Préparer une alternative 4

Les forces de la réaction mettent en place leur dispositif en vue de l’échéance présidentielle. Plusieurs combinaisons politiciennes semblent être à l’étude, avec l’objectif, dans la crise, de préserver, quoi qu’il arrive,  les intérêts du capital. Le parti sarkozyste serre les rangs. Une machinerie médiatique au service de la droite est déjà bien en place. L’UMP est sommée d’y  défendre le bilan présidentiel.

En vérité, nul besoin de lire ce bilan sur papier glacé tant la vie de plus en plus dure de chaque famille populaire parle malheureusement d’elle-même. Le pouvoir tente de dégager sa responsabilité en mettant tout sur le dos de la crise. Quel détournement de la réalité pour faire accepter son sort comme une fatalité ! La crise est précisément le résultat des politiques capitalistes mises en œuvre par M. Sarkozy qui se présente lui-même comme l’un des leaders de ce système. Il a donc été décidé en haut lieu, parce que cela correspond aux intérêts suprêmes des puissances d’argent, de défendre l’austérité comme un mal nécessaire.

C’est en ce sens que le pouvoir tente de modifier la Constitution sur injonction et en connivence avec la Commission de Bruxelles pour inscrire dans le marbre, dans le plus grand silence, la réduction des dépenses sociales et publiques au nom de l’équilibre des comptes publics, pendant que les cadeaux fiscaux aux plus fortunés et au capital se poursuivent. Mieux, la droite commence à faire entendre cette petite musique selon laquelle elle ne fait qu’appliquer les directives du Fonds monétaire international, présidé par M. Strauss-Kahn. Ce qui n’est pas faux et révèle du même coup la tentative d’enfoncement de notre peuple dans la politique ultralibérale comme seule « non » perspective.

Situation encore aggravée avec la reprise méthodique, depuis des mois, des thèmes nauséabonds de l’extrême-droite lepéniste qui en fait ses choux gras. Même ripolinée, souriante, avenante, avec un discours social, l’extrême-droite c’est l’extrême-droite. Hitler est venu au pouvoir dans une période de crise, de dégénérescence politique, avec un discours social. Le nom de son parti incluait même le mot « socialisme ». La situation a un an des élections législatives et présidentielles a ceci de grave et de dangereux qu’elle peut bloquer tout débat démocratique fondamental sur un vrai choix politique. En faisant planer en permanence le risque de l’extrême-droite au second tour, on tue tout pluralisme, tout débat, toute confrontation politique réelle sur des options possibles et on pousse par avance à une bipolarité entre deux candidats qui, peu ou prou, pourraient être élus sur des programmes voisins d’austérité, de chômage, de paupérisation obligatoire pour sauver les marchés financiers et l’oligarchie.

Nous sommes donc à un moment bien plus critique qu’il n’y parait. Alors qu’il conviendrait, face à la crise du système,  d’écrire une nouvelle page de l’histoire de notre pays, de l’Europe  et de l’humanité toute entière, c’est une marche forcée dans le mur qui est imposée. L’heure est pourtant à inventer de nouveaux chemins adaptés aux conditions d’aujourd’hui d’un nouveau progressisme français et européen, répondant aux urgences sociales, démocratiques, écologiques.

Voilà bien la responsabilité de toute la gauche, de toutes les électrices et de tous les électeurs de gauche et de l’écologie politique progressiste. Depuis la Révolution française, la gauche a deux branches. L’une qui considère qu’on peut améliorer le sort des gens dans le cadre du système actuel, parce qu’on ne pourrait pas transformer l’Europe et la mondialisation. Une autre –dont nous sommes- porteuse de l’idée d’un processus de transformation sociale et écologique en sortant du monde de l’austérité et du carcan des traités européens. Cette partie représente une force considérable qui peut se situer entre 14 et 20% de l’électorat. Son unité et son apport peuvent  être décisifs pour battre Nicolas Sarkozy et assurer  la victoire de la gauche aux législatives qui suivront. Mais surtout, si les citoyennes et les citoyens s’en mêlent, une dynamique est possible qui construise un rapport de forces pour ancrer la gauche bien à gauche et aider ainsi le mouvement populaire, dans un va et vient avec des mouvements sociaux, citoyens, culturels autonomes, à affronter la haute finance et les institutions européennes, en recherchant des alliances avec les autres peuples européens.

C’est pour cela qu’est né le Front de gauche. Il lui reste beaucoup d’efforts à accomplir pour être un Front plus populaire, plus enraciné dans les quartiers et dans les entreprises, plus actif aujourd’hui  même dans le débat et l’action. L’annonce d’O. Besancenot de ne pas être candidat à la présidentielle modifie un peu la donne. Ce pourrait être l’occasion d’élargir le Front de gauche, d’en faire une grande force unitaire au service de la majorité de celles et ceux qui aspirent à une vie meilleure, solidaire et fraternelle. L’occasion, pour cet objectif, sur des propositions communes, de présenter des candidats de rassemblement communs à toute la gauche de transformation sociale et écologique, au premier tour des élections présidentielle et législatives. Rien de tel pour garantir une victoire de toute la gauche et de l’écologie politique au second tour ! C’est de ce côté, au cœur de la gauche et de son peuple,  que peut naître et grandir une espérance active de changement. Une vraie alternative !

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Du pain, de la liberté, de la dignité ! 2

« Nous voulons vivre comme des êtres humains ». Ce cri strident lancé par un citoyen égyptien dans une manifestation résume avec clarté et force l’aspiration populaire qui parcourt en ce moment le monde arabe, et au-delà, la terre entière.

Le pain, la liberté, la dignité, est la grande demande de l’heure alors que flambe, sous un incendie allumé par les spéculateurs, le prix des matières premières agricoles, énergétiques, papetières et textiles. En Tunisie, en Egypte et ailleurs encore, des peuples sont confrontés à une élite arrogante, prédatrice, autocrate et kleptocrate, protégée par des armées de policiers.

Ici en Europe ils n’ont pas le même visage, pas les mêmes méthodes, mais ils réduisent aussi les moyens pour vivre des travailleurs, des retraités et des jeunes. Ils bloquent les salaires, font grimper les loyers,  les prix de l’alimentation, de l’énergie, de l’habillement, de la santé alors que la part des salaires et de la protection sociale dans les richesses produites ne cesse de diminuer. C’est donc naturellement qu’ils ne soutiennent pas les révoltes populaires dans les pays arabes. Ces derniers leur servent d’arrière-cour pour piller les richesses pétrolières, pour produire à bas prix des matières premières agricoles, contre les paysans européens, des automobiles contre les ouvriers de Renault et de Peugeot. Les ouvriers tunisiens, marocains, égyptiens,  eux connaissent une misère noire et sont soumis, quand ils ont du travail, à des cadences folles comme dans ces « centres d’appels téléphoniques » délocalisés. En vérité, cette main d’œuvre corvéable, surexploitée et sous payée sert aux multinationales occidentales à augmenter leur taux de profit. Nous aussi nous avons nos kleptocrates. Comment appeler autrement ceux qui, dans les entreprises cotées en bourse, vont toucher en pleine crise les dividendes les plus élevés depuis 2001 ? Comment qualifier autrement les dirigeants des grandes banques dont les rémunérations et les bonus ont augmenté aux Etats-Unis de 120 milliards de dollars selon Wall Street ?  Il y a une semaine, le président de Renault-Nissan nous demandait d’accepter qu’il gagne le modique salaire de 600 000 euros par mois, sinon il pourrait être mieux payé dans une firme automobile américaine. La concurrence pour les patrons c’est donc l’augmentation de salaires déjà faramineux, tandis que pour les ouvriers c’est toujours la pression à la baisse du salaire.

Les peuples arabes qui ont fait irruption sur la scène politique mondiale ont et auront tout notre soutien parce que nous savons le haut degré de liens qui unit les travailleurs, les jeunesses par-delà le monde, face aux mêmes oligarchies mondiales. Nous savons que la démocratie et la liberté sont des valeurs universelles à faire vivre. Nous avons été de tous les combats contre les humiliations que l’impérialisme, le colonialisme et maintenant le sarkozysme leur font subir avec ces injustifiables guerres en Irak, en Afghanistan. Avec le refus opposé au droit légitime du peuple palestinien à disposer de son Etat, de sa terre, de sa souveraineté politique et économique. En même temps, nous qui avons salué avec enthousiasme la chute de Marcos aux Philippines, de Duvalier en Haïti, de Chung Hee en Corée du Sud, de Ceausescu en Roumanie, de Suharto en Indonésie, de Videla en Argentine, de Somoza au Nicaragua, des dictatures militaires au Brésil, au Portugal et en Grèce, de Pinochet au Chili, nous savons que les peuples doivent toujours rester maîtres de bout en bout des processus de changement qu’ils initient pour ne pas qu’ils soient retournés contre eux. Il faut parler clair. Pour les puissances capitalistes, les Etats-Unis comme l’Europe, la démocratie, ou ce qu’elles appellent ainsi, n’est bonne que si elle participe à leurs objectifs. Ils ont inventé et favorisé des forces politiques liées à des intégrismes religieux contre les forces progressistes dans les pays arabes. Ils font de même au sein de l’Union européenne en modifiant les modes de scrutin, en organisant un Parlement européen quasiment bipolaire, en tentant de favoriser le bipartisme, en créant un complexe médiatique de plus en plus lié au monde des affaires. Et ils imposent des traités européens donnant les pleins pouvoirs à une Banque centrale européenne et à une Commission de Bruxelles non élues.

Voilà maintenant que ces institutions européennes débattent d’un pacte élaboré dans le secret entre M. Sarkozy et  Mme Merkel qui passerait les droits sociaux à la faucheuse et les systèmes démocratiques des Etats à la broyeuse ultralibérale. Il est en effet prévu de faire obligation aux Etats de soumettre leurs budgets nationaux, sociaux et ceux des collectivités aux griffes pointues de la Commission de Bruxelles avec l’obligation de ce qu’ils appellent « l’équilibre budgétaire ». Ceci veut dire que la saignée des services et secteurs publics va s’amplifier, que les privatisations seront accélérées. Ils envisagent de porter la retraite à 67 ans, de désindexer totalement les salaires sur les prix, au moment où ceux-ci flambent. Ce serait donc l’appauvrissement généralisé. En vérité, le projet « d’Europe allemande », sauce Merkel,  est en marche. Il faudra s’unir et se remobiliser pour bloquer ces funestes orientations. Ils veulent procéder à un coup de force en aggravant le traité de Lisbonne pour des politiques ultraréactionnaires de super austérité. Il n’y a pas que dans les pays arabes où doivent monter avec force les exigences de pain, de liberté, de dignité. Ici aussi, c’est à l’ordre du jour.

Le concept même de démocratie est dévoyé par les puissants et leurs élites. Que vaut-il  quand en apparence on donne la liberté de vote, mais que comme pour le traité de Lisbonne on ne tient aucun compte du rejet populaire ? Que vaut-il quand le Président de la République française impose de force l’abrogation du droit à la retraite à 60 ans sur lequel il ne s’était pas engagé avant d’être élu ? Que vaut-il quand ce même Président en est aujourd’hui à attaquer violemment les services publics, les services régaliens de la justice, de la police ou de l’éducation, de la culture ? Que valent les droits humains fondamentaux quand tout est privatisé ? Où est la démocratie quand les travailleurs n’ont aucun droit de regard sur l’orientation et la gestion des entreprises ? Démocratie et justice partout ! Telles sont les belles aspirations de l’heure. De partout, les peuples étouffent du manque de pouvoir d’achat, d’une démocratie confisquée et d’insupportables humiliations. De partout monte ce cri : « Nous voulons vivre comme des êtres humains ».

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La première révolution du XXIeme siècle 10

La première révolution de ce XXIème siècle est en cours. Elle a lieu tout près de chez nous, dans un pays aux multiples liens avec le nôtre. L’acteur en est une jeunesse et un peuple admirables, beaux, sages, cultivés, au pays du jasmin. Saluons encore une fois le courage, la force et la détermination du peuple tunisien uni qui, en vingt-trois jours, a mis fin à vingt-trois ans de dictature d’un autocrate corrompu. Nous présentons nos condoléances aux familles qui malheureusement ont perdu l’un des leurs sous les balles de Ben Ali.

Ce peuple sous surveillance et encagé réclamait « liberté, travail, dignité ». Au manque de liberté s’ajoutaient désormais les ravages de la crise du capitalisme mondialisé dont les travailleurs tunisiens sont devenus des fantassins de premiers rangs sous couvert de la théorie en vogue de la « baisse du coût du travail » et de l’efficacité de la « concurrence ».

Ainsi l’étincelle a été allumée avec l’immolation par le feu d’un jeune homme de 26 ans, humilié comme tous les autres, bardé de diplômes mais jeté dans l’impasse du chômage. Ce mouvement est venu des profondeurs d’une société qui ne supportait plus d’étouffer pendant que la famille de la caste au pouvoir régentait leur vie et s’accaparait les richesses du pays. Le mouvement social est vite devenu un mouvement populaire et politique. La révolution du jasmin est d’une grande portée mondiale.

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L’ANNÉE OU LES CONSCIENCES ONT BOUGÉ 3

Après s’être terminée sur l’échec du sommet sur le climat de Copenhague, l’année 2010 s’était ouverte par un tragique rappel de la force de la nature et sur l’incapacité des êtres humains à protéger leurs semblables quand la terre trembla si violemment à Haïti et brisa net la vie de 250 000 personnes, en jeta un million et demi d’autres dehors, sans abri. La nature, mariée, innocemment, pour quelques heures seulement, à la pauvreté, aux inégalités insoutenables et inacceptables produisait le pire alors que l’on connaît les moyens technologiques désormais à notre disposition et l’opulence dans laquelle on vit à quelques centaines de kilomètres de Port-au-Prince. Depuis, le couvercle mis sur cette tragédie ne s’est soulevé que par des bulles générées par une épidémie de choléra.

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