Constitution hongroise : « là où il y a violation des droits fondamentaux, les institutions de l’Union européenne doivent se prononcer »

Mardi 7 juin, un débat a eu lieu au Parlement européen sur la nouvelle Constitution hongroise.

Après l’adoption d’une loi controversée sur le contenu des médias, évalué par une instance contrôlée par la pouvoir en place, le Premier Ministre de droite Viktor Orban a décidé de verrouiller un peu plus l’emprise de son parti – le Fidesz – en faisant rédiger une nouvelle Constitution. Cette nouvelle Constitution crée des conditions favorables au Fidesz et contient des références à Dieu et à la famille traditionnelle, ce qui inquiète l’opposition ainsi que les voisins de la Hongrie

Lors du débat, le gouvernement hongrois a été soutenu par la droite du Parlement qui considère que le débat se limite aux nouvelles références inscrites dans la Constitution et estime qu’elles font de toute façon partie des valeurs européennes. Elle oppose que les questions sur le texte même n’ont de toute façon pas lieu d’être car l’Union européenne ne peut se prononcer sur la Constitution d’un État.

La commissaire en charge des droits fondamentaux, Viviane Reding, a confirmé cette analyse mais a déclaré que la Commission peut par contre se prononcer une fois la constitution interprétée en droit.

Mon ami Rui Tavares (GUE/NGL – Portugal) a déclaré: « là où il y a des violations des droits fondamentaux, les institutions de l’UNION EUROPÉENNE doivent se prononcer, que cela soit une loi, un règlement ou une constitution. Déclarer que c’est une question de différence culturelle n’est que relativisme constitutionnel et ne peut être accepté comme argument ».

Accord de libre-échange avec le Canada, un accord mortel pour les services publics

Mercredi 8 juin le Parlement a adopté une résolution qui soutient les négociations actuelles d’un accord commercial entre la Canada et l’Union européenne, celui-ci met en danger les services publics canadiens.

Le Canada a une structure fédérale qui laisse une grande autonomie aux «Provinces» (l’équivalent des régions). Cette structure fait que le marché canadien n’est pas un marché uni mais regroupe différentes réglementations selon les provinces, avec leurs propres organes de règlement des différends commerciaux.

Pour les industriels canadiens, les bénéfices d’un accord de libre échange (en plus de l’ouverture du marché européen) sont surtout intérieurs car il forcerait les structures provinciales à ouvrir leur marché, notamment ceux des services publics, ou à procéder à des privatisations. Ainsi, tout en demandant un accord de libre-échange au sein même du Canada, le patronat canadien se sert de cet accord avec l’Union européenne pour demander l’établissement d’un marché unique sur l’ensemble du territoire. La résolution adoptée par le Parlement va dans ce sens : elle demande des « engagements explicites » des provinces pour « synchroniser leurs politiques et procédures ». C’est la préfiguration du sinistre accord transatlantique.

Mon groupe, ainsi que l’ensemble des forces de gauche du Parlement européen, a voté contre ce texte qui fait peser un grand danger sur les services publics canadiens.

Budget de l’Union européenne, la Politique Agricole Commune et les Fonds de cohésion soutenus par le Parlement

Mercredi 8 juin nous avons débattu du budget de l’Union européenne. Avec la crise de la dette et les mesures d’austérité supplémentaires que s’apprête à valider le Parlement européen le 23 juin, de nombreux États veulent geler le budget européen à 1,06% du revenu national brut.

Le rapport que le Parlement a adopté (à 582 voix pour, 87 contre et 6 abstentions) sur le futur cadre financier de l’Union européenne demande au contraire une hausse de 5% du budget. Le texte rappelle l’importance pour les territoires des budgets de la politique de cohésion et de la PAC, que des États et la Commission veulent réduire.

Les débats sur le budget du Parlement sont des passes d’armes régulières entre le Conseil qui rechigne à mettre la main à la poche, et le Parlement qui veut s’arroger une vraie autonomie budgétaire et exige que l’Union européenne ait ses propres ressources financières et ne soit plus dépendant du Conseil. Dans son rapport, le Parlement appuie une taxe européenne sur les transactions financières qui « pourrait constituer une contribution significative du secteur financier à la prise en charge du coût économique et social de la crise et à la viabilité des finances publiques ».

Le Président de notre groupe de la Gauche Unitaire Européenne / Gauche Verte Nordique, Lothar Bisky, a dénoncé les priorités mêmes du budget de l’Union : « Vous comprendrez que la gauche, qui a des ambitions particulièrement élevées pour l’orientation sociale des politiques de l’Union européenne, soit déçue que dans votre rapport la politique sociale ne soit pas une priorité majeure pour les années à venir ». Il a alors cité comme exemple les fonds de plus en plus élevés que l’Union européenne accorde à Frontex, l’agence chargée de faire la chasse aux migrants à ses frontières. «Frontex peut attendre. Je suis convaincu que la préservation du modèle social européen et le principe de la solidarité européenne sont extrêmement importants en temps de crise et de vaches maigres. Les deux sont des réalisations européennes et les abandonner serait le signal de la fin de l’intégration européenne».

Notre groupe a toujours soutenu une taxe sur les transactions financières qui permettrait au budget de l’Union européenne de se donner les moyens de ses ambitions et d’atteindre une masse critique. Miguel Portas (GUE/NGL – Portugal) rappelait que « si nous avions un budget fort nous n’aurions pas d’attaques spéculatives contre la Grèce et le Portugal. Peut-on vraiment imaginer une monnaie européenne solide sans un budget fort ? ».

Agences de notation : le Parlement ne retient pas notre demande de limiter le pouvoir des agences de notation

Mercredi 8 juin, le Parlement a adopté à main levée un rapport sur les agences de notation demandant que la Commission réfléchisse à une « fondation européenne pour la notation de crédit » financée par le secteur privé.

Cette formule ne reprend malheureusement pas la demande qu’avait formulée notre groupe ainsi que les socialistes sur une agence de notation publique du crédit.

Le rapport, rédigé par un libéral allemand, Wolf Klinz, maintient au contraire la logique même du système de ces agences qui sont rétribuées par leurs clients. Ceci crée une confusion dangereuse des genres : les agences, même sous forme de fondations, sont régies par le droit privé et sont payées par les clients qu’elles notent. Ce phénomène est grandement à l’origine même de la crise, les investisseurs ayant basé leurs investissements sur les notes de ces agences.

L’importance d’une agence indépendante de notation de la dette des États s’illustre par le cas de la Grèce. Devant l’impossibilité de ce pays à rembourser la dette, plusieurs États – dont l’Allemagne et la France – poussent à une prolongation volontaire des emprunts. Les détenteurs de titres de la dette grecque peuvent choisir sur une base volontaire d’être remboursés plus tard par la Grèce, tout en continuant à toucher des intérêts.

La solution est acceptée par les États qui financent l’aide à la Grèce et par le gouvernement grec. Mais les Agences de notation considèrent qu’il s’agit là d’un défaut, chose dont ne veut absolument pas entendre parler la Banque centrale européenne.

Du fait de l’obstination des Agences de notation sur une définition, à savoir qu’est-ce qu’un défaut d’un État, c’est une solution de moins pour un pays pourtant pris à la gorge.

La droite du Parlement a poussé pour maintenir la logique actuelle, prônant uniquement une plus grande transparence des méthodes de notation et une plus grande concurrence. La droite continue dans sa logique de la concurrence à outrance en favorisant l’arrivée de nouveaux entrants sur ce marché.

Contrairement aux gouvernements les plus conservateurs d’Europe, les députés soutiennent l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’espace Schengen

Mercredi 8 juin le Parlement s’est prononcé à une large majorité (487 pour, 77 contre, 29 abstentions) en faveur de l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’espace Schengen.

Ce vote est en contradiction avec les déclarations de l’Italie, des Pays-Bas et de l’Allemagne ainsi qu’avec les décisions unilatérales de la France ou du Danemark de réintroduire des contrôles fixes aux frontières. Il est également en contradiction avec d’autres propositions de la France et de l’Allemagne qui souhaitent une mise en application par étapes, avec en premier lieu une ouverture des frontières aériennes.

En adoptant un rapport d’évaluation rédigé par un député issu de la droite portugaise, Carlos Coelho, le Parlement considère au contraire que ces pays remplissent toutes les conditions. Présentant son rapport, Carlos Coelho a d’ailleurs ajouté : « les citoyens de ces pays doivent être considérés comme des citoyens européens à part entière, et ne doivent pas être les otages du discours populiste ».

Mon amie Cornelia Ernst de Die Linke (GUE/NGL – Allemagne) a ajouté : « la suppression des contrôles aux frontières et la libre circulation des personnes est une des principales réalisations de l’Union européenne ». Elle a dénoncé l’instrumentalisation de la crainte des flux migratoires et de la corruption : « c’est un jeu dangereux auquel nous jouons avec la Bulgarie et la Roumanie », rappelant que tourner le dos à ces sociétés désireuses de s’approprier les normes européennes renforcerait les tendances les plus nationalistes.

Tests de résistance des centrales nucléaires

Jeudi 09 juin, un débat a eu lieu sur les tests de résistance des centrales nucléaires proposés par la Commission.

Après la catastrophe de Fukushima, la Commission avait promis une évaluation globale des centrales nucléaires en cas de catastrophe ainsi que de leurs procédures de sécurité. Les critères divulgués par la Commission pour ces stress-tests ont laissé de nombreux députés sur leur faim, alors que la droite de l’hémicycle se satisfait majoritairement de tests qui, d’après elle, amélioreront la sécurité. Les raisons d’en douter sont pourtant nombreuses : les tests de sécurité ne seront menés que sur une base volontaire et non de façon indépendante. De plus, le plus grand flou demeure sur les mesures à prendre en cas défaillance à ces tests : fermeture, mise en conformité ?

La décision allemande de fermer immédiatement 8 de ses 17 centrales et de fermer les autres d’ici 2022 va rendre ce pays encore plus dépendant des autres sources d’énergie, dont le gaz, mais aussi ses voisins car l’Allemagne exportait ses surcapacités électriques. La question du nucléaire et des alternatives doit être débattue au sein de l’Union européenne dans le cadre de la « feuille de route 2050 », la stratégie énergétique de l’Union à l’horizon 2050.

Russie : une résolution qui critique les atteintes aux droits de l’homme, mais continue à faire les yeux doux pour ses ressources naturelles

Jeudi 09 juin, le Parlement a voté une résolution sur les relations entre l’Union européenne et la Russie, à la veille du sommet du 10 juin à Nizhny-Novgorod en Russie.

Cette résolution compte de nombreux éléments positifs, notamment sur les droits de l’Homme : « Il est urgent et nécessaire que la Russie mette en œuvre les principes fondamentaux de la démocratie, de l’état de droit, du respect des droits de l’homme et de la liberté des médias ». Le texte demande « des mesures concrètes en vue d’améliorer la situation en matière de droits de l’homme et de protéger les journalistes, les défenseurs des droits de l’homme, les minorités et les représentants de l’opposition contre la violence et les actes d’intimidation ».

Le Parlement européen appelle à un scrutin « libre et équitable » et dénonce les pressions sur les partis politiques autres que Russie Unie, le parti de V. Poutine et D. Medvedev : « certaines procédures d’inscription pour les partis politiques et les listes de candidats se sont révélées injustifiées ».

On aurait pu en rester là : défense des droits de l’homme, de la démocratie et de la liberté des médias, condamnation des dispersions violentes des rassemblements de l’opposition… Mais l’intérêt pour les ressources du territoire russe est aussi bien représenté. On incite la Russie à signer un « nouvel accord de partenariat et de coopération » : comprenez un accord commercial permettant aux entreprises européennes d’investir dans le secteur stratégique de l’énergie et dans les autres grosses entreprises d’État pour l’instant fermées aux investissements étrangers. Pour faciliter l’intégration économique de la Russie, une adhésion de la Russie à l’Organisation mondiale du Commerce est aussi en débat.

Débat sur Guantanamo

Jeudi 9 juin s’est tenu un débat à propos de la résolution commune du Parlement sur le camp de Guantanamo. Si celle-ci condamne l’application de la peine de mort, elle se contente de demander aux États-Unis de ne pas l’appliquer à l’un des détenus de Guantanamo, Abd al-Rahim al-Nashiri, et « réitère son appel » à la fermeture du camp, la fin des juridictions militaires, des mauvais traitements, et de la torture.

C’est une condamnation beaucoup plus forte que mes amis Jacky Hénin et Marie-Christine Vergiat (GUE/NGL – France) ont exigée. Voici leurs interventions :

Jacky Hénin : « Monsieur le Président, voici l’exemple type de la manière dont est instrumentalisée la question des droits de l’homme par l’Union européenne ! On refuse de condamner clairement les États-Unis pour l’attitude criminelle dont ils font preuve à Guantanamo. On refuse de reconnaître la responsabilité de pays membres de l’Union européenne alors qu’ils ont permis l’enfermement et la torture dans des prisons secrètes de la CIA.

On refuse de parler des mineurs, pourtant reconnus par l’UNICEF comme des enfants soldats arrêtés, enfermés et torturés par les États-Unis à Guantanamo, alors que, pour d’autres pays, on n’hésiterait pas à dénoncer d’horribles dictatures et à voter des sanctions. Lorsqu’il s’agit de nous-mêmes et des États-Unis, les droits de l’homme seraient moins un problème.

Pour notre part, nous demandons l’universalité des droits de l’homme. Nous demandons également que notre attitude soit uniquement guidée par la volonté de servir les peuples et, dans ce cadre, souhaitons que les États-Unis soient jugés pour violation des droits de l’homme, comme soient jugés les membres de l’Union européenne qui se seraient rendus coupables de complicité. Le droit international doit être respecté en permanence et il doit être mis un terme aux tortures et aux mises à mort au nom de la guerre contre le terrorisme.

Enfin et surtout – il est bon de le répéter –, il faut fermer la base de Guantanamo, comme il faut aussi restituer à Cuba l’intégralité de son territoire ».

Marie-Christine Vergiat : « La GUE/NGL a pris la décision de ne pas s’associer à cette résolution sur Guantanamo.

Nous n’en condamnons pas la teneur mais nous la trouvons bien timide et, pour ma part, je regrette la façon dont nous avons travaillé sur l’élaboration de cette résolution.

Que de précautions de langage prend-on pour condamner les violations des Droits de l’Homme opérés par l’un des États qui se prétend la plus grande démocratie du monde, qui recourt toujours à la peine de mort, et pour lequel Guantanamo illustre à la face du monde les violations des droits de l’homme et du droit international commises au nom de la lutte contre le terrorisme.

Des hommes sont détenus depuis bientôt 10 ans sur cette portion du territoire cubain aux seuls fins d’échapper aux normes de la justice américaine et alors même qu’aucune preuve ne se pose contre un certain nombre d’entre eux.

C’est pour ces hommes de la détention arbitraire.

Pire, nombre d’entre eux ont été torturés, y compris sur le sol européen, en Roumanie, en Lettonie et en Pologne mais cela il ne faut pas le dire car nous pouvons donner des leçons en matière de droits de l’Homme au monde entier sans être capables de les faire respecter sur notre territoire. Et aujourd’hui dans cette résolution, il ne faut même pas le dire.

Je le regrette très sincèrement et je ne pense pas que c’est ainsi que nous ferons évoluer le respect des Droits de l’Homme dans le monde.

Alors oui, il faut empêcher la condamnation à mort de M. Abd al-Rahim et de bien d’autres mais nous aurions pu y condamner plus fermement la position des États-Unis en ce domaine y compris en regrettant a minimum le changement d’attitude de M. Obama, notamment sur les tribunaux militaires ».

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Des rues à la politique 1

Il paraît qu’aux 24 heures du Mans on pouvait apercevoir tantôt le Premier ministre, tantôt le ministre de l’industrie, bras-dessus, bras-dessous avec M. Varin, le PDG de PSA Citroën. C’est un choix ! Celui de la complicité des grands, des puissants, grisés peut-être par la vitesse mais surtout par l’argent, surfant sur leurs critères dits de « compétitivité » contre les ouvriers. En réponse aux révélations de la CGT et de votre hebdomadaire, l’Humanité-Dimanche, la semaine dernière, ils ont répété en cœur et en boucle avant de se retrouver sur celle des circuits du Mans, que : « Ce n’est pas d’actualité ». Des mots qui sonnent comme l’aveu par anticipation du crime social qui se prépare dans le secret depuis l’été 2010 … pour  être réalisé après les élections présidentielles … évidemment. C’est-à-dire après que ces bons amis aient une nouvelle fois mené campagne avec des trémolos dans la voix sur tous les tons, la main sur le cœur, sur le thème de la défense de l’emploi et de la priorité industrielle. Toute la nature de classe, le mépris des travailleurs, de l’intérêt général sont là, concentrés dans ces faits.

Voilà la principale entreprise automobile française qui a bénéficié de considérables fonds publics dans l’année 2010, puis d’un mécanisme public de relance avec la prime à la casse pour faciliter l’achat de voitures familiales, qui s’ajoute à une autre incroyable imposture : les entreprises cotées en Bourse ne paient que 8% d’impôt sur les sociétés quand la petite et moyenne entreprise, souvent sous-traitante de ces mêmes mastodontes, en paie 30% sans bénéficier ni d’aides d’Etat, ni de crédits bancaires adaptés.

Les dirigeants et encore plus les actionnaires de PSA Citroën cherchent à trouver disent-ils « une rentabilité satisfaisante ». Autrement dit, à augmenter toujours plus les profits. Pour cela, il faudrait abaisser de 1000 euros le coût de fabrication d’une voiture familiale en délocalisant les productions tout en fermant les usines d’Aulnay-Sous-Bois, Sevelnord dans le Nord, Rennes et Madrid. Des dizaines de milliers de salariés jetés à la trappe du chômage pour aller en surexploiter d’autres sous de lointains horizons, tout en n’oubliant pas de réaliser une confortable plus-value de centaines de millions d’euros en vendant 170 hectares de terrains à Aulnay-Sous-Bois au cœur de la Seine-Saint-Denis qui souffre déjà tant de la désindustrialisation et du chômage.

Cette stratégie est conforme aux orientations de « la concurrence libre » et prétendument « non faussée » du traité de Lisbonne et à son aggravation inscrite noir sur blanc dans le pacte de l’Euro plus. Ce dernier  fait injonction aux Etats de pressurer les rémunérations du travail, tout en augmentant la productivité dans le cadre de politiques d’austérité renforcée pour les travailleurs, les retraités, tout en détruisant les services publics comme on le voit en Grèce, au Portugal, au Royaume-Uni avec la privatisation de la poste et pour instaurer, comme norme de l’emploi, ce qu’ils appellent  « la flexisécurité », c’est-à-dire le contrat de travail précaire.

Une telle orientation sacrifie le présent et fait fi de l’avenir. Elle empêche tout nouveau projet industriel pour la filière automobile alors que le champ est immense pour l’invention de la voiture écologique et des transports de demain. A condition de mobiliser beaucoup de nouveaux investissements, de partager des dépenses de recherche pour de nouveaux véhicules plus économes en énergie, moins polluants, pour des formations aux salariés et aux jeunes, pour sécuriser les parcours professionnels. Au lieu de cela, priorité est accordée à des choix de courte vue au service des rapaces de la finance pour lesquels a été écrit ce fameux pacte de l’euro. En vertu de celui-ci, la Commission de Bruxelles vient de demander à la France de serrer encore plus la vis, en diminuant encore et toujours plus les investissements publics et sociaux pour la santé, l’école, les retraites, la sécurité sociale et de précariser encore plus le travail ; de chercher le moyen d’augmenter la TVA, la semaine même où la droite votait une diminution de l’impôt sur les grandes fortunes au Parlement, revenait sur la taxation des produits du pillage publicitaire de la firme Google et ouvrait une ligne de crédit de 470 millions d’euros en garantie de cette funeste affaire des frégates de Taïwan dont on aimerait enfin connaître un début de vérité.

Dans toute l’Union européenne, ces politiques sont désormais amplifiées, appliquées à grande échelle aux Grecs, aux Portugais, aux Irlandais qui subissent l’extrême violence de la finance internationale, mise en œuvre  par les dirigeants politiques au pouvoir dans chacun des Etats. Mieux, on peut désormais considérer qu’une sorte de troïka derrière laquelle se cachent d’anonymes sabreurs dans les crédits sociaux et publics, composé du FMI, de la Banque centrale européenne et de la Commission de Bruxelles, prend peu à peu le pouvoir au service des institutions financières et bancaires. Une troïka qui sera demain rejointe par le fameux MES –mécanisme européen de stabilité- qui est enfant du FMI, inventé à l’occasion de la naissance du Pacte pour l’euro. Ceux-ci ont pour caractéristique d’être des autorités autoproclamées, élues par aucun peuple, aucune assemblée parlementaire. Aux Etats-Unis, la même loi des marchés financiers aboutit à une dette faramineuse dans le pays considéré par le plus puissant du monde. Comme par le passé, les dirigeants américains vont s’efforcer d’en alléger la charge en s’en délestant sur les autres nations, en tirant avantage de la primauté du dollar dans les échanges internationaux. Mais cette fois, avec des conséquences incalculables pour les peuples tant les sommes en cause sont colossales et la situation des autres pays précaire.

Ces évolutions angoissantes pour le plus grand nombre, sont à l’origine des mobilisations de jeunes et de peuples, des formes diverses et inédites qu’elles prennent dont nous avons toutes les raisons d’être très solidaires. Ce qu’elles expriment est capital puisque leur nouveauté essentielle réside, au delà des conséquences insupportables pour les populations des choix d’austérité, à contester les institutions et les partis en place qui, au fil des années, ne font que les reproduire, en pire. Reste bien entendu à ces mouvement syndicaux, citoyens, culturels, à se rejoindre, à s’unir pour défricher des chemins totalement neufs leur garantissant des débouchés politiques en adéquation avec les aspirations et exigences qu’ils portent. Cela implique que la politique puisse être considérée majoritairement comme une activité noble dont la vocation est de résoudre les difficultés auxquelles chacun, la société, le monde, la planète sont confrontés. On mesure le chemin à parcourir pour qu’il en soit ainsi et pour que les citoyens se convainquent d’y apporter leur indispensable concours. Ce sera difficile, sans aucun doute mais il n’y a pas d’autre alternative pour que la civilisation ne sombre pas dans les plus extrêmes aventures. Les responsables politiques ne sont pas une classe. Ceux qui dirigent aujourd’hui sont les mandataires directs des intérêts de la classe capitaliste, des rapaces de la finance. Ils sont très minoritaires en nombre  et face à eux, il existe des forces politiques progressistes, que les citoyens doivent investir, avec les responsables politiques de forces de transformation sociale, et de nombreux citoyens  qui sont à la recherche d’issues aux régressions absolues qui caractérisent le début du millénaire. Au Parlement européen, dans les parlements nationaux, le pacte pour l’euro plus est combattu. Des majorités se sont fédérées victorieusement chez nous et ailleurs contre le traité de Lisbonne.

Mais subsiste un problème pour les citoyens eux-mêmes à la fois simple  à énoncer et compliqué à réaliser. Ces forces d’émancipation humaine restent aujourd’hui trop faibles. Ainsi, le Parlement européen a été contraint, la semaine dernière, de reculer le vote sur les directives liées au pacte euro plus. Mais celui-ci est à nouveau prévu à la séance du 23 juin. Pour l’instant, il n’y a pas de majorité pour le repousser. Nos propres mobilisations, celle en  Grèce et ailleurs, le 19 de ce mois et d’autres dans d’autres pays peuvent faire bouger les lignes. Ce sera aussi la vocation de la journée d’action organisée par la Confédération européenne des syndicats. Reste que les  questions de la démocratie d’intervention,  celle du contrôle des élus et du sens et de la portée du  vote que chacun émet le jour des élections restent entières. Certes, en apparence, la démocratie existe dans nos sociétés. Mais le pouvoir n’y est-il pas de plus en plus confisqué dans une sorte d’organisation bipolaire de la vie politique et médiatique totalement a-démocratique ainsi que par des institutions européenne non élues directement par les peuples ? Au fond, tout se passe comme si tout concourrait -institutions, règles électorales, partis, média- à donner l’illusion aux populations qu’elles décident de leur vie et de leur devenir. Pour qu’il en soit vraiment ainsi, elles devront investir le champ de la politique pour en transformer radicalement les formes, les règles et les objectifs.

La société des citoyens reste l’ambition des ambitions, pour un niveau supérieur d’humanisation de la civilisation. Au lieu du diabolique pacte de l’argent, débattons d’un pacte d’investissement social, solidaire, écologique, avec le développement de grands services publics, permettant à chacune et chacun d’accéder aux biens communs humains dans toute l’Europe, faisant reculer la pauvreté, le chômage et la précarité. C’est ce que dit le référendum en Italie. Puisse le Front de gauche être utile à la concrétisation de cet espoir. C’est sa vocation. Devenir un front progressiste, un front citoyen et populaire au sens où il est la  propriété des citoyennes et des citoyens, immergé parmi eux. A la Puerta del Sol, à Tunis, place Tahrir, au Royaume Uni dans les rassemblements étudiants comme en France dans ce qu’exprimait en profondeur le mouvement de défense des retraites, des services publics, de l’École, affleure  le besoin de formes démocratiques de nouvelle génération seules susceptibles de réconcilier la jeunesse, le monde du travail et de la création avec l’activité politique. L’occupation des places et des rues est nécessaire. Elle ne dispense pas, au contraire, d’investir le  système politique pour le subvertir et faire éclore la démocratie afin de donner toutes ses chances à la société des citoyens du post-capitalisme.

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Puerta de las Soluciones ?* 1

En Allemagne, le parti de droite au pouvoir perd dimanche après dimanche les élections locales. En Espagne, ce sont les socialistes qui viennent d’être sévèrement sanctionnés. Les mêmes politiques mises en œuvre par des forces différentes produisent les mêmes effets sur la vie quotidienne. Les mêmes effets aussi dans les urnes ! Une autre voie doit être recherchée avec les forces progressistes, notamment le Front de Gauche en France pour sortir de la super austérité et pour faire vivre la démocratie.

C’est la jeunesse européenne qui rompt le silence assourdissant qui entoure les orientations du « Pacte pour l’Euro plus ». Cette violente purge sociale, ce bulldozer aux implacables chenilles qui, dans chaque pays de l’Union européenne, détruit les salaires minimums, l’emploi stable et sécurisé, les services publics, la Sécurité sociale, les pensions de retraites, les Codes du travail. « C’est le système qui est contre nous » proclament ces jeunes. « Sin futuro », sans futur ! Ainsi, depuis plusieurs jours est né, en pleine campagne électorale en Espagne, un mouvement dit des « indignés », dans plus de cinquante villes. Celui-ci se répand peu à peu à Berlin, Oslo, Londres, Rome, Paris.

Ce mouvement en résonnance avec les manifestations ouvrières au Portugal, en Grèce, au Royaume-Uni, en Hongrie, en Roumanie, s’oppose  clairement et nettement au déferlement des politiques d’austérité, de chômage, de précariat dans toute l’Union européenne. Il a des similitudes avec le printemps arabe.

Il y a de cela quelques semaines, de bons esprits savants, qui ont micros et antennes ouverts, se sont senti le droit d’insulter M. Stéphane Hessel, parce qu’il a titré son dernier petite livre : « Indignez-vous ». Il a pourtant raison. Comment les jeunes et les travailleurs ne seraient-ils pas indignés quand le même système bancaire et financier, qui les a plongés dans le précipice, leur y enfonce la tête aujourd’hui, en y dégageant des profits faramineux. Ainsi, un journal économique proche des milieux patronaux écrit : « Les marges des entreprises européennes sont proches de leur record ». Dans notre pays, les quarante grands groupes cotés en Bourse, disposent d’une trésorerie de 170 milliards d’euros. En progrès de 12%. Cet argent serait destiné à relancer la guerre économique entre groupes avec les fusions-acquisitions qui se traduisent toujours par des destructions d’emplois. Indignés encore en découvrant que les principales banques françaises viennent de verser deux milliards d’euros de bonus à leurs traders !

Ces mêmes banques disposent d’argent frais aux alentours du taux de 1% auprès de la Banque centrale européenne, alors qu’elles octroient ensuite des prêts variant de 6 à 19% à la Grèce, au Portugal, à l’Irlande et à l’Espagne. Les jeunes espagnols crient sur la place  Puerta del sol, à Madrid : « Nous ne sommes pas une marchandise entre les mains des politiques et des banquiers ». Belle lucidité, porteuse d’espoir. Ils refusent l’austérité, le chômage, la précarité, qu’elle soit mise en œuvre par un gouvernement socialiste ou par un gouvernement de droite. Ils contestent les alternances produites par des bipartismes réducteurs. Ils appellent donc à une autre voie pour la construction européenne, rejoignant celles et ceux qui, en France, aux Pays-Bas, en Irlande, ont rejeté majoritairement le traité de Lisbonne et ceux qui refusent la dictature instituée des marchés financiers, inscrite dans le pacte dit « Euro plus » et « le mécanisme européen de stabilité » qui n’est rien d’autre qu’un FMI européen.

Cette autre voie commence par briser le silence consensuel sur le pacte diabolique au service des rapaces de l’argent. C’est ce que vient de faire à son congrès la Confédération européenne des syndicats en adoptant « Le manifeste d’Athènes ». Elle appelle à des mobilisations unitaires contre le contenu de ce pacte, qui rend obligatoire d’inscrire dans les Constitutions nationales les réductions des dépenses sociales et publiques. Ce pacte est écrit pour le grand patronat, pour la baisse des salaires, le recul de l’âge de départ en retraite, la privatisation de celle-ci, l’abaissement des niveaux de Sécurité sociale, de nouvelles privatisations comme celles imposées au Portugal, à la Grèce et à l’Irlande.

Ces  choix mènent l’Europe dans le mur ! Ils sont à l’opposé de ce qu’il conviendrait de faire pour conjuguer progrès social, écologiste, démocratique et  efficacité économique afin de sortir de la crise. Le voilà bien, le véritable enjeu des prochaines échéances électorales ! Celui que les puissants voudraient  occulter. Ils redoutent par dessus tout que nos concitoyens se demandent à quoi servirait d’élire une personne à la présidence de la République qui appliquerait l’austérité ? Qu’ils soient de gauche ou de droite l’austérité, le chômage, le précariat sont injustes et inefficaces. C’est une autre voie qu’il faut inventer, celle du progressisme européen que propose le Front de Gauche.

C’est dans cet état d’esprit que les forces progressistes devraient porter le projet d’un pacte humain, d’un nouveau pacte social, solidaire, écologique. Il serait rendu possible par le désarmement intégral des rapaces des marchés financiers, en instituant une taxe sur les mouvements de capitaux spéculatifs, une harmonisation par le haut des impôts sur les sociétés et le capital, la récupération des recettes de TVA aujourd’hui détournées, un changement de la Banque centrale européenne qui doit pouvoir racheter tout ou partie de la dette des Etats par création monétaire et aider à des refinancements, au service des Etats sur les critères de la création d’emplois, la formation, l’éducation, l’innovation et la recherche, avec le développement de grands services publics, outils d’égalité sociale et d’amélioration de l’environnement. Ces services publics de type nouveau, promouvant la coopération européenne, devraient faire vivre le projet de biens communs publics européens et mondiaux, accessibles à toutes et tous. Une sorte de « plan Marshall » devrait être inventé pour venir en aide aux peuples du Sud de la Méditerranée, qui cherchent la voie de leur émancipation.

Des solutions existent donc pour sortir des impasses étouffantes actuelles. C’est d’ailleurs ce que disent les jeunes espagnols de la place « Puerta del sol » qui l’ont rebaptisé « Pertua de las soluciones » oui, place aux solutions. Trouvera-t-on une caméra ou un micro pour les filmer et leur donner la parole ?

* La porte des solutions

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