Mobilisation contre la dictature de l’oligarchie financière 3

La crise globale des capitalismes sert aux dirigeants pour infléchir de manière autoritaire les façons de gouverner et le contenu des politiques menées. Ainsi le Premier ministre insiste pour faire inscrire dans la Constitution française l’interdiction pour le pays d’être en déficit. Il reprend ainsi une proposition de M. Bayrou prétendument opposant au sarkozysme. Avec un tel opposant en carton pâte, le pouvoir et les tenants de l’argent-roi n’ont pas de souci à se faire. Bref, inscrire un tel alinéa dans la Constitution revient, dans le cadre actuel, à ligoter le pays dans le système économique qui diminue sans cesse les moyens de l’Etat en réduisant sans cesse les prélèvements sur le capital qui pourtant ne sont qu’un dû à la société car son accumulation n’est que le résultat du pillage du travail.

Telle est bien la logique prédatrice du capitalisme. Elle ne fait qu’aggraver la crise parce que précisément elle est antihumaniste, en ce sens qu’elle s’oppose fondamentalement au développement humain, aux équilibres écologiques.

La volonté de M. Fillon de changer la Constitution est l’un des éléments de la poupée russe des institutions européennes qui veulent contrôler et corriger les budgets des Etats « a priori », c’est-à-dire enlever tout pouvoir aux Parlements nationaux. Ainsi, dans l’a-démocratie qui progresse se profile un système autoritaire permettant la prédominance d’une seule loi, celle de l’argent et de la spéculation. C’est peu à peu l’instauration d’une dictature : celle de l’oligarchie financière. Il ne faut pas l’accepter. Un mouvement citoyen mondial doit pouvoir se lever contre cette hyper-concentration des pouvoirs entre les mains d’une infime minorité de dirigeants politiques, économiques, financiers et même médiatiques, liés entre eux, s’accordant pour placer le monde en coupe réglée en se servant de la crise qu’ils ont eux-mêmes précipitée.

Nous nous garderons de considérer que le rejet désormais majoritaire de ce système conduit automatiquement au choix d’alternatives progressistes. Celles-ci ne peuvent se frayer un chemin que si les forces progressistes animent un débat idéologique et politique de haut niveau et de type nouveau, mettant entre les mains citoyennes tous les éléments de la situation, dans leurs contradictions mais aussi en proposant des actions unitaires et des pistes ouvrant les chemins d’un changement pour les êtres humains et la nature. Un changement réel visant à dépasser le capitalisme, car même son aménagement mènerait aujourd’hui aussi à l’impasse. C’est à une autre étape historique qu’il convient de passer en inventant le chemin inédit d’un « post-capitalisme ».

De ce point de vue, le développement d’une mobilisation citoyenne européenne n’est pas hors de portée. Elle pourrait se fixer l’objectif  d’une large action pour obtenir une taxation des mouvements de capitaux et des transactions bancaires. De même on pourrait remplacer le fonds de stabilité européen, orienté  vers le soutien aux seules banques, par un fonds de développement humain, social, écologique, avec un rôle nouveau de la Banque centrale européenne. Celle-ci devrait pouvoir notamment venir en aide directement aux Etats en reprenant tout ou partie de leurs dettes, y compris en créant de la monnaie. La Banque centrale américaine le fait bien ! Cela constituerait une étape d’un débat et d’une action où se renforcerait l’idée qu’il est possible de bâtir les fondements d’une autre Europe.

Prenons un autre exemple. Le Président de la République avait promis, en réformant la Constitution, la possibilité d’organiser des référendums d’initiative populaire. La loi organique pour le faire n’est toujours ni débattue, ni promulguée. Or, la possibilité d’un tel référendum permettrait en ce moment même de poursuivre le débat indispensable sur l’avenir des retraites que, dans la sphère européenne, comme en sous-entendu dans la loi sarkozyste, les pouvoirs veulent placer sous la coupe des assurances privées et des fonds de pensions. Précisément ceux qui plongent l’Europe dans la crise.

D’ici les prochaines élections présidentielles et législatives, au moins 500 000 personnes –mais seulement 500 000 personnes- vont être concernées par l’abrogation de la retraite à 60 ans. Le financement à long terme de ce projet n’est pas assuré, puisque l’option de la retraite par capitalisation a été incluse dans la loi. L’ensemble de ces éléments nous fait penser que le dossier n’est donc pas clos, après le mouvement social et le vote de la loi à la hussarde. Il est donc urgent d’agir pour obtenir que la loi organique sur le référendum soit déposée. Elle permettrait d’organiser un réel débat sur l’avenir des retraites et de le sanctionner par un référendum avant l’année 2012.

Ce serait d’une  portée considérable, car c’est la manière d’organiser la société qui serait en question : doit-elle  être gérée selon les critères des puissances de l’argent ou du point de vue de l’intérêt général ? La démocratie, la participation citoyenne ou la dictature des marchés financiers ? Bref, les êtres humains ou le talon de fer de l’argent-roi.

Crise(s) ! Répondre

Il monte des arrières cuisines politiciennes de la droite sarkozyste une inquiétante puanteur. Après ce que l’on a appelé l’affaire de l’été « Bettencourt-Woerth », dans laquelle tout est fait pour brouiller les pistes et camoufler la réalité des faits jusqu’à « dépayser » l’enquête à Bordeaux, voici qu’éclate ce qui s’apparente à un scandale d’Etat. Une affaire de « rétro-commissions » sur des ventes de sous-marins au Pakistan. Parce qu’une partie des bénéficiaires, basés au Pakistan, n’auraient pas touché « leur part », ils auraient commandité un attentat, tuant quinze hommes dont onze travailleurs français de la direction des constructions navales, jetant leurs familles dans un deuil lourd et sourd, sans qu’elles n’en connaissent les causes.  Elles ont demandé, à juste titre, la relance l’enquête, après qu’un ancien ministre de la défense de l’époque ait confirmé le versement de ces « rétro-commissions » à des personnalités françaises. Certains à droite désignent le candidat à la présidentielle, M. Balladur, comme pouvant être le bénéficiaire de ces sommes pour financer la campagne présidentielle de 1995.

S’agissant d’une affaire aussi grave, ayant provoqué la mort de travailleurs français d’une part, et d’un enjeu de morale politique d’autre part, il est urgent que, par tous les moyens, la clarté soit faite sur tout ceci. Il faut d’urgence ouvrir les coffres forts secrets. On sait notamment que les comptes de campagne de M. Balladur n’ont été acceptés que dans de bizarres conditions. La justice doit donc disposer de toutes les pièces et de tous les témoignages pour pouvoir donner une opinion. Et comme dans l’affaire Bettencourt, le pouvoir doit cesser de dessaisir les juges comme il tente de le faire. Que la justice du peuple puisse travailler. La vérité doit éclater.

Mais une vraie commission d’enquête parlementaire pluraliste doit pouvoir aussi enquêter, en toute liberté, pour aider à faire la clarté. C’est d’autant plus indispensable que cet air nauséabond se répand désormais partout. De l’affaire Woerth, après celle de Clearstream à celle de ministres utilisant des moyens de l’Etat à des fins personnelles ; des nouvelles accusations contre le même M. Woerth dans la vente de l’hippodrome de Compiègne à celle des écoutes téléphoniques et de vols de documents et d’ordinateurs à des journalistes, auxquelles il faut ajouter les poursuites, les emprisonnements de militants syndicaux et de jeunes lycéens après le mouvement contre l’abrogation de la retraite à 60 ans. Nous sommes fondés à réclamer …. de l’air !

Cette République n’est-elle pas en train de pourrir sur pied ? Le régime semble de plus en plus vacillant au bord de la crise avec des conséquences dramatiques possibles.  Le mouvement progressiste et démocratique est confronté à la nécessité de réfléchir et de proposer un projet nouveau pour construire une République de citoyens plus libres et associés à la marche de la société. On se demande dans quelle mesure les institutions présidentialisées à outrance, qui pousse à la campagne électorale permanente et à la personnalisation, peuvent rester le fin du fin d’une prétendue démocratie. Une nouvelle République ne peut que s’attacher à porter les urgences sociales qui se cognent, jour après jour, au mur de l’argent-roi. La nouvelle phase entamée, après le remaniement gouvernemental, vise sans doute à solidariser tous les acteurs des gouvernements de droite précédents, donc à l’étouffement des affaires successives, mais surtout à donner des assurances aux puissances financières.

C’est pour une part le sens du projet concernant « la dépendance » qui pourrait constituer une manne considérable pour les compagnies d’assurances privées ou encore la flexibilisation et la précarisation du travail pour nourrir le capital, tout en faisant baisser les statistiques de chômage avant l’élection présidentielle. C’est aussi le sens du scandaleux projet de supprimer l’impôt sur les grandes fortunes, après la baisse permanente de l’impôt sur les sociétés, particulièrement sur les sociétés cotées en Bourse.

L’enjeu d’une nouvelle répartition des richesses pour progresser dans le sens de la justice fiscale et écologique devrait devenir le cœur d’un grand projet d’une gauche utile au peuple et combative. L’expérience de l’amplification de la crise dans l’Union européenne démontre malheureusement et amplement que l’abaissement permanent de l’impôt sur le capital, alors que les prélèvements sur le travail augmentent, mène à la faillite. Après la Grèce, c’est exactement ce qui se passe en Irlande et menace le Portugal et peut-être l’Espagne. L’action pour la justice dans chacun des pays de l’Union et celle de la refondation de l’Europe doivent donc se mener de pair. Celle pour une transformation progressiste de la fiscalité doit se combiner avec celle d’un rôle nouveau pour la Banque centrale européenne dont le statut doit être changé pour la mise en place d’un système de crédit public à vocation sociale, industrielle et écologique, avec le refinancement des banques centrales nationalisées afin de les aider à financer des projets industriels, agricoles, de construction de grandes infrastructures, de nouveaux services publics, créateurs de travail intéressant et correctement rémunérés, soucieux de l’environnement et de l’avenir de la planète.

L’efficacité n’est pas l’objectif de l’actuel pacte d’austérité. Elle réclame un pacte de développement social, humain et écologique, au service exclusif des peuples et de la nature. Et pour commencer, pourquoi les forces progressistes européennes ne lanceraient-elles pas une grande action commune sur tout le continent pour obtenir un mécanisme de taxation des mouvements de capitaux ? Cela permettrait de doubler le budget européen pour des objectifs de protection sociale. Il est temps en effet de commencer à mettre fin à la guerre économique et au honteux gâchis du surarmement, impulsé au sommet de Lisbonne, avec le soutien de notre pays.

L’attachement profond de nos concitoyens à la justice, exprimé dans le mouvement social du droit à la retraite à 60 ans à taux plein, continue de vivre dans la société. Il cherche un débouché politique progressiste. Les forces du Front de gauche ont la responsabilité de se placer au cœur de la gauche et de s’enraciner sous des formes diversifiées dans toutes les villes, quartiers, entreprises, territoires du pays, pour aider le monde du travail, de la création, des retraités et de la jeunesse à construire un rassemblement populaire, devenant majoritaire. Une sorte d’unité populaire en action, pour un nouveau contrat social commun, solidaire, démocratique, écologique, pacifique. Avec audace, travaillons à ce beau projet unitaire progressiste.

Face au gouvernement de combat 1

 

Le Président de la République avait imaginé un remaniement gouvernemental après la défaite de la droite aux élections régionales. Depuis ce moment, tous ses actes ont eu pour objectif que de droitiser sa politique déjà dure aux faibles pour regagner les électeurs de son camp les plus réactionnaires qui s’étaient éloignés  de lui. De nouvelles ruptures avec l’esprit républicain, les principes d’égalité et de fraternité, dont la distinction entre français d’origine étrangère et français dit de « souche », ont été engagées. Les sollicitudes envers les plus fortunés, les consanguinités financières entre le pouvoir et la première fortune de France, l’abrogation du droit à la retraite à 60 ans, la résistance au mouvement social, le puissant rabot appliqué aux investissements publics et sociaux, ont été parmi les choix les plus marquants.

Au bout de cette longue séquence, fidèle au principe de concurrence, le monarque élyséen a organisé une sorte de « Matignon Academy » au terme de laquelle il a reconduit le Premier ministre F. Fillon et autour de lui un gouvernement bien ancré  sur les valeurs du seul parti présidentiel,  redevenu RPR canal historique. Hormis Jacques Chirac, tous les présidents du RPR et de l’UMP sont dans ce gouvernement. Mieux ou pire ! La désignation du président de l’UMP a été traitée dans le cadre de ce remaniement. L’objectif est clair. Il avait été esquissé lors du discours présidentiel de Colombey-Les-Deux-Eglises. Le projet est d’accélérer l’adaptation de la France, de son économie, de ses systèmes de protection sociale, à la mondialisation capitaliste. De plier encore plus notre pays, ses travailleurs, son industrie, sa recherche, ses services publics, son école, son système de santé, aux lois de la jungle du capitalisme financier. C’est déjà le sens de la démolition de la retraite à 60 ans, de l’attaque contre les collectivités locales, des budgets d’austérité de la sécurité sociale et de la nation, en débat au Parlement.

Il se dit, dans certains milieux, que le Premier ministre s’émanciperait de celui qui paraît-il n’a jamais été son « mentor ». Quelle farce ! M. Sarkozy reste le chef d’orchestre et M. Fillon a été le plus ferme dans la casse successive de la retraite à 60 ans ou dans l’attaque contre les collectivités locales. Le choix a été celui des forces de l’argent qui le considèrent comme le plus fiable aujourd’hui pour leur rendre service dans le cadre de la guerre économique et des contradictions inter-capitalistes, au cœur d’une crise qui menace le système lui-même. Et le gouvernement, comme le dispositif autour de lui, vise à conserver le pouvoir en 2012, au service des mêmes forces du capital.

Ce sera donc un gouvernement de combat contre le monde du travail et pour lancer la campagne présidentielle. Et le dispositif intègre les élections cantonales à venir et la primauté de l’élection présidentielle qui se joue à deux tours.

L’objectif est donc d’accentuer l’austérité, sous la dictée de la Commission de Bruxelles, de la Banque centrale européenne et des agences de notation, pendant que le Président fera des discours au nom du G20 pour « moraliser le capitalisme » et pour conforter une droite nationaliste et celles et ceux qui seraient tentés par l’extrême-droite. Mais ceux là ne constituent pas la majorité nécessaire pour l’emporter. M. Sarkozy sait qu’il aura besoin, au second tour, d’un centre droit qu’il ne peut lui-même attirer. La montée médiatique de M. Borloo avant le dernier épisode de la « Matignon Academy », puis sa sortie du gouvernement, sur le thème de « la cohésion sociale », vise cet objectif. D’ailleurs lui et ses amis clament qu’ils sont dans la majorité présidentielle.

Il s’agit donc pour la droite, le Medef et les forces du capital d’un projet de reconquête à deux étages, ancré bien à droite, à ne pas prendre à la légère.

Dans ces conditions, on se demande d’ailleurs comment le directeur du Fonds monétaire international, qui va gérer les enjeux du G20 avec le Président de la République, peut être candidat de la gauche aux élections présidentielles.

En tout cas un grand défi est désormais posé à toute la gauche. Elle ne peut être victorieuse que si elle se met au service du monde du travail et des retraités, des jeunes et qu’elle élabore avec eux un vrai programme de changement ; qu’elle commette des actes de résistance face aux diktats de l’argent, aux injonctions européennes et à celles du Fonds monétaire international.

Une gauche qui élabore avec nos concitoyens un nouveau pacte social et écologique, de solidarité et de paix. Une gauche qui soit claire. Pas celle d’Europe Ecologie qui commence à dire qu’elle n’est ni de gauche, ni de droite. Pas celle de l’austérité au nom d’on ne sait quel principe de réalité. En ce sens, un Front de gauche, au cœur de la gauche, plus actif, plus déterminé, plus élargi, plus populaire, plongeant ses racines aux tréfonds des entreprises, des quartiers, des écoles, des laboratoires, sera utile pour élaborer un nouveau projet de société, avec une majorité de gauche, en gagnant aux élections cantonales qui permettra une autre majorité au Sénat, l’élection présidentielle et les élections législatives.

Son objectif devra être double : faire gagner toute la gauche et l’ancrer bien à gauche. Le chantier est immense.

La modernité d’un mouvement qui porte loin 5

Un oukase présidentiel n’est pas une victoire du sarkozysme. C’est tout le contraire ! Dans son immense majorité et dans sa diversité, le peuple français continue et continuera de refuser l’abrogation du droit à la retraite à 60 ans à taux plein ainsi que la méthode autoritaire employée pour le faire.

Nous avons souvent dit ici ces derniers mois que le mouvement social et citoyen s’opposant à cette contre-réforme portait loin, plus loin que le sujet des retraites. Il a été le révélateur et le cristallisateur d’opinions, de mouvements sur des enjeux bien plus globaux portant sur la manière de vivre dans une monde regorgeant de richesses, d’argent, de spéculations financières pour quelques-uns alors que la majorité des individus subissaient la régression sociale. Il porte en son cœur le refus des injustices et des inégalités. Des milliards d’individus à travers la planète prennent peu à peu conscience de diverses manières que le capitalisme financier mondialisé n’est pas la promesse de cette « mondialisation heureuse » débitée par tous les ultra libéraux de la terre.

Elle est au contraire synonyme, pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale, d’un bond en arrière pour eux, avec le démembrement progressif des droits sociaux et humains, le chômage, la précarité, le stress et le mal-être au travail, le doute grandissant sur l’utilité et la finalité de son travail. Là éclatent les bulles de la propagande du « travailler plus pour gagner plus » ou de la « concurrence de tous, contre tous ». L’expérience vécue par des millions de travailleurs est l’exact contraire des chimères selon lesquelles le système permet de s’en sortir par soi-même, en étant « performant », « compétitif » ou « débrouillard ».

La réalité est que les jeunes accèdent au travail par la porte du chômage et de la précarité, avec en plus des salaires bien souvent en deçà de 1000 euros. La vérité, c’est la vie des travailleurs jetés au chômage parce que la « compétitivité », cette brutalité de financiers, a obligé à fermer leur usine pour cause de rendements boursiers. Après avoir travaillé dur pendant vingt ans, ils sont considérés par les capitalistes comme trop coûteux. La vérité, ce sont ces centaines de milliers de personnes dites « seniors » qui font le chemin de croix des stages, suivi de multiples entretiens d’embauche sans débouché. Les mêmes font l’amère expérience que ceux qui leur expliquent sur tous les tons depuis tant d’années qu’ils doivent accepter, au nom de la crise, des « sacrifices nécessaires » « pour que ça aille mieux demain » sont ceux qui offrent le bouclier fiscal à Madame Bettencourt, qui gagnent toutes les trois minutes l’équivalent d’un SMIC, ou permettent au directeur délégué du groupe LVMH de gagner en une seule journée, en spéculant sur des actions, l’équivalent de 1400 années de SMIC.

Le pouvoir, le Medef et les puissances de l’argent sont donc face à la France populaire, à la France qui se lève tôt et trime dur, et qui ne croit plus à leurs mensonges. Le plus gros d’entre eux était celui qui a consisté à faire croire aux bienfaits de la mondialisation capitaliste. Or ce sont les ouvriers, les employés, et maintenant les couches moyennes qui en sont les principales victimes. Le mouvement en cours est une des premières grandes révoltes contre ce type de mondialisation.

La question sociale, combinée à celle d’une nouvelle redistribution des richesses, est portée au premier plan de ce bouillonnement populaire, enraciné aux tréfonds du pays. La défiance mesurée dans toutes les enquêtes et que l’on rencontre dans les discussions et les débats publics n’est pas la résultante d’on ne sait quel populisme, mais bien la conséquence de l’attitude des gouvernements qui renient leurs engagements à créer les conditions de protection et de sécurité de vie de nos concitoyens. C’est de cette conséquence que peuvent naître des populismes et des extrémismes. Voilà pourquoi le débat sur les moyens de créer les conditions du vivre mieux, de la relance d’un nouveau progressisme français et européen contre le capitalisme mondialisé doit avoir lieu. Qu’importerait aux salariés, aux femmes, aux précaires, que demain le système de retraite par points ou par capitalisation soit mis en œuvre par des gouvernements classés à gauche ou à droite. L’enjeu est la retraite à 60 ans à taux plein par répartition, combinant solidarité intergénérationnelle et solidarité financière, c’est-à-dire avec la participation du capital au financement des retraites. Ceci ne serait au fond que la restitution aux producteurs d’une partie de la valeur du travail humain créé, aujourd’hui accaparé par les requins de la finance. Et il en est de même pour la rémunération du travail, de la protection sociale, de l’éducation et de l’emploi. Le courage consiste aujourd’hui à créer les conditions pour qu’il n’y ait plus seize millions de personnes qui, chaque fin de mois, tirent le diable par la queue et huit millions rejetés dans la pauvreté. Le courage voudrait que l’on s’attaque frontalement aux injustices et aux inégalités, aux fractures sociales, territoriales, démocratiques, culturelles. C’est le sens et la force des mouvements sociaux actuels. Ils ne sont ni la répétition d’un mai 1968, ni celle du mouvement de 1995. Ils surviennent après les mouvements de 1995, et le refus majoritaire du traité européen ultra-libéral de Lisbonne. Ils constituent un mouvement profond, enraciné, interprofessionnel, intergénérationnel, interterritorial au sens où le salarié du public s’allie à celui du privé dans les grandes villes, les métropoles, les villes moyennes, les secteurs péri-urbains et ruraux.

Il est donc un mouvement de type nouveau, de ce temps, de la dixième année du troisième millénaire. Il s’interconnecte avec les nouveaux moyens de communication, de dialogue, avec l’Internet, les téléphones portables, les textos, dans un partage d’informations et de réflexions qui l’enrichit en permanence. Il inspire, s’enrichit et enrichit d’une certaine manière dans – et avec -  le travail d’intellectuels,  d’une multitude de romans et de films dits sociaux. Il cherche son unité. A l’opposé de la division que veulent imposer les tenants du capital et de la régression, les individus, salariés ou non, des couches les plus populaires comme celles des classes moyennes et jusqu’aux cadres, prennent conscience de leurs intérêts communs face à leurs spoliateurs communs.

Ce mouvement est donc de ce temps. Il est moderne. Parce qu’il est en recherche, il attend beaucoup de la gauche, de son unité, d’une gauche qui doit elle aussi être de ce temps et en phase avec ce mouvement, ses aspirations, ses  révoltes, ses espoirs de changement. Cela ne peut se faire ni avec des recettes et des méthodes du passé, ni par des aménagements à la marge du système pour le sauver. Cela passe par un appel à toutes et tous à rechercher ensemble le chemin populaire et inédit d’un projet radicalement neuf de transformation progressiste.

Un Front de gauche plus enraciné, plus élargi, plus pluriel, a la responsabilité d’être au service de ce mouvement populaire en germe, d’aider à son unité en se situant au cœur de toute la gauche pour favoriser l’union de la majorité de celles et ceux qui n’en peuvent plus et cherchent autre chose. C’est avec eux qu’il faut construire ce grand projet auquel aspire cette majorité populaire.

De la démocratie ! 1

Une réflexion publique sur le concept de démocratie en France et dans le monde devient nécessaire, indispensable même. L’article 2 de la Constitution Française du 4 octobre 1958 énonce comme principe fondamental que le système français est :  « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Cette phrase d’Abraham Lincoln, reprise dans notre loi fondamentale, est chaque jour un peu plus grignotée, transgressée par le pouvoir sarkozyste.

La manière dont est menée au pas de charge la casse de la retraite à 60 ans en est le dernier exemple, parmi les plus frappants. 70% de la population refuse cette régression, la considère injuste. Plus, le Président de la République a déclaré lui-même à plusieurs reprises qu’il n’avait pas de mandat pour abroger la retraite à 60 ans. Le pouvoir déclare qu’il a simplement « consulté » les syndicats, mais il n’y a jamais eu de négociations sur ce texte. Lorsqu’on lui demande la raison de ce refus de négocier, le gouvernement répond qu’il n’y avait pas lieu puisque les syndicats étaient contre la retraite à 62 et 67 ans. Pour pouvoir discuter désormais, il faut donc, au préalable, être d’accord ! Drôle de dialogue social ! Le Parlement lui-même a eu la main forcée. Les députés et sénateurs du parti présidentiel ont été convoqués à plusieurs reprises à l’Elysée. Le Président du Sénat lui-même a reçu l’injonction de procéder à un vote bloqué.

Aucun vrai débat public, contradictoire n’a eu lieu sur aucune chaîne de télévision ou de radio. Et que dire des communiqués élyséens annonçant par avance l’état et la nature du mouvement social qui, depuis le premier jour, était en « décélération ». Belle formule de ce   «décélérateur » d’affaires qu’est ce M.Woerth.

La souveraineté populaire est donc bafouée, méprisée. Le terrible gouffre entre les demandes, les aspirations populaires et la représentation parlementaire ne cesse de se creuser. L’inversion du calendrier électoral a considérablement aggravé cet état de fait. Certes, les méthodes d’un Président de la République, s’arrogeant désormais tous les pouvoirs, en rajoutent encore. Mais, c’est le système lui-même qui devient extrêmement dangereux. Une oligarchie –c’est-à-dire un tout petit groupe- s’est emparée de tous les leviers de commande contre la souveraineté du peuple. Dans la crise profonde et totale du capitalisme, ils veulent à tout prix «tenir» la représentation parlementaire ; porter des coups aux services publics de la justice et de la police ; affaiblir la fonction publique ; contrôler le système médiatique et tenir la presse indépendante à la lisière de la survivance ; démanteler l’architecture des collectivités locales et territoriales, de telle sorte qu’elles ne soient plus ni contre-pouvoir social, ni contre-pouvoir politique. Et, attention ! A la faveur du mouvement social et revendicatif sur les retraites, le sarkozysme tente d’imposer l’idée que les syndicats ne servent à rien, que l’action citoyenne et sociale, même puissante, devient inutile. Ceci coïncide exactement avec l’intégration de plus en plus grande de notre pays dans l’Europe capitaliste. Les institutions européennes non élues, imposent de plus en plus leur talon de fer aux peuples. Ainsi, le Conseil européen et la Commission de Bruxelles veulent contrôler « a priori » les budgets nationaux, obliger les Etats à réduire drastiquement les budgets publics et sociaux, comme le réclament à corps et à cris les marchés financiers. Accepter ceci c’est rendre le Parlement national inutile. C’est ligoter la liberté de choix des citoyennes et des citoyens aujourd’hui, en 2012 et après. Pire ! Selon ces institutions européennes, les Etats n’obtempérant pas à leurs diktats seraient sanctionnés, soit par ponction sur leur budget, ce qui reviendrait à réduire les moyens financiers publics pour les populations, soit en privant les pays concernés de leur droit de vote au sein du Conseil européen. Le budget européen serait lui-même réduit à peau de chagrin. C’est bien l’Europe autoritaire et antisociale, au service exclusif de la dictature des puissances d’argent qui est en train de se construire. Il y a des liens clairs entre ces orientations antisociales, antidémocratiques et les politiques nationales mises à l’œuvre. C’est le cas de la réduction des politiques publiques, de la mise en concurrence des services ou la casse des retraites. Ainsi, dans les conclusions du Conseil européen de la semaine dernière, on peut lire qu’il vérifiera « l’incidence de la réforme des retraites dans la prise en considération de la mise en œuvre du pacte de stabilité ». Traduction de cette langue d’ébène des eurocrates : plus vous reculerez l’âge de la retraite et mieux nous considérerons que vous êtes un bon élève dans la mise en œuvre des programmes d’austérité. Nous avions bien eu raison de refuser ce type d’Europe lors du référendum de 2005. Mais là encore, la volonté du peuple comme celle des Pays Bas ou de l’Irlande a été niée et bafouée.

Nous ne sommes plus dans un système politique où la souveraineté appartient au peuple. Et le fossé qui s’élargit entre les promesses de campagne électorale, la représentation parlementaire et la vie de l’immense majorité de nos concitoyens porte en germe les lourds dangers des obscurantismes, des populismes et des extrémismes de droite.

La négation de la démocratie, le mépris du peuple peut conduire au pire. Voilà pourquoi il est urgent que s’ouvre un débat approfondi à ce propos. Démocratie sociale, démocratie citoyenne et d’intervention, démocratie politique sont des urgences. La démocratie s’est toujours conjuguée au progrès social. Le concept de République ne suffira plus dés lors qu’il sera vidé des contenus de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Ces trois mots sont déjà en eux-mêmes un programme politique transformateur et progressiste. C’est le chemin inverse qui est emprunté aujourd’hui.

Nous voulons inventer avec le peuple, par le peuple et pour le peuple un nouveau chemin de changement inédit pour toutes et tous.