COMPTE-RENDU DE SESSION DU PARLEMENT EUROPEEN (17 – 20 janvier 2011) 1

Hémicycle du Parlement européen à Strasbourg / Photo : Olivier Hansen

Le Parlement européen s’est réuni en session plénière à Strasbourg du 17 au 20 janvier, en voici les principaux éléments.

L’ordre du jour de cette session aurait pu être bien plus riche si le Parlement n’avait pas refusé de donner toute sa place à des événements aussi importants que la révolution en Tunisie ou le texte de loi qui vise à museler les médias en Hongrie. Mais les relations ambigües de l’UE avec ses voisins dans le premier cas et la volonté de ne pas froisser la Hongrie au début de sa présidence dans le second, ont eu raison de nos appels à de vrais débats de fond sur ces questions.

Tunisie-Libye : réactions et réserves timorées du Parlement européen alors que de vraies questions demeurent sur les relations qu’entretient l’UE avec ses voisins

Les mouvements populaires en Tunisie qui ont marqué la fin de la dictature Ben Ali, ont été salués lors d’une courte déclaration du Président du Parlement européen qui se félicitait de “la révolution du Jasmin”. A la place d’un vrai débat dans l’hémicycle avec le vote d’une résolution demandée par notre groupe de la Gauche Unitaire Européenne et Europe-Ecologie Les Verts donnant la position du Parlement, nous en sommes restés à cette déclaration optimiste mais qui ne pose pas la question fondamentale des relations de complaisance qu’entretiennent les gouvernements européens et l’UE avec les plus terribles dictatures.

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LIBERTÉ POUR LA PRESSE EN EUROPE ! 1

En prenant officiellement ses fonctions à la présidence tournante de l’Union européenne  jeudi soir, le premier ministre hongrois a refusé de modifier la scélérate loi sur les médias qu’il a fait voter le 21 décembre dernier tant, a-t-il dit, que d’autres pays européens ne modifieraient pas eux-mêmes leur propre législation.

Ainsi, un président du Conseil européen peut se permettre de bafouer ostensiblement l’article 11 de la charte des droits fondamentaux sur « la liberté d’expression et d’information », ainsi que l’article 10 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales relatif à : « la liberté d’expression ».

Dans cette Union européenne, prétendument avant-garde de la liberté d’expression, la Hongrie peut se permettre de fermer une radio parce qu’elle diffuse une chanson d’un groupe de rap, d’infliger des amendes si lourdes à des journaux qu’ils seraient contraints de fermer au motif « d’informations partiales ». C’est un comité politique de vérification et de censure composé de 5 personnes proches de M. Orban lui-même qui décide de ce qui est publié ou diffusé.

Mais, en conditionnant les modifications de sa loi à des changements dans les autres pays européens, M. Orban soulève une terrible contradiction existant à l’intérieur de l’Union européenne : celle qui s’aiguise entre les valeurs que prétend défendre l’Union européenne et les réalités. Il est en effet difficile au sein même du Conseil européen de demander à la Hongrie qui coprésidera cette instance de respecter la liberté d’expression et le pluralisme de la presse quand des questions similaires se posent dans d’autres pays de l’Union, notamment en Italie.

Dans de nombreux cercles européens, on fait d’ailleurs observer, à juste titre, qu’en France les présidents de radios et de télévisions publiques sont désormais nommés directement par le Président de la République, ce qui jette forcément le doute sur leur indépendance ! On pourrait élargir encore le débat. Peut-il y avoir réellement liberté et pluralisme si, comme on le prévoit dans les hautes sphères gouvernementales, toute aide publique à la presse est supprimée d’ici cinq ans ? Une telle orientation conduit à terme à un Etat ou plutôt à un pouvoir décidant de la ligne éditoriale des médias publics tandis que ne pourront survivre que les journaux, radios et télévisions privés propriété des forces liées à la grande industrie et aux forces de l’argent. Il n’y a pas d’Europe démocratique possible sans liberté d’expression, sans pluralisme des médias et de la presse. La Commission européenne avait créé en janvier 2007 un groupe de travail chargé de produire une étude sur le pluralisme des médias. On attend toujours ses conclusions ! Le 9 décembre dernier, avec 4 autres députés européens de tous les autres groupes représentés dans cette assemblée, nous avions demandé un débat public en séance avant le vote de la loi hongroise (lire mon précédent billet sur ce sujet). Cela nous a été refusé par la majorité du Parlement et par sa Présidente.

Désormais l’affaire devient sérieuse. Le moment est venu de relancer ces débats et des actions pour obtenir le respect de la liberté d’expression et le pluralisme des idées. Les instances européennes doivent cesser d’aborder la question des médias sous le seul angle des politiques de concurrence. J’ai déjà proposé, il y a plusieurs mois, la création d’un observatoire européen indépendant pour le pluralisme des médias rattaché à l’agence européenne des droits fondamentaux. De son côté, l’alliance internationale des journalistes propose la création d’un conseil européen des médias. Des initiatives sont possibles. Des actes sont  nécessaires. Que cet enjeu devienne celui de tous les progressistes et de tous les démocrates, celui des peuples eux-mêmes. Le recul de la liberté d’expression et du pluralisme porte en germe toutes les régressions réactionnaires et les pires extrémismes.

POUR LA DEFENSE DE LA LIBERTE DE LA PRESSE EN HONGRIE 3

Brusquement, mais mieux vaut tard que jamais, on commence à s’intéresser dans divers milieux aux menaces contre la liberté de la presse en Hongrie, parce que ce pays assure depuis le premier janvier la présidence tournante de l’Union européenne.

Or, depuis fin novembre-début décembre, avec plusieurs autres députés au Parlement européen* de l’intergroupe Médias, nous avons alerté sur les risques de la loi en préparation en Hongrie.

Nous avons demandé par courrier au Président du Parlement de se renseigner sur ce projet de loi et d’en informer le Parlement. Nous lui avons également demandé qu’un débat soit organisé sur ce sujet durant la séance plénière du 13 au 16 décembre dernier.

Ceci nous a été refusé.

Voici la copie de la lettre que nous lui avions adressée :

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Faire société ensemble contre la xénophobie et le racisme 3

Inquiétant ! Des relents extrêmement délétères sont en train de gagner toute l’Europe. Il y a eu Jorg Haider en Autriche, la montée de l’extrême droite depuis dans ce pays, puis en Suisse, en Hongrie et aux Pays-Bas. Il y a ces saillies racistes et xénophobes de Silvio Berlusconi en Italie. Depuis cet été, le gouvernement français est, à juste titre, montré du doigt pour des actes xénophobes avec l’expulsion des Roms.

Voilà que pour la Chancelière allemande Angela Merkel : « le multiculturel a échoué, totalement échoué ». Jusqu’alors l’Allemagne avait développé son modèle du « Multikulti », à savoir un modèle dans lequel les communautés cohabitent les unes à côté des autres. Certes, ce modèle n’est pas notre idéal. Nous préférons, nous, le mélange et l’indifférenciation entre les personnes issues d’origines différentes. C’est cela qui fait société. Mais la critique de Merkel ne va pas dans ce sens là. Au contraire, elle a insisté sur le fait que les valeurs de l’Allemagne étaient chrétiennes et que « celui qui ne l’accepte pas n’a pas sa place ici ». Celle qui s’indignait à juste titre, il y a quelques semaines, de l’attitude de notre gouvernement à propos de l’expulsion des roumains, marche aujourd’hui sur un sentier extrêmement préoccupant et dangereux.

Ces déclarations sont inquiétantes, inadmissibles, irresponsables. Les temps sont troubles, et c’est dans des conditions de ce genre qu’on a vu par le passé monter l’ignoble. Dans des temps comme ceux-ci, le rôle des responsables politiques doit être de contenir tout ce qui pourrait déborder sur les tentations trop faciles de désigner l’étranger comme bouc émissaire. Ainsi, de nombreux dirigeants européens incapables d’apporter des réponses à la crise dont ils sont responsables et qui risque de s’aggraver encore, désignent les immigrés ou les étrangers à la vindicte populaire. Ce climat nauséabond est en train de faire monter partout en Europe les extrêmes droites dont nos pères ont dû se débarrasser au prix de beaucoup de souffrances et de sang, lors de la seconde guerre mondiale.

La vigilance s’impose partout.

Malheureusement, c’est dans ce contexte de banalisation du racisme, que Monsieur Jean-Paul Guerlain, héritier de la maison de parfums du même nom, s’est permis une sortie publique inouïe : sur le plateau du 13 heures de France 2, vendredi dernier, il a déclaré : « j’ai travaillé comme un nègre, je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin… ». Le week-end passant, aucune voix n’a percé le silence médiatique pour s’offusquer ou ne serait-ce que faire part de la moindre petite émotion. Heureusement, Audrey Pulvar a donné ce matin sur les antennes de France Inter un coup de pied dans la fourmilière, dans une belle chronique empreinte de colère et de sincérité (pour lire la chronique, cliquez ici).  On lui donne raison quand elle conclut, citant Césaire « eh bien le nègre, il t’emmerde ».

Ce qu’écrivait Berthold Brecht reste malheureusement plus que jamais d’actualité : « Le ventre est encore fécond d’où est sorti la bête immonde ». Ces glissades populistes, xénophobes, racistes, sont contraires à tout projet de solidarité européenne et mondiale. Plus que jamais nous affirmons nous sommes citoyens du monde. Nous voulons faire société ensemble dans une commune humanité. Le combat contre la xénophobie et le racisme doit reprendre une nouvelle vigueur.