C’est le G20 des riches ou … le cri de la multitude des… j’ai faim ? 2

Cette semaine se tient à Paris une réunion des ministres de l’agriculture des pays dits du « G20 ». Dans le contexte actuel, cette réunion ne devrait pas être banalisée. Elle devrait au contraire prendre la mesure de la profondeur des graves difficultés qui se profilent pour l’avenir. En conséquence, des initiatives politiques nouvelles de grande ampleur, à l’échelle de la planète devraient être prises à partir d’une question fondamentale : entrons-nous dans le siècle de la faim ? Certains diront peut-être que j’exagère. Malheureusement, la question doit non seulement être posée, mais des réponses doivent être trouvées rapidement.

La FAO, organisation importante des Nations-Unies chargée de l’agriculture et de l’alimentation, et la Banque mondiale évaluent à près d’un milliard le nombre d’individus en situation de sous-alimentation et de famine. Selon les prévisions des Nations-Unies, la population mondiale atteindra dix milliards d’habitants d’ici la fin du siècle, soit trois milliards de plus qu’aujourd’hui. Ceci signifie que la production alimentaire mondiale devra sans doute doubler une nouvelle fois. Ceci dans un contexte où le complexe agricole et agroalimentaire mondial qui a vocation à nourrir l’humanité peut-être caractérisé comme étant en danger.

Rapport FAO 2010 "L'état de l'insécurité alimentaire dans le monde"

L’offre ne répond pas à la demande qui explose sous un double effet : celui de la démographie montante et celui d’une amélioration du pouvoir d’achat dans des pays qui sortent peu à peu de la pauvreté et qui de ce fait accèdent, heureusement, à des aliments dont ils étaient privés hier.

Ce facteur, combiné à l’utilisation, imbécile dans un tel contexte, du blé ou du maïs pour produire de l’éthanol et à la spéculation sur les matières premières agricoles, fait flamber les cours des denrées de base. Ceci a encore aggravé la famine. Cette donnée a d’ailleurs accéléré les « révolutions arabes ». Au cours des années 2007-2008, des émeutes de la faim ont éclaté dans plus de trente pays. A ceci s’ajoute la croissance urbaine qui avale peu à peu des terres agricoles et maintenant une nouvelle spéculation sur les terres par des entreprises privées ou des pays, particulièrement en Afrique, mais aussi en Europe de l’Est, font de la terre et de la production alimentaire des marchandises de rapport ou de spéculation, à l’opposé total du concept de biens communs et de droit fondamental à l’alimentation pour chacune et chacun.

Mais de nombreux scientifiques appellent désormais à prendre en compte un facteur jusque là trop négligé. Celui de la modification climatique qui contribuerait à déstabiliser les systèmes alimentaires et à mettre en cause encore plus la sécurité alimentaire mondiale.

Il est établi que nombre de mauvaises récoltes des dix dernières années résultent des catastrophes météorologiques, des inondations aux Etats-Unis, de la sécheresse en Australie, des canicules en Europe et en Russie. Il semble aussi établi que, contrairement à ce qui avait été projeté dans le passé, l’élévation du niveau des gaz carboniques n’agit pas comme un engrais pour les plantes et ne contrecarre donc pas les effets négatifs du changement climatique.

Ces éléments montrent l’impérieuse nécessité de systèmes de recherche coordonnés à l’échelle de la planète, à la fois sur les effets des modifications climatiques mais aussi sur l’approvisionnement en eau, son stockage et encore sur les plantes à cultiver, les moyens de le faire dans un nouveau contexte climatique.

Dans une telle situation d’extrême urgence, le G20 doit décider d’inverser des choix antérieurs qui ont consisté à réduire les moyens financiers pour la recherche et le développement. Au contraire, il conviendrait de créer un fonds mondial pour les scientifiques et instituts de recherche dont il faut favoriser la mise en réseau et la coopération. Celle-ci doit donc être publique et non accaparée par les grands groupes privés qui n’auront pour souci que leurs profits, au détriment du bien commun.

Cette réunion du G20 doit admettre cette donnée fondamentale selon laquelle l’accès à l’alimentation est un droit humain fondamental et que l’activité de produire ces biens alimentaires de manière soutenable en respectant la terre, les sols, l’eau, l’air, la biodiversité est une mission d’intérêt général. Elle induit le respect de la souveraineté alimentaire des peuples, le refus de la spéculation sur l’alimentation et la rémunération correcte du travail paysan selon les pays et grandes zones géographiques par des mécanismes publics de fixation et de soutien aux prix ; la préservation des terres agricoles ; une orientation générale visant à reconstituer les stocks contrôlés par les élus et les organisations agricoles de producteurs.

La politique générale en tout domaine devrait être celle de la coopération et non plus celle de la concurrence qu’exacerbent l’Organisation mondiale du commerce, le Fonds monétaire international et l’Union européenne. L’efficacité économique, sociale, de vie territoriale et écologique passe par le maintien et la création d’un maximum d’exploitations agricoles à taille humaine et familiale, combinée avec le développement d’un authentique système de coopération agricole pour valoriser au mieux et au plus efficace tous les facteurs de production, dans un période où la production agricole devra doubler d’ici la fin de ce siècle.

L’Union européenne devrait être active pour le relèvement de tels défis. Malheureusement, elle n’en prend pas le chemin. Cette semaine, le Parlement va se prononcer sur un rapport préparatoire de la réforme de la politique agricole commune. Bien qu’amendé par la Commission agriculture du Parlement européen, il est loin de prendre en compte des enjeux cruciaux. Le débat devrait prendre de l’ampleur dans nos sociétés. La conception capitaliste de « libre échange  intégral », inscrit dans les traités européens, n’est pas compatible avec la souveraineté alimentaire et l’action efficace contre la faim.

C’est une question d’intérêt général. Les politiques publiques devraient placer le défi agricole et alimentaire dans leurs priorités pour que ce siècle ne soit pas celui de la faim.

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Cessez cette spéculation mortifère sur l’alimentation ! 2

Pendant que la spéculation se poursuit et s’amplifie sur les produits agricoles de base, le spectre de la faim resurgit. C’est pour une part la raison des flambées de contestation dans plusieurs pays du Maghreb et ailleurs.

Déjà un milliard d’être humains crie famine. Cette nouvelle crise alimentaire est due au système capitaliste qui favorise cette spéculation, mais aussi à une imprévoyance crasse des dirigeants du monde. En témoigne, l’absence des responsables des pays du G8 au sommet consacré à l’alimentation mondiale au mois de novembre dernier à Rome. D’abord, le capitalisme financier qui veut plier les hommes et la nature aux normes du profit maximum dans le temps le plus court possible est totalement incompatible avec les rythmes de la nature et avec la prise en compte des aléas ou accidents climatiques qui ont été durs et nombreux cette année.

Source FAO - Janvier 2011

Il ne manque pas de produits alimentaires à ce jour pour nourrir toute la planète. Mais, les tensions générées par de mauvaises récoltes aiguisent les dents pointues des spéculateurs sur les bourses de Chicago ou de Londres pour faire flamber les prix.

Les spéculateurs sont des fonds de pensions, des banques d’affaires qui placent de l’argent sur le blé, la viande, le sucre, le riz, l’huile, le café. Par exemple tel fonds financier ou telle banque achète par avance, sans jamais voir le premier gramme de cacao, pour un milliard d’euros de cette production avant même de savoir si cette quantité existe. Il pousse les cours de la fève à hausse, puis vend dès que les cours ont suffisamment monté. Il vend, empochant un pactole entre le prix d’achat et le prix de vente.

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ARRÊTER LE BRAS DES SPÉCULATEURS–AFFAMEURS 1

Au moment même où la Commission européenne met en discussion son projet de réforme de la Politique agricole commune, dans lequel il est écrit que l’agriculture est productrice de « biens publics », on assiste à l’exact inverse : une très inquiétante spéculation sur les prix des matières premières agricoles.

Il y a eu de grands problèmes climatiques en Australie, avec des inondations, une sécheresse en Argentine, la canicule en Russie. Cela n’explique pas la spéculation sur les céréales car il n’y a pas à cette heure de pénurie. Par contre, de voraces fonds financiers qui n’ont jamais ni vu, ni touché un seul kilo de céréales ou de sucre, ni un seul litre d’huile, manipulent des marchés mondiaux dits « libres » pour empocher de conséquentes sommes d’argent en jouant sur la volatilité de prix faussés.

Il en est de même pour le pétrole. Les prix des carburants montent en flèche à la pompe depuis des semaines. Les prix de l’alimentation vont donc augmenter partout. L’augmentation inconsidérée des prix des céréales fait durement souffrir nos producteurs de lait et de viande bovine, porcine ou des volailles. Les carburants aussi renchérissent les coûts de production. Déjà les peuples les plus pauvres commencent à souffrir durement et à se révolter. La nourriture ne doit pas être un objet de spéculation. Elle doit être considérée comme un « bien public » accessible à tous, à un prix raisonnable.

L’ultralibéralisme et le capitalisme sont incompatibles avec les cycles de la nature, les soubresauts climatiques. Ils ne permettent pas de « réguler » les productions et les prix, puisque le seul moteur de ce système est l’argent, le profit. Quand le Président de la République fait croire qu’il va parler aux spéculateurs pour les raisonner il énonce un énorme mensonge. On ne raisonne pas un spéculateur, on l’empêche d’exister.

Il n’y a pas d’autre solution qu’une nouvelle coopération internationale en lieu et place de la concurrence sauvage pour élaborer des plans durables de production agricole, selon les spécificités des régions du monde, des pays, des micros régions, des territoires, pour créer des stocks mondiaux capables de répondre aux besoins,  dont les besoins alimentaires, avec une planète qui comptera demain 9 milliards d’habitants.

Un tel plan coordonné respecterait les souverainetés alimentaires nationales et par continent, et déciderait de mécanismes de stabilisation des prix des matières premières agricoles en valorisant la production proche des lieux de consommation au lieu de la guerre économique à coups d’importations à prix de dumping.

Un tel projet, sous l’égide de l’Organisation agricole et alimentaire de l’ONU, la FAO, permettrait une agriculture écologique, rémunératrice du travail de tous les paysans du monde, créatrice d’emplois et susceptible d’éradiquer la famine. Le débat est totalement lié à celui du contenu de la réforme de la politique agricole européenne, dont nous avons le courage – et nous sommes le seul journal à le faire en Europe – de publier le texte de la communication de la commission de Bruxelles et d’organiser un débat sur son contenu pour que les forces sociales, syndicales, les agriculteurs comme les consommateurs, les chercheurs, les maires et conseillers municipaux, comme les travailleurs de la filière agro-alimentaire, puissent agir pour le modifier. C’est le moment.

Prenons notre destin en main.

 

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La terre, valeur d’usage ou marchandise ? Répondre

Atterrant ! 0,5% de la population mondiale a, entre ses mains, plus de 35% des richesses produites sur la planète. C’est ce que révèle une étude de la Banque du Crédit Suisse.

Atterrant ! Cette infime minorité dispose d’une fortune de plus de 50 000 milliards d’euros, soit 160 fois le budget de la France. Pendant ce temps, 15% de la population mondiale ne mange pas à sa faim. Un enfant meurt de faim toutes les six secondes selon l’Organisation des Nations-Unies. Et la situation risque de s’aggraver pour une double raison : la spéculation sur les prix des denrées alimentaires qui renchérit les prix à la consommation partout dans le monde, et maintenant, l’achat de terres par des sociétés privées ou des Etats.

Le Comité de sécurité alimentaire de la FAO qui vient de se réunir à Rome aurait dû prendre des décisions nettes sur ces deux problématiques. Il ne l’a pas fait. Pourtant, cette instance pourrait être un lieu efficace sur ces enjeux. Il pourrait être une instance utile et efficace pour une sorte de « gouvernance mondiale » sur les enjeux de l’agriculture et de l’alimentation. Il devra le prouver par des actes. C’est d’autant plus indispensable que la situation devient de plus en plus préoccupante. Le droit à l’alimentation n’est pas respecté. Le capitalisme a ravalé, depuis des années, les produits agricoles et alimentaires au rang de vulgaires marchandises. Mais voilà, la terre elle-même devient l’objet d’un accaparement privé par de grandes firmes transnationales ou de certains Etats.

L’an passé, 45 millions d’hectares de terres, soit l’équivalent de toutes les terres arables en France, en Allemagne et en Italie, ont été accaparées par des gros acheteurs des pays du Nord dans les pays en voie de développement. C’est un changement radical puisqu’en 2006 et 2008, il s’était acheté annuellement 4 millions d’hectares de terres. Ce qui était déjà beaucoup.

Il y a quinze jours c’est une grosse entreprise égyptienne qui achetait pour 400 millions de dollars de terre au Soudan. Le Qatar achète en ce moment des terres en Ukraine et en Argentine. Certains gouvernements font acheter des terres pour se protéger de la hausse des prix et assurer leur sécurité alimentaire. Ce faisant, ils mettent en cause la sécurité alimentaire et la souveraineté politique des pays où ces terres sont accaparées. Des sociétés transnationales achètent des terres pour en retirer des profits avec le renchérissement des matières premières agricoles. Cet accaparement est une nouvelle forme de recolonisation. Ce qui se passe est extrêmement grave.

La terre, qui en principe est propriété commune des habitants qui vivent un moment sur celle-ci, est en train de changer de statut mondial. Elle ne sera plus demain un bien commun que mettent en valeur des agriculteurs en location ou en propriété, mais elle va devenir un objet marchandisable sur lequel se développera une multitude de spéculations, au détriment de l’alimentation, de la qualité alimentaire, de l’environnement, de l’indispensable biodiversité et du travail paysan qui risque fort de retourner à l’état d’esclavagisme des temps modernes.

Le monde va être confronté à de nouvelles et lourdes problématiques. Le capitalisme spoliateur, à qui les gouvernements, l’Organisation Mondiale du Commerce, le Fonds Monétaire International ont lâché la bride en déréglementant tous les marchés bancaires, financiers, commerciaux, agricoles, menace de plus en plus les droits élémentaires, dont le droit à l’alimentation et à l’eau.

Les grandes  puissances mondiales, les transnationales et les marchés financiers veulent acquérir le « pouvoir vert », le « pouvoir alimentaire », contre les paysans et les peuples. Ceci peut être dramatique. Dans ce cadre, l’Union européenne a joué la politique du pire avec les traités européens, et les démembrements successifs de la Politique Agricole Commune.

L’occasion est donnée, avec le débat sur la nouvelle PAC, d’alerter sur ces enjeux et de refonder la politique agricole européenne de telle sorte qu’elle permette la défense de la petite et moyenne paysannerie dans le monde entier, comme enjeu prioritaires pour résoudre le dramatique engrenage de la faim.

L’enjeu n’est pas de savoir s’il faut amadouer ou non ces prédateurs. Il est de les empêcher. Tout en ayant un grand débat mondial sur le type d’agriculture qui garantisse la sécurité alimentaire de chaque peuple. Notre option de toujours a été celle de l’existence d’un maximum de petites exploitations familiales. C’est l’efficacité.

Le monde a besoin de rompre avec le capitalisme 1

Editorial de l’Humanité dimanche

Le hasard veut que nous entamions la dixième année du troisième millénaire par une déception planétaire : celle de  l’échec du sommet mondial de Copenhague sur le climat. Au terme de deux années de travail, cette grande réunion internationale n’a décidé d’aucune modalité contraignante pour réduire substantiellement les émissions de gaz à effet de serre. Et aucune instance comme une « Organisation mondiale de l’environnement », chargée d’une coopération interna-tionale nouvelle, garante de la survie de la planète, n’a été créée.

Pire ! Cet échec sert à porter de nouveaux coups contre l’Organisation des Nations-Unies. Certes, nous deman-dons depuis longtemps une modernisation, une démoc-ratisation de cette instance internationale, mais pas sa décapitation ! La logique ainsi à l’œuvre est mortifère. Elle prolonge toutes les résolutions de l’ONU déjà bafouées contre la guerre en Irak, en faveur de la création d’un Etat Palestinien, ou encore pour les projets d’actions contre la famine.

Comme un cynique clin d’œil, cet événement se produit exactement dix ans, presque jour pour jour, après le lancement de l’Organisation Mondiale du Commerce à Seattle, aux Etats-Unis. Créée, elle aussi,  en dehors de l’ONU, cette instance mondiale a pour objectif de « déréglementer », de « libéraliser » le commerce mondial au bénéfice des forces du capital. Elle a donc constitué un outil de fabrication de lois internationales pour le capitalisme mondialisé. Et la réintégration, par M. Sarkozy, de la France dans l’OTAN, comme sa primauté  en tant que bouclier d’une défense européenne, stipulée dans le traité de Lisbonne, n’ont fait, elles aussi,  que dévaloriser les Nations-Unis et aggraver les déséquilibres en faveur des Etats-Unis.

Le lien entre le sommet de Copenhague et Seattle est simple : on y parle de projets diamétralement opposés! De même, il y a antagonisme entre la préservation de la planète et la volonté d’appliquer les règles libérales du marché unique européen, les traités européens de Maastricht et de Lisbonne. Le capitalisme est un anti-écologisme, comme il est un anti-humanisme. Cependant, la préparation du sommet de Copenhague aura permis à l’humanité de prendre encore plus conscience de sa globalité, de l’interdépendance des nations, du devenir des êtres humains et de celui de la planète.

L’urgence écologique, indissociable de l’urgence sociale et de l’impérieuse nécessité du désarmement et de la paix, est devenue sans doute l’enjeu le plus fédérateur des peuples, des individus entre eux. A l’heure de l’information instantanée et d’une sorte d’échanges informatiques en continu pouvant nourrir une démocratie numérique, des conditions nouvelles existent pour faire humanité ensemble.

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