Nouveau totalitarisme ! 8

Au cœur du feu qui couve et attaque le cœur de l’Europe, l’enjeu du statut et des missions de la Banque centrale européenne commence à prendre une place majeure dans les débats. Cela peut devenir une question populaire. M. Sarkozy défend désormais l’idée du rachat des dettes par la Banque européenne face à la chancelière allemande. Il est bien contraint de se contredire, lui qui a bafoué le vote du peuple français en faisant adopter le traité de Lisbonne. Nos lecteurs savent que nous n’avons cessé de défendre ce projet. A cette différence de taille près que nous souhaitons un rachat direct et un crédit sélectif direct aux Etats, sans passer par l’intermédiaire du système bancaire privé. Mme Merkel fera peut-être un pas vers la proposition du Président français à condition que les traités européens soient modifiés, de telle sorte que soit instituée, dans l’Union européenne, une centralisation du pouvoir entre les mains de la Commission de Bruxelles ou du sinistre trio, composé de la Banque centrale européenne, du Fonds monétaire international et de la Commission européenne.

Autrement dit, le mouvement entamé avec la nomination du Premier ministre grec et du Président du conseil italien est amené à se poursuivre si on laisse faire. Certes, il pourra y avoir des élections dans chacun des pays, mais c’est ce triumvirat (BCE, FMI, Commission de Bruxelles) autoproclamé qui, en réalité, dirigerait l’Union européenne d’une main de fer. Tel est le sens des propositions nouvelles du Président de la Commission de Bruxelles, mercredi dernier, et des conclusions du sommet des trois principaux pays de la zone euro -France, Allemagne, Italie. Il s’est conclu, une nouvelle fois, par l’acceptation par le Chef de l’Etat des conditions de la chancelière allemande. C’est le projet de création d’une « micro zone euro », un cartel d’Etat, sous influence de l’euro-mark, appliquant la politique budgétaire, fiscale et sociale allemande. C’est la « dé-solidarité » européenne en marche, aggravant la fracture Nord-Sud au sein de l’Union européenne. Une orientation porteuse de multiples dangers. Aucune issue à attendre de cette fuite en avant dans une sorte de totalitarisme ultralibéral, sous domination du capital allemand.

Mais ce qui se débat nous intéresse au plus haut point. Cela renvoie en effet aux arguments avancés par les partisans du non au référendum sur le projet de traité constitutionnel, rebaptisé « traité de Lisbonne ». En quelque sorte, des partisans du oui viennent aujourd’hui conforter, à leur corps défendant, la majorité de nos concitoyens qui a repoussé le traité. En effet, l’un des arguments principaux des promoteurs de ce texte était l’indépendance de la Banque centrale européenne, chargée d’appliquer les critères comptables du traité de Maastricht et de gérer la monnaie unique à la seule fin d’attirer les capitaux en compressant les droits sociaux, les systèmes de protection sociale, les niveaux de rémunération du travail, provoquant délocalisations et désindustrialisation. Mais la ficelle devient trop grosse quand les opinions publiques constatent que la Banque centrale européenne prête de l’argent à moins de 1% aux banques, qui elles-mêmes l’avancent aux Etats avec des taux d’intérêt allant de 3 à 19%, faisant ainsi d’énormes profits sur le dos de peuples victimes de l’austérité, tout en asséchant les comptes publics des Etats.

Dès lors, il saute aux yeux que l’une des seules manières de faire cesser cette spéculation débridée contre les Etats consiste à désarmer les marchés financiers en utilisant l’atout de la création monétaire par la Banque centrale européenne pour racheter des dettes directement aux Etats, sans intérêt, comme le pratiquent les autres banques centrales dans le monde. Le traité de Lisbonne l’interdit aujourd’hui. Mais, faut-il s’enfermer dans ce dogmatisme ultra libéral plus longtemps, quitte à faire brûler l’idée européenne dans le feu de la finance internationale ? Au nom de quelle logique la Banque centrale européenne peut-elle assurer la liquidité des banques menacées d’implosion et ne pas se mettre au service de l’intérêt général, en sortant les Etats de leurs difficultés ? Il faut donc  subvertir, dépasser,  changer radicalement les traités européens.

Contrairement à ce qu’ont dit depuis longtemps les partisans de ce traité, non seulement il est possible de le modifier mais aujourd’hui, ils le proposent eux-mêmes… pour de mauvaises causes. Pour les dirigeants européens, dont M. Sarkozy et Mme Merkel, il s’agirait d’aller vers des structures fédérales européennes très autoritaires, allant jusqu’à se donner la possibilité de poursuivre devant la cour de justice européenne les Etats qui n’iraient pas suffisamment vite et loin dans la purge sociale. Le duo « Merkozy » ne parie que sur la peur du chaos qui habite désormais les citoyens européens pour faire avaliser cette sorte de coup d’état à froid, ce coup de force contre la démocratie et toute idée de progressisme humain social et écologique.

Si la situation est très inquiétante et dangereuse, les enjeux qu’elle recèle peuvent devenir plus clairs pour beaucoup, favorisant d’autant leur rassemblement et leur intervention. Soit la montée d’un système centralisé autoritaire supranational qui exacerbera les nationalismes porteurs de régression prendra le dessus, soit les populations imposeront un cours nouveau à la construction européenne en contestant l’hégémonie de la finance. Telle est l’une des grandes questions posées à la gauche. Toute entière, elle est concernée par les échecs de la social-démocratie en Grèce et en Espagne. En appliquant l’austérité, la baisse des salaires, l’abaissement des droits sociaux, le recul de l’âge de la retraite, les privatisations, elle est rejetée par les classes populaires, aggrave la récession. Ceci discrédite et fait perdre la gauche et fait gagner la droit par défaut. Ensemble, tirons-en les leçons en ayant le courage de proposer des changements des lois européennes et d’en appeler aux peuples sur la base d’un nouveau projet social, solidaire de développement humain et environnemental. N’est-ce pas, pour gagner et réussir, à ce niveau que doit être placé le débat politique dans le cadre des élections à venir ?

C’est d’ailleurs sur de tels enjeux que portent les discussions des assemblées citoyennes, souvent très studieuses, qu’initie le Front de Gauche dans les quartiers, les villages et les entreprises.

Face à la gravité et à l’ampleur de la crise, dont personne ne connaît les évolutions et les issues, il est nécessaire de déployer ce grand débat. On ne peut laisser les peuples enfermés dans cette sorte de prison dont les barreaux sont les structures totalitaires de l’économie capitaliste. Au contraire, nous avons à cœur que les citoyennes et les citoyens partout, reprennent rapidement leur destin en main.

Sortir des impasses de l’euro-austérité 3

Ce n’est plus un petit vent mauvais qui souffle sur l’Europe mais une tornade qui, pour le compte du monde de la finance, aspire, déchiquette, détruit les droits sociaux et humains acquis, pendant des décennies,  au fil des combats sociaux des ouvriers, des intellectuels et des créateurs. Un recul sans précédent de la démocratie est à l’œuvre sur notre continent.

Régression sociale inconnue depuis la seconde guerre mondiale, injustices, inégalités, appauvrissement, se conjuguent avec la mise en place d’un totalitarisme d’un type nouveau, appliqué par des mandataires, anciens commissaires européens ou de la Banque centrale européenne, aux pouvoirs spéciaux, au service du capital financier international.

Le fossé séparant les puissances d’argent et les peuples va s’agrandissant. Ces forces de l’argent, portées par les banques privées, les fonds d’investissements, des compagnies d’assurance, ont les mains libres grâce aux politiques libérales menées par les gouvernements successifs de droite, mais aussi malheureusement par des gouvernements de gauche, de tendance sociale-libérale en Europe. Elles livrent une véritable  guerre  aux peuples, qui n’épargne pas  le capital productif. Guerre avec ses fronts économiques, monétaires entre le dollar et l’euro, et politiques, allant jusqu’à imposer à la tête des Etats les mandataires de leur choix. Après l’Irlande et  le Portugal, la finance vient d’installer ses « administrateurs judiciaires » à la direction de la Grèce et de l’Italie.

Nous sommes à un moment où les contradictions internes du capital peuvent exploser. En Grèce a été préférée l’entrée au gouvernement, aux côtés de la droite et des socialistes,  de l’extrême-droite des colonels plutôt que la consultation du peuple par référendum. En Italie, nous ne regretterons pas M. Berlusconi. Mais il détenait son mandat du suffrage universel. Aujourd’hui, c’est l’ancien commissaire européen, qui a le plus poussé aux dérégulations et déréglementations, forçat de la concurrence débridée, qui est aux affaires.

En France, à peine le Premier ministre avait-il fini d’exposer un deuxième plan d’austérité depuis l’été, que concomitamment, la Commission de Bruxelles en réclamait un troisième et l’agence de notation nord-américaine « Standard & Poor’s » préparait un communiqué confirmant une dégradation de la note de la France. Depuis, on fait croire qu’il s’agit d’un accident. En vérité, c’est le révélateur du système. Un communiqué était écrit et est parti trop tôt. Mais il était rédigé d’avance. Dans quel but ? Et pour qui ? La réponse est claire. En dégradant la note de la France, les taux d’intérêt des emprunts de notre pays augmentent automatiquement. Déjà l’Etat français emprunte à des taux d’intérêt plus élevés que l’Allemagne. Au nom de quoi ? Aucune raison valable, sauf la voracité de la finance.  L’intérêt sur la dette que paie notre pays équivaut à la totalité des recettes de l’impôt sur le revenu, soit 50 milliards d’euros. Si on augmente le taux d’intérêt de la France de 1 à 1,5%, la charge de la dette augmente de 15 à 25 milliards d’euros. Autrement dit le gel du barème de l’impôt sur le revenu et les hausses de TVA vont directement dans les caisses des fonds financiers et des banques. Et les rapaces de la finance, toujours plus assoiffés, en demandent plus. Les puissances d’argent, comme les dirigeants européens, savent que cette politique va mener à une terrible récession. Ils vont donc s’appuyer sur la crise dont ils sont responsables pour développer une campagne idéologique visant à faire accepter l’euro-austérité. Plus ! Ils veulent maintenant une Europe gouvernée centralement, hors de portée des peuples, dans un « fédéralisme  centralisé et autoritaire » avec un gouvernement européen dont le pilier serait un ministre des finances chargé d’appliquer « le pacte euro plus » qui va encore plus loin que le traité de Lisbonne. C’est d’ailleurs le sens de la proposition d’une modification dite de simplification des traités : intégrer ce « pacte euro plus » dans le traité de Lisbonne. Pour cela, « les crises sont une chance » vient de déclarer le ministre allemand des finances à nos confrères du Monde. Pour lui, la cour de justice européenne doit poursuivre les Etats qui n’appliquent pas le « pacte euro plus ».

L’enjeu essentiel pour les droites européennes et les milieux d’affaires est d’amplifier la guerre économique en alignant les niveaux de vie des populations européennes sur les niveaux les plus bas dans le monde. Ils appellent cela … « la compétitivité » !

Telles sont les raisons essentielles des plans de super austérité combinés au totalitarisme idéologique et politique qui se propage. Pour maquiller ceci, la propagande des élites européennes fait croire qu’on installe des gouvernements de techniciens. C’est un leurre ! Ce sont des gouvernements directement en phase avec les marchés financiers. Voilà qui appelle l’ensemble du mouvement progressiste, les syndicats, les associations, la gauche, à aborder des questions, peut-être compliquées, mais indispensables pour que les peuples ne soient pas dépossédés de leur avenir. Le choix ne peut être entre le sarkozysme des marchés financiers et une gauche d’adaptation à ceux-ci. Si on se laissait enfermer dans un tel faux choix, il n’y aurait plus d’alternative, pas d’amélioration de la vie des familles populaires. Au bout du chemin, c’est la ruine, la pauvreté et la misère partout. Au bout du compte, il ne faudrait pas exclure le pire, la résurgence et la montée d’une extrême-droite, peut-être repeinte aux couleurs de notre époque, mais extrême-droite tout de même !

Il faut avoir le courage de tirer les leçons des tares originelles des traités de Maastricht et de Lisbonne, non pas pour revenir à un souverainisme populiste et droitier, mais pour remettre les peuples au cœur d’un projet européen efficace parce que basé sur le progrès social, la solidarité internationaliste, la démocratie, la protection de la planète, la coopération internationale à l’opposé de la fausse concurrence. Changer ces traités ultralibéraux au profit de traités pour les peuples est une tache essentielle.

Dans l’immédiat, il conviendrait d’obtenir une expertise populaire de la nature de la dette qui étouffe les Etats. Une partie de ces dettes est illégitime. Il faut donc ouvrir le processus de son annulation.

Il n’y a pas de sortie de crise sans poser avec force et de manière populaire, accessible à toutes et tous, les enjeux du rôle de l’argent, des financements, du crédit public, contre les marchés financiers.

Ceci ne peut se faire uniquement de manière institutionnelle, mais dans la vie réelle, en combinant le débat d’idées, les demandes et les actions sociales dans les entreprises, les services publics, les banques et les assurances, les collectivités territoriales, en faveur d’une autre politique nationale et européenne.

C’est ce mouvement de va et vient, partant de la vie de chaque individu jusqu’au changement en Europe et dans le monde, qui peut ouvrir la perspective d’une autre cohérence au service des êtres humains d’abord contre les rapaces de la finance.

De l’entreprise, du quartier, jusqu’aux institutions européennes, l’enjeu de la démocratie contre les petits despotes éclairés, même camouflés derrière les termes de « techniciens » ou « d’experts économiques », devient primordial.

En ce sens, il faut reprendre le pouvoir sur les banques et les institutions financières, de la Banque centrale européenne jusqu’à la banque de quartier. Pourquoi les Etats, donc l’argent des citoyens, doit-il servir à partager les pertes sous forme de recapitalisation ? La logique pousse plutôt à des nationalisations démocratiques, appropriation sociale, citoyenne d’un nouveau type des banques pour constituer un pôle public bancaire et financier, adossé à la Caisse des dépôts et Caisse d’épargne, et à la Banque postale pour développer un crédit public, pour le développement humain contre la loi de la finance.

Ce crédit à bas taux d’intérêt ou nul, favoriserait l’investissement productif, le tissu des petites et moyennes entreprises,  les collectivités locales pour la rénovation urbaine, le logement, les transports, l’aide aux jeunes en difficulté, la vie rurale et l’agriculture paysanne, les modifications des systèmes productifs dans le cadre d’une transition plus humaine et écologique vers une croissance d’un type nouveau.

De tels systèmes bancaires développés partout en Europe devraient pouvoir s’appuyer sur une nouvelle banque centrale européenne, placée sous le contrôle des élus du peuple et dont les missions prioritaires deviendraient l’action pour le progrès humain et écologique, le travail pour toutes et tous, l’éducation et la formation, les investissements utiles, la culture, l’incitation au progrès social et au rattrapage économique pour certains pays.

En ce sens, la Banque centrale européenne refinancerait les banques nationales ou européennes sur la base de ce nouveau crédit public.

La Banque centrale européenne devrait pouvoir aussi utiliser son droit de création monétaire pour deux objectifs prioritaires. D’abord dans le but d’aider les économies à faire progresser la production réelle, les salaires, le développement d’infrastructures indispensables en Europe, le travail sécurisé. D’autre part, pour racheter des dettes publiques légitimes en difficulté pour purger le système.

Cependant, « purger » ne suffit pas. Il sera nécessaire de réformer profondément le système fiscal, le crédit et de développer les secteurs et services publics pour un nouveau développement humain, durable et solidaire. L’actuel « fonds européen de stabilité financière » ne peut promouvoir cet objectif car il est alimenté et garanti par les Etats, mais surtout, il emprunte sur les marchés financiers.

Par contre, la création d’un fonds européen de développement humain, social et écologique serait un outil efficace qui, alimenté d’une taxe sur les transactions financières, la création monétaire de la Banque centrale européenne et le rachat par elle de dettes publiques, favoriserait le développement  des services publics au service des individus, de la sécurité du travail, de l’éducation, de la recherche, de la santé.

Il n’y a aucune fatalité à l’actuelle crise. Il y a par contre une féroce lutte, une guerre menée par la classe des possédants contre le monde du travail, de la création et des retraités. La question du dépassement du marché capitaliste est posée. Le nouveau frappe à la porte. Il appelle un basculement, une rupture avec le système actuel,  de l’entreprise à la Nation et à l’Union européenne, avec un autre partage des richesses, une nouvelle manière de produire, basée sur une démocratie participative d’intervention sociale et politique. A l’opposé de la concurrence destructrice des droits sociaux et de l’environnement,  ce sont de nouvelles coopérations entre individus, Nations, entreprises, banques, qu’il faut inventer. Une Europe de coopération qu’il convient de promouvoir, qui coopère avec les pays du Sud et  avec ceux qui dans le monde cherchent à s’émanciper du dollar et des marchés financiers. Au lieu que tout soit « marché et marchandises », du travail à la monnaie, de nouveaux critères de gestion pour l’humain et l’humanité et non plus pour la rémunération sans fin du capital, deviennent une nécessité.

Une Europe qui pousse l’idée d’une monnaie commune mondiale, de coopération comme le Parlement européen l’a voté récemment, combinée à une transformation du Fonds monétaire international et de l’Organisation mondiale du commerce, pour une mondialisation favorable aux peuples, serait de nature à combler le fossé qui se creuse entre les populations et l’idée même de construction européenne sociale et solidaire. Un fossé sur lequel surfe la terrible et dangereuse démagogie des extrêmes-droites. Il n’y a pas de temps à perdre pour que s’ouvre le débat public sur les moyens de sortir des impasses de l’euro-austérité.

La démocratie est en danger 14

Sous couvert de gouvernements dits “techniques” et “d’unité nationale “, un coup de force caché se déroule sous nos yeux. Celui de l’oligarchie financière qui prend directement les rênes des pays de L’Union Européenne les plus en difficulté. Ceux là mêmes qui ont conduit L’Europe dans l’inextricable crise que nous connaissons. Ce syndicat malfaisant des anciens de Goldman Sachs, de la Banque centrale européenne et de la Commission de Bruxelles, s’est associé avec des cabinets de l’ombre installés dans les arrière-salles des banques et des bourses, baptisés agences de notation. Avec leurs amis en fonction dans ces mêmes institutions, ces prédateurs prennent d’autorité le pouvoir pour appliquer d’une main de fer une super-austérité qui mène les pays à la ruine.

Voilà que l’une de ces agences, “Standard and Poor’s”, avait préparé un communiqué qui aurait conduit automatiquement à augmenter le service de la dette de L’État français, augmentant artificiellement les taux d’intérêt des emprunts d’État le jour même où la Commission de Bruxelles demandait quasiment un troisième plan d’austérité au gouvernement.

Voilà qu’en Grèce, un ancien dirigeant de la BCE devient premier ministre en association avec l’extrême droite fascisante dont le souvenir est encore vivace dans ce pays. Comment comprendre que les socialistes grecs puissent participer à un tel attelage si inquiétant qui va amplifier les destructions sociales et l’abaissement national ?

En Italie est envisagée la nomination de l’ancien Commissaire européen, M. Monti, champion de toutes les déréglementations et mises en concurrence destructrices.

Ces premiers ministres exécutent en fait les ordres de ce que l’on appelle désormais la “Troïka”, composée des commissaires politiques et économiques dépêchés par le FMI, la BCE et la Commission de Bruxelles, conformément au pacte Euro plus, le pacte des rapaces.

Face aux dangers qui se profilent, je souhaite des initiatives d’actions unitaires, larges, ouvertes de toutes les forces progressistes et syndicales, et au delà de tous les démocrates qui n’ont jamais souhaité que la construction européenne devienne synonyme de souffrances, de malheurs, d’appauvrissement généralisé des travailleurs et de transfert direct du pouvoir aux mandataires les plus proches des requins de la finance.

L’heure est bien plus inquiétante qu’il n’y parait. Le choix de l’austérité est inefficace. Il mène à la ruine. Il menace désormais les souverainetés populaires et nationales. Il empêche aussi les projets de solidarité européenne et les indispensables mises en commun librement choisies. Oui l’heure est au rassemblement le plus large pour que la voix des peuples unis se fasse entendre, afin que l’humain prenne le dessus.

La responsabilité de la gauche 2

Nous avions connu le « référendum » bafoué en 2005, avec M. Sarkozy sans plus de considération pour le vote majoritaire de nos concitoyens contre le traité constitutionnel européen qu’il n’en a pour un paillasson !

Voici le « référendum » interdit au peuple grec. Interdit par le même M. Sarkozy, dans le sillage de Mme Merkel, couple bien loin de la parité, fabriqué par la classe des élites européennes. Ces deux là ne sont en fait que les petits valets de l’oligarchie capitaliste qui enfonce et enfonce toujours plus les peuples et l’Union européenne dans la crise. Ils se sont constitués en directoire franco-allemand de l’Europe, méprisant à ce point le Premier ministre grec qu’ils se permirent de le convoquer comme un vulgaire laquais afin de lui intimer l’ordre de ne pas consulter ses concitoyens, au beau milieu de la réunion internationale du G20, qui, une nouvelle fois, n’a débattu ni du sort des chômeurs, des précaires, des pauvres et des nouvelles couches qui descendent un à un les barreaux de l’échelle sociale. Ce même duo, allié au Fonds monétaire international, a méprisé tout autant le peuple italien en le plaçant sous surveillance, dépêchant là-bas aussi des wagons d’experts -ceux-là même qui nous ont plongé dans l’actuel bourbier- pour décider des orientations économiques et budgétaires de l’Italie en lieu et place des Italiens. Et à peine rentré des Conseils européens et du G20, le duo Sarkozy-Fillon impose une nouvelle purge sociale contre les familles populaires après avoir servi, depuis le début du quinquennat, les plus fortunés et les puissances d’argent. Pour y parvenir, tous les moyens leur sont bons. N’a-t-on pas vu le premier Ministre comparer la France, qui n’a jamais produit autant de richesses, au champ de ruines laissé par la dernière guerre ?

Décidément, il apparait de plus en plus clair que ces mots répétés depuis quelques temps dans les cénacles européens de « gouvernance de l’Europe » sont à l’opposé de toute forme de démocratie. Tout ce qui permettrait aux peuples de faire irruption sur la scène européenne se voit opposer un refus net et violent. Les dirigeants européens ne se cachent même plus. Ils l’écrivent noir sur blanc dans le « Pacte Euro plus » et la conclusion de la réunion du Conseil européen du 26 octobre dernier. C’est limpide ! Lisons : « La Commission et le Conseil auront la possibilité d’examiner les projets de budgets nationaux et de rendre un avis sur ces projets avant leur adoption par le Parlement national concerné. En outre, la Commission assurera le suivi de l’exécution du budget et, si nécessaire, proposera des modifications en cours d’exercice ». Ainsi, une structure non élue décidera avant et à la place des parlementaires du budget national. Cette même structure « assurera le suivi de l’exécution de ce budget » et pour finir ceci : « En cas de dérapage d’un programme d’ajustement, une coordination et un suivi plus étroit de la mise en œuvre du programme seront assurés » (chapitre 27 – a de l’accord du 26 octobre).

Quel démocrate, quel progressiste, quelle femme ou quel homme de gauche peut accepter ce déchiquetage intégral de la souveraineté populaire et de la souveraineté des Nations ? En fait, s’instaure un diktat supranational sur la vie des gens, exercé par une instance non élue. Remarquons d’ailleurs que les rectifications budgétaires demandées sont toujours la réduction des droits sociaux, des salaires, de l’emploi, des services publics. Jamais dans le cas de la Grèce il n’a été question du rapatriement des 200 milliards d’évasion fiscale, d’imposition des gros armateurs ou d’arrêt de l’achat d’armement… à l’Allemagne ou à la France. Oui, il s’agit bien d’une Europe toute entière au service du capital. Une Europe antidémocratique et antisociale.

Ajoutons cette nouvelle donnée inquiétante. Depuis les débats sur l’acte unique européen, puis plus encore au moment de l’adoption du traité de Maastricht, la droite comme la majorité du Parti socialiste et des écologistes ont défendu ces textes au nom du projet européen, de l’idée européenne, de la paix, de la solidarité et de la mise en commun. Autant de visées que nous partagions, tout en combattant ces traités car nous pensions que leur esprit et leur lettre allaient à l’opposé des objectifs proclamés.

Nous ne savions pas que les choses iraient si vite et prendraient une telle ampleur dramatique.

Non seulement les orientations de ces bibles euro-libérales enfoncent les peuples dans une crise dont on ne voit ni la fin, ni même toutes ses conséquences. Non seulement elles ont donné tout le pouvoir aux institutions financières, aux puissances d’argent, aux marchés financiers dont les chefs d’Etat font semblant de se plaindre chaque matin. Mais la solidarité interne entre Nations en Europe, l’entraide, la construction commune, la vision commune de l’avenir est totalement absente. Pire, voilà qu’on déclame sur tous les tons, dans tous les médias, qu’il existe une Europe divisée entre une Union européenne des 27 Etats membres, au sein de laquelle il y a une Europe de la zone Euro de dix-sept pays et au sein de celle-ci, quinze Etats sont placés sous le commandement d’un axe « franco-allemand », lequel est dominé par l’idée du retour à une grande Allemagne, imposant ses vues à chaque réunion du Conseil. Une nouvelle étape vient d’être franchie avec la participation du Président des États-Unis en personne à une réunion du Conseil européen à Cannes. Quelle est loin l’idée d’une Europe protectrice face aux prétentions des USA! Dans le monde qui se métamorphose sous nos yeux, il ne faut pas exclure que les dirigeants nord-américains souhaitent désormais l’explosion de tout projet européen et de l’Euro pour asseoir sur le monde une domination d’un type nouveau.

M. Sarkozy voudrait faire croire qu’il est à la baguette. Tantôt, il s’affiche avec la chancelière Mme Merkel, tantôt avec le Président Obama, pour les besoins de sa tentative de réélection dans quelques mois. En vérité, Mme Merkel ne cesse de réaffirmer son comportement : « Je suis tenue par mes fonctions d’éviter les dommages au peuple allemand, de faire ce qui est bon pour le peuple allemand ». Ce dernier souffre aussi. Il faut donc entendre le modèle capitaliste allemand. Nous sommes donc entrés dans une nouvelle période ou se répand en Europe un vent mauvais. Ce sont des rapports de domination qui priment. Ils sont la manifestation des contradictions au sein des forces du capital en crise dans l’espace européen et au-delà. Qui peut croire que le destin commun aux Nations et aux peuples européens se résume à la valeur de l’Euro et au contrôle des budgets nationaux ? Qui peut croire que le bien être collectif soit du ressort des rapaces des marchés financiers ?

Le thème du « fédéralisme » qui est désormais poussé dans le débat par les élites européennes, cache un recul démocratique inconnu depuis la seconde guerre mondiale, mais surtout la résurgence d’un impérium allemand sur le continent, dans une crise dont la gravité ne peut être comparée à aucune autre.

Quels visages de l’Europe se dessinent en suivant la proposition de l’UMP et de la droite allemande, la CDU qui veulent aboutir à un budget commun, des politiques partagées entre la France et l’Allemagne, laquelle Allemagne élargit sa zone d’influence sur son flanc est ? Pourquoi la France n’a-t-elle pas plus et mieux travaillé avec les pays du sud de l’Europe ? Ceux qui sont aujourd’hui les plus en difficultés avec les pays d’Afrique, ceux du Maghreb et du Mashreq en ébullition ?

Dans ces conditions se pose aux peuples dans leur diversité de culture, d’histoire, de cheminement politique, la grande question de reprendre ensemble le pouvoir sur l’oligarchie. De retrouver les chemins de leur souveraineté, de la maîtrise de leur destin- qui inévitablement comportera une part de mise en commun librement choisie- contre les embryons du système autoritaire qui se développent. En ce sens le référendum en Grèce aurait eu l’avantage de permettre un nouveau débat bien au delà des frontières de ce seul pays. L’Union européenne entre dans une crise politique grave. Celle-ci, avec la crise sociale, ne peut se résoudre par des alternances tranquilles. Le retour de la droite au pouvoir en Grèce ou en Espagne ne constituera qu’un levier au service des marchés financiers. Mais le succès de la gauche en France, puis en Allemagne, ne peut pas se faire sur la base d’une acceptation plus ou moins grande des diktats des marchés financiers et d’une austérité plus ou moins acceptable. L’austérité, même de gauche, est inacceptable parce qu’elle est injuste et inefficace pour aujourd’hui et pour demain. Voilà qui fait revenir sur le devant de la scène, comme un boomerang violent, la nature de cette construction européenne ultralibérale, sur la base des traités de Maastricht et de Lisbonne, maintenant en crise profonde. Le grand débat des années 2004- 2005, débouchant sur le NON au référendum est donc très actuel. Il faut le reprendre avec le recul de cette terrible expérience. Avec le recul de ce qui a été dit à l’époque par les uns et par les autres.

Rien ne sert de se plaindre de la rapacité des marchés financiers quand on leur a donné le pouvoir, tout le pouvoir, par des décisions nationales et par les traités européens.

Rien ne sert de discourir sur les délocalisations et le recul du travail quand on a promu la « concurrence » et la fameuse « compétitivité » qui n’est que la tenaille enserrant dans ses mâchoires les ouvriers et tous les travailleurs.

Rien ne sert de pleurer sur la concurrence internationale qui écrase notre industrie et notre agriculture, quand on a voté « un marché ouvert où la concurrence est libre ».

Rien ne sert de geindre sur le haut niveau du service de la dette si on refuse de nationaliser les banques, de poser la question devenue principale du rôle de la Banque centrale européenne et de l’utilisation du crédit sélectif pour le développement humain, en opposition avec les marchés financiers.

Voilà les grandes questions qui ont à voir avec la possibilité et les moyens d’une politique de changement favorable aux familles populaires, à leur pouvoir d’achat, leur emploi, leur logement, leur école et leurs services publics. Elles sont posées à tous les citoyens de gauche, de l’écologie politique et au-delà dans leur diversité. Leur mise en débat publique au sein de toute la gauche, avec nos concitoyens, partout dans le pays est la question de l’heure.

Les formations du Front de Gauche qui, pour une part, sont issues de ce débat de 2005, ont la responsabilité politique d’y contribuer de toute leur énergie. La main ouverte à toute citoyenne, tout citoyen voulant chasser Sarkozy, empêcher la dangereuse montée de l’extrême droite et faire gagner une gauche ne se résignant pas à être ligotée par les forces de l’argent, mais se tournant résolument et hardiment vers la promotion de l’intérêt général. Comme à d’autres périodes charnières de notre histoire, la responsabilité est immense. Elle est celle de toute la gauche.

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Des primaires… au mouvement mondial des indignés 5

Que, deux dimanches consécutifs, près de trois millions de personnes se soient déplacées pour désigner le candidat du Parti socialiste, constitue en soi un événement politique marquant. Il témoigne d’une puissante aspiration démocratique, d’une volonté de participer à des choix, sur la base d’une exigence forte de changement. Nombre de celles et ceux qui auront voté lors de ces primaires ont souvent voulu désigner celui qui sera le plus apte à battre l’actuel locataire de Élysée.

C’est ce puissant rejet du sarkozysme -que nous partageons- qui s’est manifesté avec éclat. Mais pas seulement ! Quand des millions de téléspectateurs assistent à des débats télévisés au cours desquels on discute de leur vie réelle et de propositions  pour apporter des solutions à leurs difficultés, ils expriment leur  soif de comprendre, de rechercher des issues positives pour eux-mêmes, leurs proches, nos concitoyens et au delà, pour la France, l’Europe, le monde et le devenir de la planète. Ils font de la politique ! Pas celle qui se limiterait à échanger des qualificatifs, du « dur » au « mou » ou au « fort »,  qui font les délices de la droite et de l’extrême-droite. Non, celle d’une gauche qui se place résolument du côté du peuple pour transformer les réalités afin d’améliorer la vie de chacune et de chacun. D’une gauche qui doit comprendre qu’elle ne réussira pas si, face à la puissance de la finance, elle n’est pas capable de s’appuyer en permanence sur la force de  l’intervention des citoyennes et des citoyens eux-mêmes. De ce point de vue, la forte participation à la consultation des primaires ne vaut pas acceptation du présidentialisme bonapartiste. C’est tout le contraire ! Il y a plutôt une envie de subvertir le présidentialisme pour le placer sous contrôle citoyen avec l’aspiration à une puissante régénération de la démocratie de participation, d’intervention, de représentation et de la démocratie sociale, tant les salariés et les privés d’emploi en ont assez du talon de fer de la loi des financiers et des banquiers  qui broie leur vie pour alimenter en dividendes la minorité des possédants.

Une étape nouvelle de la campagne électorale commence désormais. La droite est empêtrée dans une multitude de contradictions internes et fait l’objet d’un puissant rejet. L’extrême-droite compte en profiter.

Le candidat socialiste va maintenant déployer sa campagne. Mais la campagne des primaires a déjà montré, au fur et à mesure de son déroulement, qu’il a dû infléchir un certain nombre de ses propos et propositions en fonction des attentes du peuple de gauche.

Voilà qui ouvre un extraordinaire champ de travail, de débats, d’actions pour le Front de Gauche, son candidat à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon et ses candidats aux élections législatives. Nombre de leurs idées sont majoritaires dans le pays. Reste à trouver leur traduction électorale au service de la victoire et de la réussite de toute la gauche et de l’écologie politique grâce à un rassemblement qui élargisse le plus possible sur sa gauche. L’engagement militant nécessaire doit être mis en perspective avec les puissantes mobilisations pour les retraites,  le refus du mépris envers les salariés,  les succès de la gauche socialiste, du Front de gauche et d’Europe écologie aux élections cantonales et régionales. Le  basculement historique du Sénat participe d’un mouvement plus large avec la mobilisation dite des « indignés » qui s’étend partout dans le monde, dans le prolongement d’autres basculements en Tunisie, en Égypte et des aspirations à la démocratie, à la justice qui se font entendre dans d’autres pays arabes. C’est dire le niveau des aspirations populaires et du même coup des ruptures à opérer pour un changement véritable, durable, progressiste, transformateur qui améliore la vie de chaque être humain et son environnement.

Il ne s’agit pas d’un rêve insensé puisque, simultanément  avec la mobilisation autour de la primaire, naissait un  mouvement mondial d’actions et de manifestations dans plus de neuf cent villes, sur les cinq continents, contre les responsables de la crise capitaliste qui chaque jour fait des millions de victimes.

Ce mouvement protéiforme rejette la marchandisation généralisée, au service de quelques oligarques et appelle un monde de partage, d’égalité avec la priorité à la formation, à la connaissance, à la culture, à la démocratie, au travail pour toutes et tous, une autre utilisation des ressources au service de toutes et tous, leur reproduction et leur préservation, un revenu minimum pour que chacune et chacun puisse vivre et la défense des biens publics par la promotion des services publics. Autant de demandes familières aux lecteurs  de l’Humanité Dimanche. Autant d’aspirations que portent les composantes et les personnalités du Front de gauche.

C’est à ce niveau qu’il faudra se hisser pour réinventer un projet civilisationnel dont les débats des primaires sont loin d’avoir fait le tour. N’est-ce pas l’ambition qu’un candidat de la gauche transformatrice devra porter avec audace pour redonner confiance à des centaines de milliers de citoyens dont l’espérance s’est trop souvent fracassée sur les échecs du passé ? Ambition concrète et réaliste. N’a-t-on pas vu,  en mars dernier, dans une réunion au Brésil, les banquiers centraux des pays émergents élaborer  une stratégie de sortie de crise, en demandant une autre orientation du Fonds monétaire international et la création d’une quasi monnaie commune mondiale contre la spéculation dévastatrice ?

Ils ont avancé les bases, qui ne sont rien de moins que la refondation de l’ordre économique mondial. Les dirigeants européens et le Président de la République, comme les préparatifs du G 20, sont bien loin de ces orientations puisque leur seul souci est d’avancer encore de l’argent aux banques à l’occasion du prochain sommet européen cette fin de semaine. Ne voit-on pas aussi que les traités de Maastricht et de Lisbonne, hier inamendables, selon leurs déclarations et certitudes, doivent être changés sur le champ, mais … évidemment pour spolier encore plus les peuples !

L’affrontement entre les puissances financières internationales et les peuples s’aiguise sérieusement. Des forces nouvelles vont s’agglomérer pour une autre voie que le capitalisme.

Cela confère une énorme responsabilité à toute la gauche et à l’écologie politique qui doivent rechercher sans cesse, dans l’unité, sans faillir, sans se compromettre, des voies nouvelles pour l’émancipation humaine. Tel est l’enjeu. Tel est le niveau des questions posées. Pour trouver les réponses inédites, le Front de gauche peut apporter une contribution de valeur s’il se déploie maintenant hardiment au cœur de toute la gauche, au cœur même du peuple, avec son candidat Jean-Luc Mélenchon. Le chantier du changement est en construction. A nous d’en être !

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