COMPTE-RENDU DE SESSION DU PARLEMENT EUROPÉEN (10-13 septembre 2012) 1

Le Parlement européen s’est réuni en session plénière du 10 au 13 septembre à Strasbourg. Je n’ai malheureusement pas pu participer à toute la séance pour cause de préparatifs de la Fête de l’Humanité.

Le Parlement européen soutient les propositions de mon collègue de la Gauche unitaire européenne pour un meilleur accueil des demandeurs d’asile

Mardi 11 septembre, les députés européens ont adopté à une large majorité (584 voix pour, 41 contre et 54 abstentions) le rapport de mon ami Kyriacos Triantaphyllides (GUE/NGL – Chypre) sur la réinstallation des réfugiés dans l’Union européenne.

La question d’une solidarité entre États pour la réinstallation des réfugiés est étroitement liée aux débats sur les contrôles des frontières de l’espace Schengen. Certains États, comme la Grèce, Malte, l’Italie ou l’Espagne, sont sur les routes des flux migratoires destinés à l’ensemble de l’Europe.

De par leur position géographique, ces pays ont à gérer des flux très importants, leur gestion des frontières inquiète parfois les États voisins.

Pour l’instant la seule réponse européenn5e coordonnée a été la directive "retour" ou "directive de la honte" que nous avions farouchement combattue lors de la précédente législature. Ce texte, non content d’harmoniser les règles de renvoi des réfugiés, permettait aussi de les détenir pendant six mois avant leur expulsion. Cette directive faisait partie d’un ensemble d’initiatives sur la politique migratoire proposée par le gouvernement Sarkozy et Hortefeux. Ont suivi un renforcement de l’agence Frontex (qui coordonne les moyens policiers de lutte contre l’immigration illégale), puis le débat sur l’espace Schengen. Ce dernier est réduit à un chacun pour soi généralisé qui permettra, à terme, de fermer les frontières si l’on estime qu’un État de l’espace Schengen ne rempli pas ses obligations en matière de contrôle.

Le rapport de Kyriacos Triantaphyllides sort de cette logique du chacun pour soi et pose la question de l’accueil des demandeurs d’asile. Le rapport part du constat que certains États comme Malte ou la Grèce, ne peuvent faire face seuls à des flux migratoires en destination de toute l’Europe. Il ajoute que la logique sécuritaire de la chasse aux migrants les pousse sur des voies toujours plus dangereuses qui ont eu raison de la vie de plus de 18 000 d’entre eux depuis 1988 (selon le projet "No Fortress Europe"). Ce rapport propose en conséquence une solidarité européenne non plus pour lutter contre l’immigration mais pour l’accueil des demandeurs d’asile.

L’idée est de définir une clef de répartition entre États selon leur taille, leur richesse et leur population pour la réinstallation des personnes bénéficiant d’une protection internationale comme les demandeurs d’asile. Ainsi nous éviterions les drames liés aux refoulements trop fréquents dans les pays dits d’"entrée" qui sont saturés, et nous améliorerions nettement l’accueil de ces personnes qui ont déjà suffisamment souffert.

Ce rapport non législatif ne change malheureusement pas immédiatement les textes européens en la matière. Il donne cependant la position du Parlement pour les prochaines négociations avec le Conseil. De ce point de vue, le fait qu’il ait été très largement soutenu est un pas en avant en faveur d’une gestion humaine des flux migratoires.

Après l’adoption de son rapport, Kyriacos Triantaphyllides a exprimé ce vœu : "Puisse ce vote enflammer les discussions sur le paquet asile dans sa totalité". Puis il a poursuivi : "Notre rôle en tant qu’eurodéputés est d’envoyer un message clair à la Commission européenne et aux États membres sur nos desideratas en termes de renforcement de la solidarité en matière d’asile dans l’Union européenne.

Avec ce texte, nous avons réussi à traduire en termes concrets le concept abstrait de solidarité, tout en insistant sur l’importance d’une distribution équitable des responsabilités entre les États membres. Nous attendons désormais que la Commission fasse une proposition législative afin que nous puissions finalement tenir les promesses que nous avons faites en 1999.

Les négociations pour la formation d’un régime d’asile européen commun trainent depuis de nombreuses années et ce qui est proposé actuellement n’est pas digne de nos attentes originales. Cependant, il y a quelques avancées positives dans le domaine, et ce rapport fait partie de cette logique de progrès continu".

Le Parlement demande de faire toute la lumière sur l’utilisation de l’espace aérien ou du territoire de l’UE par la CIA

A l’occasion de l’anniversaire des attaques du 11 septembre, le Parlement a demandé dans une résolution soutenue par 568 voix, contre 34 et 77 abstentions de pousser davantage les enquêtes nationales sur les prisons secrètes de la CIA.

Le Conseil de l’Europe avait fait un premier travail édifiant avec l’enquête du sénateur suisse Dick Marty qui déroulait les missions des vols pratiqués par la CIA. Celles-ci couvraient l’exfiltration de prisonniers soupçonnés de terrorisme, la livraison de ces prisonniers à des pays tiers, voir la "sous-traitance" de leur interrogatoire dans des pays aux techniques encore plus violentes. Le tout avec la complicité passive des autorités de plusieurs États européens qui voyaient ces vols transiter par leur territoire.

Lors de la précédente législature, le député socialiste italien Claudio Fava avait mené l’enquête pour le Parlement. La résolution votée ce mardi 11 septembre, que nous avons soutenue, demande aux États membres d’enquêter pour déterminer "l’existence éventuelle de prisons secrètes ou d’installations sur leur territoire où des personnes ont été détenues en vertu du programme de restitution secret de la CIA".

Les députés des gouvernements incriminés (en Lituanie, Pologne, et Roumanie) n’ont pas soutenu ce texte, voire ont voté contre car il appelle à l’ouverture ou la reprise d’enquêtes indépendantes dans ces pays. La Finlande, le Danemark, le Portugal, l’Italie, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne, la Grèce l’Irlande, Chypre, la Roumanie et la Pologne, sont invitées à divulguer toutes les informations liées à ces activités de la CIA sur leur territoire.

Voici l’intervention qu’a prononcée mon amie Marie-Christine Vergiat (GUE/NGL – France) lors du débat précédant l’adoption de ce rapport :

"Je me félicite donc de l’adoption de ce rapport qui, malgré les pressions exercées par certains États membres et par certains de leurs représentants au Parlement, montre combien il reste de chemin à faire pour que les États membres de l’Union mettent en œuvre sur leur territoire les principes qu’ils veulent faire appliquer à d’autres.

Les violations des droits de l’Homme sont toujours intolérables. Il n’y a pas de réalisme politique qui tienne en ce domaine, fût-ce dans la lutte contre le terrorisme. Il ne peut y avoir de droits de l’Homme à géométrie variable selon que l’on se sente proche ou non d’un gouvernement. Aucun État et encore moins les États membres de l’Union ne peuvent s’exonérer de leurs responsabilités ni de leurs obligations internationales en ce domaine sauf à saper la crédibilité de l’Union.

Les institutions européennes en sont collectivement responsables devant les citoyens de l’Union. Le Parlement européen a pris aujourd’hui ses responsabilités en ce domaine. La Commission et surtout les États membres concernés doivent faire de même. Rendez-vous dans un an".

La directive "Efficacité énergétique" adoptée

Mardi 11 septembre, le Parlement a adopté la directive "efficacité énergétique", un texte qui se donne pour objectif d’atteindre 20% d’économies d’énergie d’ici 2020.

Cette directive est une des composantes du "Paquet-Energie" lancé par la Commission en 2008 avec pour ambition de réduire les émissions de carbone de 20% d’ici 2020, voire 30% si un accord mondial est conclu.

A côté des directives sur la réduction des émissions, le marché carbone, la taxation des émissions du secteur aérien ou l’objectif de 20% d’énergie renouvelable dans le bouquet énergétique européen, ce texte législatif vise à rationaliser la consommation d’énergie. Il concerne plus particulièrement la construction et l’entretien des bâtiments, puisque 40% de l’énergie consommée l’est dans le bâtiment, essentiellement pour le chauffage.

Ce texte cherche donc à faire des économies d’énergie là où elles sont les plus simples à réaliser et produiront le plus grand impact : le secteur du bâtiment. Les États doivent s’engager sur des feuilles de route à long terme pour réduire la consommation des bâtiments de leurs administrations, ils doivent également établir des plan triennaux pour améliorer l’efficacité énergétique et ainsi réduire leur consommation d’énergie de 20% d’ici 2020. Les grandes entreprises ne sont pas en reste, elles devront se soumettre à un audit énergétique tous les quatre ans qui permettra de déceler les économies possibles. Cette demande ne concerne pas les petites entreprises afin de les exempter des charges occasionnées.

Avec mon groupe nous avons donc soutenu ce texte tout comme une large majorité du Parlement, adopté par 632 voix pour, 25 contre et 19 abstentions.

M. Barroso propose d’aller vers un nouveau Traité d’intégration européenne plus poussée

Mercredi 12 septembre, le Président de la Commission, M. Barroso s’est attaché à un de ses numéros d’autosatisfaction qu’il affectionne tant, louant l’action des institutions européennes et les réformes imposées par la Commission. Le discours sur l’état de l’Union qu’il prononce une fois par an lors de la rentrée parlementaire est surtout l’occasion de dresser un tableau des mesures en négociation et de celles à venir.

Dans son intervention, le Président de la Commission a identifié les trois causes de la crise actuelle : "les pratiques irresponsables du secteur financier, le niveau intenable des dettes publiques et le manque de compétitivité", mettant évidemment de côté la concurrence à outrance que l’Union européenne a organisée entre les travailleurs, ainsi qu’entre les États en facilitant les mouvements de capitaux et donc la concurrence fiscale.

C"est donc sur la base de ces trois seules causes que la Commission veut se concentrer en poussant toujours plus les "contre-réformes", comme l’a rappelé son Président : "Nous ne devons avoir aucun doute sur notre volonté de réformer".

A partir de ce postulat M. Barroso a développé son crédo : le renforcement de la supervision des budgets des États par les institutions européennes, le renforcement de la supervision des Banques par la BCE, la nécessité d’ouvrir davantage les marchés à la concurrence, ce qui est appelé dans le jargon communautaire : "achever le marché unique".

Concernant la Grèce le Président de la Commission a été très clair: "si la Grèce s’en tient à ses engagements, elle doit rester dans la zone Euro". Un moyen aussi de rappeler à leurs devoirs les autres pays sous aide (Portugal, Irlande) ou qui y pensent (Chypre, Espagne, Italie).

Pour faire face aux défis actuels et à venir, à commencer par le renforcement de l’Union économique et monétaire et une éventuelle mutualisation de la dette que l’on nous fait miroiter contre tant de transferts de pouvoirs aux institutions européennes, M. Barroso a pour vision : "une fédération d’États-Nations". A mi-chemin il se donne pour étape la conclusion "d’un nouveau Traité", et pour lancer ce processus il veut faire des prochaines élections européennes un test de légitimité pour les institutions européennes. Il a donc annoncé des propositions de la Commission pour renforcer l’intérêt de ces élections : le renforcement des partis politiques européens et la mise en avant sur les listes européennes du candidat à la présidence de la Commission.

Au final ce discours n’a rien dévoilé sur la grande inconnue qui demeure autour du "renforcement de l’Union politique" demandé par l’Allemagne et la BCE. Après avoir adopté des mesures drastiques pour la surveillance des budgets et alors que l’Union européenne se dote de moyens toujours plus importants pour faire face à la crise de la dette tout en imposant ses politiques, Mme Merkel comme M. Draghi à la BCE prônent un "renforcement de l’Union politique".

Ce renforcement vise de fait à légitimer les nouveaux pouvoirs de surveillance mis en place et ceux à venir. On ne sait encore si l’on se contentera d’un vernis démocratique en renforçant la surveillance des Parlements nationaux sur les institutions européennes, ou si l’on ira jusqu’à mettre en place des systèmes de contrôle et de sanctions automatiques au non-respect des textes européens. La dernière option est défendue par les tenants de la ligne dure, la première par les pays en difficulté.

Nous devrions bientôt y voir plus clair, le Président du Conseil, M. Van Rompuy, chargé de réfléchir à la question, devrait rendre à la mi-octobre un premier rapport intermédiaire avant de faire des suggestions définitives en décembre.

Dans leur ensemble, les députés ont soutenu ce saut "fédéraliste" autoritaire et austéritaire. A commencer par les Verts et les libéraux, groupes traditionnellement les plus en faveur de l’intégration, même s’ils divergent sur le fond même de cette intégration et notamment sur l’importance du marché unique. Les socialistes ont demandé la création d’un "pacte social" sans vraiment préciser le fond de ce pacte, alors que la droite conservatrice avec son Président Joseph Daul, membre de l’UMP, s’enthousiasme pour les réformes et récuse "les réformettes".

Voici l’intervention de la présidente de notre groupe, Gabbi Zimmer, lors de ce débat :

"Vous présentez votre vision d’une Union européenne plus intégrée, d’une union financière et politique, d’une fédération démocratique d’États-Nations, mais si nous voulons un avenir pour l’Europe nous devons demander aux peuples ce qu’ils pensent de ce futur modèle.

Les réformes préconisées par la Commission ainsi que par l’EFSF et l’ESM ont un impact fondamental sur les droits économiques des peuples et les conditions drastiques imposées par la Troïka en Grèce exercent une très forte pression sur les plus vulnérables. Vous êtes pourtant supposés être le gardien des valeurs européennes !

Si vous vous inquiétez de la perte de poids économique et politique de l’UE sur la scène mondiale, cela signifie qu’il y a un besoin urgent d’une Union démocratique socio-écologique. Vous parlez d’institutions fortes – mais vous avez besoin du Parlement européen pour cela- sans les eurodéputés, sans les citoyens, aucun débat sur l’avenir de l’Europe n’est possible. Nous refusons l’éviction de la démocratie !

Comment pouvons-nous nous rétablir ? Mon groupe estime que le modèle allemand n’est pas un modèle viable pour l’avenir. Les jeunes, les vieux, les femmes, les chômeurs sont les plus touchés par la crise et pourtant la Commission a retiré les propositions pour l’instauration de quotas de femmes dans les conseils d’administration – pourquoi ? Une plus grande équité pour les femmes est nécessaire – aujourd’hui plus que jamais. Pourquoi ne pas instaurer une clause pour le progrès social ? Un pacte social? Cessez alors de faire pression pour privatiser et restreindre les services publics. Nous avons besoin d’une Union démocratique socio-écologique qui permette à l’Europe d’agir solidairement en tant qu’acteur mondial".

La Cour constitutionnelle allemande valide le Mécanisme européen de stabilité

Mercredi 12 septembre, la Cour constitutionnelle allemande a validé la signature prochaine par l’Allemagne du traité instituant le Mécanisme européen de stabilité (MES). Malgré les interrogations récurrentes de ses juges sur la légitimité démocratique des transferts de plus en plus poussés de pouvoir aux institutions européennes, la Cour constitutionnelle a rejeté les plaintes contre cette ratification.

La Cour constitutionnelle allemande s’est à plusieurs reprises interrogée sur les transferts de pouvoir aux institutions européennes tant que n’existe pas de véritable contre-pouvoir démocratique à ces structures technocratiques. Pour cette instance, la validation des traités de Maastricht ou Lisbonne s’est accompagnée de l’affirmation qu’en l’état actuel la légitimité démocratique reste l’apanage des parlements nationaux dont la souveraineté doit être respectée. Elle a donc validé une future ratification mais en limitant l’engagement financier allemand au MES et en rappelant que toute implication plus poussée devra passer par l’aval du Parlement allemand

La question de la validation du MES ne peut se limiter comme on essaie de nous le faire croire à un chèque en blanc accordé au nouveau fonds européen pour sauver les États en difficulté.

Le Mécanisme européen de stabilité assortit toute "aide" de conditions strictes en matière de politique économique et budgétaire. Les mémorandums de la Troïka (BCE, FMI et Commission) qui seront bientôt ceux du MES dictent aux États une politique de casse sociale basée sur la précarisation des contrats, la baisse des salaires au nom de la compétitivité, la casse des services sociaux et publics, le démantèlement des systèmes de retraite par répartition pour offrir cet immense marché aux opérateurs financiers, la concurrence à tout va et dans tous les secteurs en faisant sauter toutes les réglementations sur les numérus clausus, les heures de travail, le salaire minimum et en limitant le pouvoir de négociation des syndicats.

La décision prise par la Banque centrale européenne la semaine dernière de lancer des programmes d’achat de dette uniquement en faveur des États qui acceptent de conclure ce type de mémorandums avec le MES lui donne un pouvoir immense.

Cette nouvelle institution pourra dès lors imposer sa politique aux États pris à la gorge par les spéculateurs. Face aux ravages terribles qui frappent nos populations a-t-on vraiment besoin d’un nouveau FMI européen ?

Les députés européens se sont dans l’ensemble félicités de cette décision saluée par de multiples communiqués. Alors que la Commission s’accorde un droit de regard sur les budgets des États et s’arroge le droit de revoir la copie des Parlements nationaux, les inquiétudes de la Cour constitutionnelle allemande sur l’absence de contre-pouvoirs démocratiques sont pourtant justifiées. Ce sont les mêmes inquiétudes qui poussent les forces progressistes à demander un référendum sur le nouveau Traité budgétaire qui veut instaurer l’austérité à perpétuité.

Le Parlement européen autorise la numérisation des œuvres orphelines

Jeudi 13 septembre le Parlement européen a autorisé l’utilisation des œuvres orphelines à des buts non-lucratifs.

Par un vote de 531 voix pour, 11 contre et 65 abstentions le Parlement européen résout la question de la numérisation et de la diffusion des œuvres orphelines. Ces œuvres dont on ne peut trouver le ou les détenteurs des droits étaient pour l’instant dans un vide juridique qui rendait toute numérisation et, a fortiori, toute diffusion délicate.

En l’absence d’autorisation du détenteur des droits, il est compliqué pour une bibliothèque ou un musée de numériser ou diffuser une œuvre. Si le détenteur des droits ressurgit, des plaintes pour violation du droit d’auteur avec demandes d’indemnisations financières peuvent être engagées.

Ce texte autorise la numérisation (à des fins non lucratives) si le détenteur des droits a été recherché de façon "diligente". Si celui-ci finit par se manifester, il peut demander l’arrêt de l’utilisation de l’œuvre, ou une indemnité. Mais le texte prévoit une exception pour les institutions publiques (musées, bibliothèques etc.) qui permet de les couvrir contre toute demande trop élevée.

Le Parlement opposé à une marchandisation de la Politique Commune de la Pêche

Jeudi 13 septembre le Parlement s’est opposé aux propositions de la Commission pour le futur de la Pêche

Comme pour la Politique agricole commune (PAC), l’Union européenne redéfinit actuellement les grandes orientations de la Politique Commune de la Pêche (PCP). Le problème de fond reste de maintenir de l’activité dans des territoires souvent isolés économiquement tout en ménageant la ressource de poisson.

La capacité de pêche des différentes flottes des États dépasse ce que peuvent régénérer les mers et océans en poisson. Pour parvenir à atteindre un équilibre il existe un système de quotas de capture, les Totaux Admissibles de Capture (TAC), qui sont alloués entre États. Ces TAC sont ensuite distribués entre pêcheurs, sur des critères historiques et sur la capacité de leur flotte.

Mais dans sa réforme de la PCP, la Commission propose que ces TAC deviennent une ressource échangeable que pourraient transférer les pêcheurs contre rémunération. En plus de marchandiser une ressource naturelle, ce système a pour effet pervers d’entrainer une concentration de la Pêche entre les mains de gros armateurs comme on a pu le constater dans les pays qui l’appliquent déjà, par exemple au Danemark.

Dans le rapport adopté à 461 voix pour, 131 contre et 42 abstentions, le Parlement s’oppose à ce système, tout comme il s’était opposé la veille à une proposition de la Commission visant à réduire le nombre d’organisations de producteurs en augmentant le seuil de production qu’ils sont censés représenter dans un pays (passant le seuil pour enregistrer une organisation de producteurs de 30% à 65 % de la production du pays ).

Le texte s’oppose également à la proposition de la Commission de réduire drastiquement les aides à la modernisation de la flotte. Pour le Parlement, ces aides doivent servir non pas à pêcher davantage car nous sommes déjà en surcapacité, mais mieux, c’est à dire sur des bateaux plus sécurisés, consommant moins de carburant et produisant un impact moins néfaste sur les milieux marins.

L’adoption de ces deux rapports non législatifs est positive en ce qu’ils fixent les lignes rouges du Parlement dans la révision de la Politique Commune de la Pêche.

Le Parlement appelle à davantage de sanctions à l’encontre de la Syrie

Jeudi 13 septembre le Parlement a adopté une résolution commune à tous les groupes politiques sur la Syrie.

Il a appelé le Conseil, l’institution qui représente les États et donc les diplomaties européennes, à "de nouvelles mesures" contre le régime syrien, notamment "à envisager l’élargissement de la portée de ses mesures restrictives aux entités et aux groupes extérieurs qui apportent incontestablement un soutien financier et opérationnel essentiel aux autorités syriennes ou y contribuent".

En plus des sanctions, le texte demande d’explorer, au sein du Conseil de sécurité des Nations unies "toutes les options entrant dans le cadre de la responsabilité de protéger". La responsabilité de protéger tout comme la demande de refuges "sûrs" le long de la frontière avec la Turquie et la création de corridors humanitaires sont nécessaires pour atténuer les souffrances du peuple syrien, mais elles peuvent aussi être détournées à des fins militaires. D’où le flou entretenu autour de ces demandes.

D’une manière plus classique, le Parlement appelle à un soutien international en termes d’aide humanitaire, dans les pays voisins mais aussi en Syrie, et souligne l’importance de trouver une réponse à la crise humanitaire. La résolution appelle également "tous les acteurs armés à mettre immédiatement un terme aux violences" et à un cessez-le-feu.

Le Parlement dénonce l’instrumentalisation de la justice en Russie

Jeudi 13 septembre le Parlement a dénoncé dans résolution commune l’utilisation politique de la justice en Russie.

La résolution soutenue par l’ensemble des groupes politiques s’inquiète des "développements récents" qui "prennent la direction opposée des réformes nécessaires pour faire progresser les normes démocratiques, l’état de droit et l’indépendance du pouvoir judiciaire en Russie". Le cas des Pussy Riot condamnées à titre d’exemple ne démontre pas seulement la proximité du Kremlin et de l’église orthodoxe comme souhaitaient le dénoncer les trois jeunes femmes, il est symptomatique d’une tendance dure du pouvoir depuis l’élection de Vladimir Poutine à la présidence.

Son élection a été suivie par l’adoption d’un ensemble de textes de lois qui punissent lourdement les rassemblements non-autorisés, limite l’internet et oblige les ONG -présentées comme des agents de l’extérieur par le pouvoir russe- à déclarer toute aide qu’elles percevraient.

Dans la résolution commune, les députés demandent de "mettre un terme à l’impunité omniprésente et à la corruption généralisée". Ils s’inquiètent de la "montée brutale des intimidations et des persécutions à motifs politiques".

Le Parlement européen dénonce un "climat délétère pour le développement de la société civile" et s’inquiètent d’un "usage arbitraire des lois dans le seul but d’abattre les membres de l’opposition" comme c’est le cas du nouveau texte censé combattre l’extrémisme. Le flou autour de cette loi s’avère bien pratique pour attaquer une opposition fragmentée et qui peine encore à étendre la contestation hors de Moscou.

Dans le débat qui précédait cette résolution, la Haute représentante Catherine Ashton a dénoncé ces nouveaux textes:

"Pris dans leur ensemble, le paquet de législation limitant la liberté de réunion, restreignant les ONG, limitant la liberté de l’internet, le cas Pussy Riot, la recrudescence de la poursuite des militants de l’opposition, y compris Alexeï Navalny et la condamnation de Mme Ossipova, le licenciement d’un député de l’opposition de la Douma et un manque continu de progrès sur le cas Magnitsky constituent une tendance qui est très préoccupante".

Malheureusement le constat s’arrête là et il semblerait que le pouvoir russe soit plus inquiété par les enquêtes des services de la concurrence de la Commission contre le géant Gazprom que par les recommandations de la diplomatie européenne.

La commission Commerce International du Parlement cherche à faire passer un rehaussement caché des relations commerciales avec Israël

Mardi 18 septembre en commission commerce international du Parlement européen la droite à fait passer en force des dispositions techniques facilitant l’importation de produits pharmaceutiques israéliens en Europe.

Par un passage en force par 15 voix contre 13, les conservateurs des groupes PPE et ECR cherchent à imposer un rehaussement des relations commerciales UE-Israël alors que celles-ci sont conditionnées à une amélioration des conditions de vie des Palestiniens et des avancées concrètes dans le processus de paix.

La dernière tentative sérieuse pour obtenir un rehaussement des relations UE-Israël avait eu lieu quelques semaines avant l’opération "plomb durci" à Gaza en décembre 2008. Elle avait alors été rejetée par le Parlement. Depuis, et du fait des blocages constant des autorités israéliennes dans le processus de paix, de l’accélération de la colonisation, du maintien de l’occupation des territoires en Cisjordanie et du blocus de Gaza, un rehaussement officiel des relations est pour l’instant impossible.

Aussi les partisans du gouvernement israélien utilisent-ils des moyens détournés pour intégrer davantage Israël à l’Union européenne. Ce pays fait déjà partie de nombreux programmes européens, notamment de recherches, touchant au passage des subventions européennes. Les montants en question sont compensés par le fait qu’Israël verse une dotation à ces projets, mais le plus important pour les autorités israéliennes et de faire partie de ces projets européens et donc de s’arrimer à l’ensemble de l’Union européenne.

Dans cette perspective, la politique commerciale est un levier important. En plus de créer des débouchés pour les produits israéliens elle créé des liens. Par le vote de ce mardi 18, les groupes conservateurs cherchent à faciliter l’importation de produits pharmaceutiques israéliens en leur faisant intégrer le protocole ACAA. Ce protocole sur "l’évaluation de la conformité et l’acceptation des produits industriels", permet aux produits industriels (et notamment pharmaceutiques) israéliens de se soumettre aux normes de l’Union européenne. Avec ce label de normes européennes l’importation de ces produits est dès lors grandement facilitée.

Le vote en commission n’est qu’une première étape. Il doit encore être confirmé en session plénière du Parlement fin octobre. Avec la mobilisation des citoyens et de toutes les forces progressistes au Parlement européen nous pouvons faire tomber ce cadeau au gouvernement israélien et maintenir la pression pour qu’enfin il respecte le droit international.

25/09/2012

COMPTE-RENDU DE SESSION AU PARLEMENT EUROPÉEN (4 – 7 avril 2011) 3

Le Parlement s’est réuni du 4 au 7 avril à Strasbourg. Si les discussions sur les droits des migrants, des Roms et la question du nucléaire ont profondément divisé le Parlement, les grands sujets économiques ont provoqué moins de débats enflammés. La portée des décisions du dernier Conseil, validant une année de réformes sur la gouvernance économique, est pourtant considérable.

Voici les principaux éléments de cette session.

Un Conseil européen pour clore une année de réformes pour plus d’austérité

Mardi 5 avril, le Président du Conseil européen (l’institution représentant les gouvernements européens), Herman Van Rompuy, et le Président de la Commission, José Manuel Barroso, se sont tout deux livrés à des numéros d’autosatisfaction sur les résultats du Conseil européen des 24 et 25 mars. Cette réunion des chefs de gouvernement européens avait adopté le Pacte de compétitivité que nous avions divulgué dans l’Humanité et désormais renommé «Pacte pour l’Euro plus ».

Le « Pacte pour l’Euro plus » vient conclure un grand marchandage qui pourrait se résumer ainsi : les États dits «vertueux » et « compétitifs » acceptent de mettre la main à la pâte pour le financement de l’aide européenne au pays en difficulté, en échange de garanties.

Ces garanties imposent de s’aligner sur le modèle économique des États «vertueux » et « compétitifs » : budgets équilibrés après des coupes terribles, compétitivité assurée par la pression à la baisse sur les salaires, flexibilisation du travail… Les réalités et potentiels économiques sont pourtant totalement différents entre des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas et la Grèce ou le Portugal…

Pour s’assurer que les États suivent les recommandations européennes, plusieurs outils vont être mis en place ou renforcés :

  • le renforcement du Pacte de stabilité, qui permettra d’infliger des amendes allant jusqu’à 0,2% du PIB aux pays dont les budgets ne respectent pas les critères de Maastricht (les fameux 60% de dette et 3% de déficit par rapport au PIB),
  • le Semestre européen, qui autorise les instances européennes à superviser les budgets nationaux avant adoption par leur Parlement.

Le renforcement du Pacte de stabilité et la création du Semestre européen ont été décidés il y un an exactement et validés par une suite de compromis entre les gouvernements de M. Sarkozy et Mme Merkel. Le Pacte de stabilité issu de ces compromis est désormais en négociation entre le Parlement et le Conseil, sous la forme de six textes législatifs modifiant les cadres existants.

Le Conseil européen des 24 et 25 mars ajoute un autre outil encore plus intrusif dans la politique économique des États. C’est le « Pacte pour l’Euro plus » qui demande plus d’austérité, le recul de l’âge de départ à la retraite, la flexibilisation du travail, l’ouverture des professions protégées, la création de frein à l’endettement dans les constitutions ou de loi-cadre budgétaire pour limiter les déficits…

Quant à la solidarité européenne, censée se manifester sous la forme d’un «Mécanisme européen de stabilité » apportant des capitaux aux pays en difficulté, rappelons que celui-ci s’accompagne d’une mise sous tutelle de fait de la politique économique des États sur des critères proches de ceux du Fonds Monétaire International. Avec les désastres que l’on connait… Cet instrument n’existe finalement que pour rassurer les marchés.

C’est donc cet ensemble de décisions que se sont chargés de nous vanter MM. Van Rompuy et Barroso en séance plénière, à la plus grande satisfaction de la droite de l’hémicycle et de leur chef de file, le député Joseph Daul (UMP).

Le groupe des libéraux a demandé des règles budgétaires encore plus contraignantes et surtout un déclenchement plus rapide et plus automatique des sanctions à l’encontre des États qui ne respectent pas les carcans imposés.

La gauche du Parlement s’est prononcée contre la logique actuelle qui permet aux banques de se refinancer à des taux quasi nuls pour ensuite imposer aux États les plus en difficulté des taux proches de 10%.

Lothar Bisky, Président de notre groupe de la Gauche Unitaire Européenne – Gauche Verte Nordique, a dénoncé une quête obsessionnelle et destructrice :

« Monsieur le Président du Conseil, Monsieur le Président de la Commission,
Au nom de mon groupe je tiens à exprimer nos désaccords sur les résultats de ce Conseil.
Concernant la politique économique, ce que nous pensons des changements apportés, nous l’avons exprimé la semaine dernière lors d’une audition de notre groupe sur le sujet :
Il est nécessaire de sortir des orientations néolibérales sur la concurrence, la recherche de bénéfices, la flexécurité, l’ajustement de l’âge de la retraite etc.
Nous avons besoin d’une gouvernance économique légitime, contrôlée démocratiquement avec des normes minimales sur la fiscalité, les salaires et le dumping environnemental ».

Mon amie Bairbre de Brún (GUE/NGL – Irlande) a déclaré que « les mesures convenues lors du sommet cadenasseront tous les États membres dans une logique économique qui va à l’encontre des intérêts du peuple – une logique qui nécessite des coupes sombres et prive les États membres de la capacité à promouvoir la croissance ». « Quelle réflexion pousse le Conseil et la Commission à croire que les politiques imposées à l’Irlande n’augmenteront pas la dette ? Ou que la dette ne sera pas le résultat de ces politiques dans l’ensemble de l’Union européenne ? »

Mon amie Ilda Figueiredo (GUE-NGL – Portugal) a rappelé le sort des cent millions de personnes en situation de pauvreté dans l’Union européenne, qui «vivent dans la pauvreté, travaillent pour de faibles salaires et dans de mauvaises conditions tandis que les bénéfices des institutions économiques et financières montent en flèche outrageusement ».

Immigration : au mépris des valeurs de l’UE

Lundi 4 avril, un débat a eu lieu au Parlement au sujet des flux migratoires, suivi d’un vote le lendemain sur deux rapports sur le sujet.

Le premier, sur les flux migratoires, avait été attribué à un député italien de la Ligue du Nord, Fiorello Provera. Connaissant les positions ouvertement xénophobes de son parti, on pouvait nourrir les plus grandes inquiétudes.

Confirmant nos craintes, ce rapport prône une « Europe forteresse » face à une immigration perçue uniquement comme une source de danger sans même prendre en compte le fait que certaines migrations ne sont pas voulues mais subies (guerres, répressions, changements climatiques). Ce rapport cultive également l’ambition de maintenir nos voisins dans une logique de sous-traitance des flux migratoires vers l’Europe en échange d’accords de partenariat toujours couplés à des accords de réadmission. Ces accords permettent de renvoyer les migrants dans ces pays, que les migrants en soient originaires ou qu’ils n’aient fait qu’y transiter pour entrer dans l’UE.

En parallèle, le Parlement a adopté le rapport de la socialiste française Sylvie Guillaume relatif à l’octroi et au retrait de la protection internationale.

Ce rapport aurait pu marquer un grand pas pour les demandeurs de protection internationale en ce qu’il prévoyait le rapprochement de procédures actuellement très divergentes selon les 27 États membres de l’UE (harmonisation, procédure plus rapides, protection procédurale pour les groupes les plus vulnérables : victimes de tortures, viols, violences, mineurs non accompagnés…). Mais la droite du Parlement y a introduit des dispositions permettant des procédures « accélérées » pour les demandes jugées non crédibles, ou la création d’une liste de pays jugés « sûrs » dont les ressortissants n’auraient donc pas droit à la protection internationale.

Ce rapport très controversé a finalement été adopté par une très courte majorité (314 voix pour, 306 contre et 48 abstentions). Mon groupe a voté contre ces deux rapports, pour les raisons que mon amie Marie-Christine Vergiat (Front de Gauche) a très bien expliquées lors de son intervention :

« Le groupe de la GUE/NGL ne votera pas ce rapport qui comprend, certes, quelques éléments positifs mais qui sont contredits en permanence par les politiques de certains États membres dont mon propre pays. Ce rapport refuse de voir que les migrations sont d’abord Sud/ Sud. A défaut de le reconnaître, les tensions ne peuvent que s’aggraver et enfoncer un peu plus dans la pauvreté un certain nombre d’États du Sud.

Certes, l’Union européenne ne peut accueillir toute la misère du monde mais elle n’est en rien menacée ; les chiffres sont là pour le démontrer quelles que soient les gesticulations de certains.

L’Union européenne ne peut accueillir toute la misère du monde mais elle devrait y contribuer au prorata de sa richesse, de ses besoins, et des dégâts qu’y ont causés certains États membres et que causent encore certaines de leurs entreprises qui pillent les richesses de ces pays.

Ce rapport reste dans la ligne de cette « Europe forteresse » repliée sur elle même au mépris de ses propres intérêts, notamment démographiques. Non, l’Union européenne ne tire pas les leçons des révolutions en cours dans les pays arabes.

Elle ne fait pas preuve de solidarité. En quelques jours, la Tunisie, elle, a accueilli plus de 100.000 personnes dans des conditions exemplaires.

Non, Madame la Commissaire, les discours de l’Europe ne sont pas à la hauteur des problèmes qui se posent au monde.

Ils ne peuvent qu’alimenter les politiques xénophobes de certains États membres, et je le regrette sincèrement ».

Le lendemain, nous apprenions la terrible disparition de 150 personnes dans la nuit du 5 au 6 avril, après le chavirement d’une embarcation près de l’île de Lampedusa. Les bisbilles continues entre les gouvernements français et italien sur le sort des 20 000 migrants arrivés récemment à Lampedusa sont honteuses dans un tel contexte. De plus, comme l’a rappelé mon ami Rui Tavares (GUE/NGL – Portugal), il existe des instruments pour protéger ces personnes : la directive 55/2001 qui permet l’octroi d’une protection internationale temporaire en cas d’afflux massif de réfugiés, et une nouvelle directive européenne en négociation pour partager entre Etats européens la charge d’un afflux massif de migrants. Ce programme de réinstallation des réfugiés dans l’UE dont il est le rapporteur est malheureusement toujours bloqué au Conseil, qui continue de prôner une Europe forteresse au mépris des valeurs humanistes et de solidarité de l’Union européenne.

Le Parlement adopte un rapport sur la lutte contre la violence à l’ encontre des femmes

Mardi 5 avril, le Parlement a adopté le rapport de mon amie Eva-Britt Svensson (GUE/NGL – Suède) qui demande que le viol et toute autre violence sexuelle à l’encontre des femmes soient reconnus comme des crimes dans tous les pays de l’UE et leurs auteurs poursuivis d’office.

Il reste encore du chemin à parcourir dans ce combat : dans plusieurs États membres, le viol n’est pas considéré comme une infraction pénale, alors qu’un dixième des femmes européennes ont subi au moins une fois dans leur vie une agression sexuelle. Lors de son intervention, Eva-Britt a dénoncé une «violence qui nous affecte précisément parce que nous sommes des femmes ».

Par l’adoption de ce rapport, le Parlement demande aux États membres de :

  • reconnaître le viol et la violence sexuelle à l’encontre des femmes comme des crimes, en particulier au sein du mariage et des relations informelles intimes ;
  • veiller à faire poursuivre d’office les auteurs de ce type d’infraction ;
  • rejeter toute référence à des pratiques culturelles traditionnelles ou religieuses en tant que circonstances atténuantes, y compris les crimes dits d’honneur et les mutilations génitales féminines.

Il demande également la création d’instruments européens : un outil de droit pénal sous la forme d’une directive visant à lutter contre les violences fondées sur le genre, et un cadre juridique permettant de sanctionner le harcèlement en le reconnaissant comme une forme de violence dans tous les États membres. Enfin, en matière de prévention, le rapport demande une aide juridique disponible dans toute l’UE pour les victimes de violences, des seuils minimum pour le nombre de structures d’aide au logement pour les victimes de violences, et un cadre légal protégeant davantage les femmes migrantes.

Unilever : une aide ne doit pas dégager les entreprises de leurs obligations

Le Parlement devait se prononcer mardi 5 avril sur une aide européenne aux travailleurs ayant perdu leur emploi du fait de délocalisation d’une entreprise Unilever.

Ce type d’aide est attribué via le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation (FEM). Elle est normalement versée à des États, des collectivités locales qui se chargent ensuite de financer des projets de reconversion professionnelle, d’aide à la recherche d’emploi pour les personnes concernées.

A chaque session nous avons à voter plusieurs mobilisations de ce fonds, pour des centaines de personnes de différentes entreprises ou bassins d’emplois ayant perdu leur travail du fait de leur mise en compétition avec d’autres travailleurs. Bien que je considère que ce ne doit pas être aux crédits publics de payer les factures des licenciements et qu’au contraire je propose une taxation des licenciements abusifs des grandes sociétés, je vote ce fonds surtout pour venir en aide aux salariés. J’avais été très critique sur une telle initiative pour Dell. Cette fois je ne peux supporter que l’Union européenne ne demande aucun compte à Unilever et finance ses dégâts sociaux.

Dell avait fait transférer ses activités d’Irlande jusqu’à la Pologne en jouant avec les subventions que lui offrait la Pologne tout en comptant sur les aides européennes pour payer les pots cassés en Irlande. J’avais alors voté contre le déblocage de l’aide car celle-ci ne devait pas déresponsabiliser Dell de ses obligations.

C’est cette logique qui m’a poussé, avec mes collègues du Front de gauche, à voter contre la mobilisation du FEM pour les travailleurs licenciés d’Unilever en République Thèque. Unilever est une entreprise qui affiche des taux de rentabilité insolents, il est hors de question qu’une entreprise aussi rentable se dédouane de ses obligations sociales en laissant la collectivité payer pour ses logiques prédatrices.

Stratégie d’intégration des Roms : un manque flagrant d’ambition et de consultation

Mardi 5 avril, les groupes politiques du Parlement européen ont passé en revue les mesures annoncées par la Commission pour mieux intégrer les Roms qui représentent 11 millions de citoyens en Europe.

L’égalité d’accès à l’emploi, à l’éducation, à la santé et au logement, la protection des droits fondamentaux et une meilleure utilisation des fonds de l’UE sont les priorités de la Commission pour leur intégration. Mais les groupes progressistes du Parlement (GUE-NGL, Socialistes, et Verts) ont fait entendre leurs critiques sur le manque d’ambition de la Commission.

Mon amie Cornélia Ernst (GUE/NGL – Allemagne) a déploré que la stratégie proposée « n’aille pas au-delà de l’éducation, de l’emploi, de la santé et du logement, et ne contienne aucune sanction claire et concrète en cas de non respect par les États membres ». En effet de nombreuses voix ont critiqué le fait que la Commission n’ait pas traité la question sous l’angle des droits fondamentaux, de la non-discrimination, et de la lutte contre la xénophobie qui s’appliquent à tous les domaines et non uniquement à ceux cités par la Commission.

Autre critique récurrente : cette nouvelle stratégie de la Commission a été élaborée sans consultation des Roms et des Organisations non gouvernementales travaillant sur le terrain.

Cornélia Ersnt a terminé son intervention en faisant savoir que notre groupe de la GUE-NGL attend bien plus de cette stratégie et fera tout pour la modifier et l’amender dans le bon sens.

Syrie, Bahreïn, Yémen : réaction très timide de l’Union européenne

Mercredi 6 avril le Parlement a débattu de la situation en Syrie, au Bahreïn et au Yémen.

Catherine Ashton n’étant pas présente, c’est le ministre hongrois des affaires étrangères qui a endossé le message de la Vice-présidente de la Commission. Si la situation dans ces pays est « très tendue », « inquiétante » et même «dramatique », celui-ci a reconnu que l’UE ne pouvait en ce moment faire beaucoup plus qu’appeler les régimes autoritaires en place dans ces trois pays à cesser leur répression violente et à entamer les réformes réclamées par leur peuple.

Une déclaration qui a laissé sur leur faim les députés des tous les groupes politiques qui, depuis les événements de Tunisie, mettent franchement en doute la diplomatie européenne et ne cessent de demander une stratégie. Les affaires étrangères restant du domaine des États, le levier d’action le plus significatif de la diplomatie européenne reste la politique commerciale. Dans ce domaine l’UE ne fait pas preuve d’un grand discernement lorsqu’elle négocie des accords de partenariat, dont le principal objectif reste l’ouverture des marchés et la possibilité de renvoyer des migrants dans les pays signataires.

Comme la souligné mon amie du Front de gauche Marie-Christine Vergiat, la résolution du Parlement demande certes la réévaluation de nos relations avec ces pays pour tenir compte des soulèvements populaires, ou la suspension des accords en négociation comme c’est le cas avec la Syrie, mais, comme elle le rappelle très justement, cet accord est suspendu depuis 2009 non pas à la demande de l’UE mais de la Syrie…

Marché intérieur : enthousiasme de la droite, critique de la gauche

Lors de la discussion mercredi 6 avril sur les futures propositions de la Commission pour relancer le Marché intérieur, le Commissaire, Michel Barnier, a annoncé « douze leviers » pour relancer le marché européen avec pour chacun une action concrète «délivrée en deux ans ».

Le détail de ces leviers doit encore être précisé par la Commission qui a chargé un groupe de douze commissaires de faire des propositions. Celles-ci seront basées sur les objectifs de la stratégie Europe2020 qui succède à l’identique à la stratégie de Lisbonne.

En attendant les propositions de la Commission, le Parlement a fait connaitre sa position en votant trois textes qui donnent ses priorités pour le marché unique. En voici les axes :

  • reconnaissance européenne des qualifications professionnelles ;
  • plus grande surveillance de la Commission sur les produits financiers et marchandises ;
  • accès aux services bancaires de base pour tous ;
  • accès facilité des sociétés aux capitaux des marchés et à des fonds européens pour les grands chantiers d’infrastructures ;
  • aide à l’innovation et initiative législative sur la propriété intellectuelle via un brevet européen et un système de règlement des litiges ;
  • effort poussé pour la création d’un marché européen du numérique via «l’Agenda digital » préparé par la Commission et lutte contre le piratage ;
  • simplification des normes législatives pour les entreprises, notamment celles qui ont des activités économiques transfrontalières ;
  • réforme de la fiscalité des entreprises (mais pour l’instant on en reste à une assiette commune et non un taux commun) ;
  • accès plus facile des PME aux marchés publics en simplifiant leurs règles d’attribution.

Le Parlement demande également que la réunion des chefs d’État européens lors du Conseil de printemps fasse le point chaque année sur l’avancement du marché intérieur.

« L’achèvement du marché unique » reste un des points les plus importants pour la Commission et les tenants d’un fonctionnement du marché européen délivré de tous les carcans réglementaires ; ce qui n’est pas sans conséquence sur les droits sociaux, comme l’avait montré la directive « services ».

La Commission, par la voix de son Commissaire au Marché intérieur Michel Barnier, a fait savoir qu’elle voulait obtenir un plus grand accès au marchés publics hors Union européenne via ses négociations commerciales : « L’objectif est clair : plus d’accès aux marchés pour nos entreprises, et nous sommes naturellement prêts à offrir davantage nous aussi, dans un esprit de réciprocité et de bénéfice mutuels. Plus de commerce bénéficiera à tout le monde ».

Face à la droite européenne qui demande plus de marché, plus de mobilité des capitaux et des travailleurs, mais sans préciser à quelle condition (certains estimant même que la directive « services » est trop protectrice), les socialistes sont restés un peu timorés, se contentant de demander une «clause sociale » qui obligerait la Commission à étudier l’impact social de chaque nouvelle législation, mais sans remettre en cause le fonctionnement même du marché intérieur, qui se traduit bien souvent par une harmonisation vers le bas des acquis sociaux.

A l’inverse, mon ami Kyriakos Triantaphyllides (GUE/NGL – Chypre) a critiqué les propos de la Commission qui «suivent la même logique que la stratégie de Lisbonne qui est un échec » et a appelé à « un nouveau marché européen favorisant la justice sociale ». Dennis de Jong, mon ami néerlandais également membre de la GUE/NGL, a enfoncé le clou en déclarant « le marché unique ne devrait pas subordonner les droits sociaux à la concurrence effrénée ».

Pêche : un compromis sur le financement et l’utilisation des données de la pêche

Mercredi 6 avril, le Parlement européen a adopté à une large majorité (633 voix pour, 26 contre et 13 abstentions) le rapport de mon ami João Ferreira (GUE/NGL – Portugal) sur les mesures financières de l’Union relatives à la mise en œuvre de la politique commune de la pêche.

Ce rapport reprend un accord obtenu en mars entre les trois institutions européennes (Parlement, Conseil, Commission). Il permet de préciser les investissements possibles de l’UE, notamment en matière de recherche scientifique, et harmonise les règles européennes de collecte, de gestion et d’utilisation des données visant à produire des avis : état des ressources, écosystème marin, aspects économiques et sociaux…

Nucléaire : une résolution du Parlement bloquée

Mercredi 6 avril le vote sur une résolution commune sur les leçons de l’accident nucléaire à la centrale de Fukushima Daiichi a provoqué de profondes divisions au sein du Parlement européen.

Finalement rejetée, la résolution commune (négociée et cosignée par tous les groupes) avait pourtant fait l’objet d’un large consensus. Elle rappelait évidemment notre solidarité avec le peuple japonais tout en demandant plus de transparence de la part des autorités japonaises et de la société privée TEPCO, opérateur de la centrale de Fukushima. En voici quelques passages significatifs :

« considérant que cet accident nucléaire et les précédents accidents de ce type au Japon et dans le reste du monde ont révélé qu’il est plus que jamais nécessaire de revoir l’approche adoptée en matière de sûreté nucléaire au niveau de l’Union et à l’échelle mondiale,

considérant que la directive sur la sûreté nucléaire ne prévoit qu’un cadre limité pour l’action de l’Union européenne dans ce domaine ; considérant qu’à la lumière de ces événements, les normes européennes et internationales dans le domaine de la sûreté nucléaire devraient être aussi élevées que possible,

considérant la nécessité manifeste d’un dialogue public ouvert sur l’énergie nucléaire dans tous les États membres afin de sensibiliser le public aux effets de l’énergie nucléaire avant toute prise de décision politique,

considérant que l’organisation du travail dans l’industrie nucléaire européenne actuelle revêt souvent la forme de la sous-traitance et qu’une formation appropriée, en particulier en matière de niveaux d’exposition dangereux des travailleurs, ainsi qu’un contrôle final de la fiabilité aux stades les plus dangereux des processus doivent être assurés,

est d’avis que l’Union européenne doit réévaluer l’ensemble de son approche nucléaire, étant donné que l’énergie nucléaire continuera à faire partie de la palette énergétique de plusieurs États membres pendant de nombreuses années encore et que de nouveaux réacteurs sont prévus ou sont déjà en cours de construction ; invite les États membres, dans l’intervalle, à imposer un moratoire sur la construction et la mise en service de nouveaux réacteurs nucléaires, du moins pendant la période au cours de laquelle les tests de résistance seront réalisés et évalués ;

estime que, pour assurer la crédibilité des tests de résistance, ceux-ci doivent être obligatoires et fondés sur des critères communs et transparents fixés par la Commission en coopération avec le groupe des régulateurs européens en matière de sûreté nucléaire (ENSREG) et des experts indépendants ; considère que ces tests doivent être menés sous la surveillance de l’Union et suivis par des experts indépendants et que les évaluations finales doivent être prêtes à être publiées d’ici la fin de l’année 2011 ;

demande à la Commission de réaliser une étude sur l’économie générale de la construction, du fonctionnement et du démantèlement des centrales nucléaires en Europe, y compris les aspects liés aux interventions d’État en cas d’accidents/d’urgence, aux assurances et aux aides d’État ainsi qu’à la concurrence dans le contexte du marché unique européen de l’énergie ».

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COMPTE-RENDU DE SESSION AU PARLEMENT EUROPÉEN (7-10 mars 2011) 1

Le Parlement s’est réuni du 7 au 10 mars à Strasbourg. Le spectre de cette session a été très large. Ont été abordés : le centenaire de la journée de la Femme, la situation des Roms, la loi sur les Médias en Hongrie, l’état d’avancement du Processus de paix au Moyen Orient, la Libye, les négociations commerciales sur les produits agricoles… De grandes divergences sont apparues par exemple sur l’importation d’OGM en Europe, ou la protection de la liberté des Médias dans l’Union européenne. Il est dommage que les discussions autour du « Pacte de compétitivité » n’aient pas les faveurs d’un débat démocratique et continuent à être négociées en catimini entre chefs de gouvernement. Les peuples européens doivent être exactement informés et pouvoir s’exprimer sur ce texte qui modifie en douce la nature de l’Union européenne et s’attaque directement à leurs salaires, leur retraites, les services publics.

Voici les principaux éléments discutés et votés lors de cette session.

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Le déficit en protéines végétales

En adoptant le rapport du Vert allemand Martin Häusling le 8 mars, le Parlement européen met le doigt sur un problème, le déficit de l’UE en protéines végétales, mis il prône de mauvaises solutions.

La Commission sérieusement mise en garde dans ses négociations sur les produits agricoles

En adoptant mardi 8 mars le rapport du conservateur grec Georgios Papastamkos sur le commerce et l’agriculture, le Parlement lance une mise en garde contre les effets des négociations commerciales avec le Mercosur et critique les accords de commerce négociés par la Commission.

Le centenaire de la journée internationale des droits de la femme célébré au Parlement

Mardi 8 mars, le Parlement a célébré à Strasbourg ce centième anniversaire, alors que de grandes inégalités demeurent, à commencer par les salaires qui sont en moyenne 17,5% moins élevés que ceux des hommes dans l’UE.

Le Parlement appelle à la vigilance pour la situation des Roms

Le Parlement européen a adopté, mercredi 9 mars, à une majorité écrasante (576 voix pour, 32 voix contre et 60 abstentions) un rapport rédigé par la conservatrice hongroise Lívia Járóka, qui appelle à lutter contre l’exclusion et la discrimination des Roms, à promouvoir leur intégration sociale, culturelle et économique, à protéger de manière accrue leurs droits fondamentaux et à mieux utiliser les fonds européens.

Processus de paix au Moyen Orient : sortir de l’immobilisme

Mercredi 09 mars s’est tenu un débat en présence de Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, sur la situation au Moyen-Orient. Ce débat à été l’occasion de lui demander des actes politiques forts.

Le Parlement européen se prononce en faveur de statuts européens pour les mutuelles, les associations et les fondations

Jeudi 10 mars, une déclaration co-rédigée par mon amie Marie-Christine Vergiat sur l’instauration de statuts européens pour les mutuelles, les associations et les fondations a été adoptée.

Libye: le Parlement va plus loin que les gouvernements européens et demande une reconnaissance ainsi qu’une aide au insurgés

Jeudi 10 mars le Parlement a adopté (584 voix pour, 18 contre et 18 abstentions) une résolution appelant à la plus grande fermeté face au régime de Kadhafi. Notre groupe avait déposé sa propre résolution. Puis une résolution « de compromis » – c’est-à-dire un texte rediscuté à partir des résolutions existantes pour un texte commun des groupes ou de députés des groupes- a été établie pour obtenir une expression du Parlement.

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