Contre le déclassement, changer de système Répondre

Que les dirigeants des pays européens aient pu laisser trois agences de notations, liées aux milieux d’affaires, peser sur les orientations politiques et économiques, constitue une démission sans nom, une forfaiture. Voici que l’une de ces sévères “notatrices”, liée au capital nord-américain, sanctionne la politique de M. Sarkozy. Preuve que le Président de la République ne protège pas la France. Preuve aussi que ses discours sur ” la moralisation du capitalisme” ne sont que du vent.

Pourtant, c’est ce même M. Sarkozy qui avait répété ces dernières années que la notation dite “triple A” était si précieuse que pour la préserver il a, contre l’opinion majoritaire des citoyens français, démembré le droit à la retraite à 60 ans, abaissé les niveaux de protection sociale, attaqué violemment les services publics, obligé les familles populaires à se serrer toujours plus la ceinture.

Preuve vient d’être administrée que rentrer dans le jeu des marchés financiers et tenter de répondre sans cesse à leurs exigences revient à placer nos concitoyens dans une broyeuse sans fin de leur salaire, de leur retraite, de leurs droits sociaux, démocratiques et politiques. Une réflexion nouvelle vient immédiatement à l’esprit : il ne peut y avoir de réponse authentiquement de gauche si on se moule dans le modèle du capitalisme financiarisé et mondialisé. Plus le pouvoir de droite et les dirigeants européens imposent l’austérité, plus la finance en réclame et plus la crise s’aggrave. Quelle que soit la couleur politique des gouvernants qui l’appliquent, parce qu’ils font souffrir leurs populations, ces dernières les chassent à la première occasion comme dernièrement en Grèce et en Espagne. Mais en guise de changement, les Grecs et les Espagnols ont maintenant encore plus d’austérité, avec plus de chômage et de précarité, certes avec des têtes nouvelles au sommet des Etats. De cette vis sans fin vers le malheur et la désespérance, il est plus que temps de sortir. C’est pour y contribuer qu’existent le Front de gauche et son candidat Jean-Luc Mélenchon.

Eux seuls ont le courage et l’honnêteté de dire que l’austérité n’est pas le moyen de réduire les dettes. Elle en produit et les aggrave sans cesse. M. Sarkozy, ce  grand pourfendeur de déficits, aura réussi cet incroyable et pitoyable exploit de créer à lui seul autant de dettes que les quatre Présidents de la République qui l’ont précédé. Lorsqu’il s’est installé au Palais de l’Elysée en 2007, l’endettement du pays était de 700 milliards d’euros. Aujourd’hui il est de 1600 milliards. Non pas parce qu’il a amélioré les services publics ou la protection sociale. Il les a dégradés. Par contre, il a multiplié les cadeaux aux plus fortunés et au grand capital, tout en réduisant l’activité économique. Il voudrait nous faire croire qu’il n’est pour rien dans la dégradation de la note qu’il présentait encore il y a peu comme une catastrophe à éviter à tout prix, devenue de peu d’importance aujourd’hui qu’elle est là. N’en déplaise à cet illusionniste, la chose est grave. Très grave. Dans l’actuel système, elle oblige notre pays à emprunter à des taux d’intérêt plus élevés. Tout risque encore d’augmenter, avec des  souffrances sociales insupportables.

Le Premier ministre, comme d’habitude, appelle à un tour de vis supplémentaire au nom de la “compétitivité “. Avec d’un côté, une ponction sur le consommateur avec “la TVA-vie chère”. De l’autre, une diminution des salaires. Certains ministres proposent même de supprimer la cinquième semaine de congés payés. Or, dans toute l’Europe l’expérience montre que plus l’austérité est sévère, plus la crise s’aggrave et plus les difficultés s’accumulent, plus la dette grossit. Elle augmente parce que l’économie est étouffée et que les banques ponctionnent des intérêts sur cette dette devenue insupportable pour les Etats et la société toute entière.

S’attaquer à la dette appelle de tourner le dos à ces choix. C’est en effet le développement économique et social qui permettra des rentrées financières et de relancer la production et l’emploi. Il faut une réforme fiscale progressiste pour la justice et une transformation  du système bancaire qui doit cesser d’être un outil de pompage des ressources du travail, des Etats, des collectivités territoriales et des institutions publiques. Il s’agit de mettre ces outils au service du développement humain, social et écologique grâce à l’utilisation d’un crédit peu cher, dès lors qu’il sert le travail, la création, le progrès social et écologique. Pour y parvenir, -condition d’une indispensable souveraineté économique- il devient nécessaire que le système bancaire soit sous contrôle citoyen. Autrement dit, il est indispensable de socialiser les banques et les institutions financières, tout en menant bataille en Europe pour changer le rôle de la Banque centrale européenne de telle sorte qu’elle se mette au service du bien commun et non plus de la rapacité des fonds financiers des banques privées.

C’est l’opposé de ce que tentent d’imposer M. Sarkozy et Mme Merkel avec le projet d’un nouveau traité européen austéritaire. M. Sarkozy avait déclaré qu’il était le point de départ d’une « nouvelle Europe ». Il n’a pas dit pour qui ! Pour les voraces de la finance ? Certainement ! On voit mieux aujourd’hui la nocivité des orientations euro-capitalistes de ce texte, aggravant considérablement les critères antisociaux du traité de Lisbonne, déjà majoritairement rejeté en 2005 par le non au référendum. Le caractère dérisoire des sommets franco-allemands à répétition saute aux yeux. M. Sarkozy y aligne nos droits sociaux sur les choix extrêmement durs que subissent les travailleurs allemands, sans pour autant enrayer la crise, bien au contraire !

 Ce n’est pas en livrant la France, pieds et poings liés à la finance qu’on en sortira. C’est en engageant un processus populaire et démocratique qui s’en émancipe en misant sur “l’humain d’abord”.

Des rues à la politique 1

Il paraît qu’aux 24 heures du Mans on pouvait apercevoir tantôt le Premier ministre, tantôt le ministre de l’industrie, bras-dessus, bras-dessous avec M. Varin, le PDG de PSA Citroën. C’est un choix ! Celui de la complicité des grands, des puissants, grisés peut-être par la vitesse mais surtout par l’argent, surfant sur leurs critères dits de « compétitivité » contre les ouvriers. En réponse aux révélations de la CGT et de votre hebdomadaire, l’Humanité-Dimanche, la semaine dernière, ils ont répété en cœur et en boucle avant de se retrouver sur celle des circuits du Mans, que : « Ce n’est pas d’actualité ». Des mots qui sonnent comme l’aveu par anticipation du crime social qui se prépare dans le secret depuis l’été 2010 … pour  être réalisé après les élections présidentielles … évidemment. C’est-à-dire après que ces bons amis aient une nouvelle fois mené campagne avec des trémolos dans la voix sur tous les tons, la main sur le cœur, sur le thème de la défense de l’emploi et de la priorité industrielle. Toute la nature de classe, le mépris des travailleurs, de l’intérêt général sont là, concentrés dans ces faits.

Voilà la principale entreprise automobile française qui a bénéficié de considérables fonds publics dans l’année 2010, puis d’un mécanisme public de relance avec la prime à la casse pour faciliter l’achat de voitures familiales, qui s’ajoute à une autre incroyable imposture : les entreprises cotées en Bourse ne paient que 8% d’impôt sur les sociétés quand la petite et moyenne entreprise, souvent sous-traitante de ces mêmes mastodontes, en paie 30% sans bénéficier ni d’aides d’Etat, ni de crédits bancaires adaptés.

Les dirigeants et encore plus les actionnaires de PSA Citroën cherchent à trouver disent-ils « une rentabilité satisfaisante ». Autrement dit, à augmenter toujours plus les profits. Pour cela, il faudrait abaisser de 1000 euros le coût de fabrication d’une voiture familiale en délocalisant les productions tout en fermant les usines d’Aulnay-Sous-Bois, Sevelnord dans le Nord, Rennes et Madrid. Des dizaines de milliers de salariés jetés à la trappe du chômage pour aller en surexploiter d’autres sous de lointains horizons, tout en n’oubliant pas de réaliser une confortable plus-value de centaines de millions d’euros en vendant 170 hectares de terrains à Aulnay-Sous-Bois au cœur de la Seine-Saint-Denis qui souffre déjà tant de la désindustrialisation et du chômage.

Cette stratégie est conforme aux orientations de « la concurrence libre » et prétendument « non faussée » du traité de Lisbonne et à son aggravation inscrite noir sur blanc dans le pacte de l’Euro plus. Ce dernier  fait injonction aux Etats de pressurer les rémunérations du travail, tout en augmentant la productivité dans le cadre de politiques d’austérité renforcée pour les travailleurs, les retraités, tout en détruisant les services publics comme on le voit en Grèce, au Portugal, au Royaume-Uni avec la privatisation de la poste et pour instaurer, comme norme de l’emploi, ce qu’ils appellent  « la flexisécurité », c’est-à-dire le contrat de travail précaire.

Une telle orientation sacrifie le présent et fait fi de l’avenir. Elle empêche tout nouveau projet industriel pour la filière automobile alors que le champ est immense pour l’invention de la voiture écologique et des transports de demain. A condition de mobiliser beaucoup de nouveaux investissements, de partager des dépenses de recherche pour de nouveaux véhicules plus économes en énergie, moins polluants, pour des formations aux salariés et aux jeunes, pour sécuriser les parcours professionnels. Au lieu de cela, priorité est accordée à des choix de courte vue au service des rapaces de la finance pour lesquels a été écrit ce fameux pacte de l’euro. En vertu de celui-ci, la Commission de Bruxelles vient de demander à la France de serrer encore plus la vis, en diminuant encore et toujours plus les investissements publics et sociaux pour la santé, l’école, les retraites, la sécurité sociale et de précariser encore plus le travail ; de chercher le moyen d’augmenter la TVA, la semaine même où la droite votait une diminution de l’impôt sur les grandes fortunes au Parlement, revenait sur la taxation des produits du pillage publicitaire de la firme Google et ouvrait une ligne de crédit de 470 millions d’euros en garantie de cette funeste affaire des frégates de Taïwan dont on aimerait enfin connaître un début de vérité.

Dans toute l’Union européenne, ces politiques sont désormais amplifiées, appliquées à grande échelle aux Grecs, aux Portugais, aux Irlandais qui subissent l’extrême violence de la finance internationale, mise en œuvre  par les dirigeants politiques au pouvoir dans chacun des Etats. Mieux, on peut désormais considérer qu’une sorte de troïka derrière laquelle se cachent d’anonymes sabreurs dans les crédits sociaux et publics, composé du FMI, de la Banque centrale européenne et de la Commission de Bruxelles, prend peu à peu le pouvoir au service des institutions financières et bancaires. Une troïka qui sera demain rejointe par le fameux MES –mécanisme européen de stabilité- qui est enfant du FMI, inventé à l’occasion de la naissance du Pacte pour l’euro. Ceux-ci ont pour caractéristique d’être des autorités autoproclamées, élues par aucun peuple, aucune assemblée parlementaire. Aux Etats-Unis, la même loi des marchés financiers aboutit à une dette faramineuse dans le pays considéré par le plus puissant du monde. Comme par le passé, les dirigeants américains vont s’efforcer d’en alléger la charge en s’en délestant sur les autres nations, en tirant avantage de la primauté du dollar dans les échanges internationaux. Mais cette fois, avec des conséquences incalculables pour les peuples tant les sommes en cause sont colossales et la situation des autres pays précaire.

Ces évolutions angoissantes pour le plus grand nombre, sont à l’origine des mobilisations de jeunes et de peuples, des formes diverses et inédites qu’elles prennent dont nous avons toutes les raisons d’être très solidaires. Ce qu’elles expriment est capital puisque leur nouveauté essentielle réside, au delà des conséquences insupportables pour les populations des choix d’austérité, à contester les institutions et les partis en place qui, au fil des années, ne font que les reproduire, en pire. Reste bien entendu à ces mouvement syndicaux, citoyens, culturels, à se rejoindre, à s’unir pour défricher des chemins totalement neufs leur garantissant des débouchés politiques en adéquation avec les aspirations et exigences qu’ils portent. Cela implique que la politique puisse être considérée majoritairement comme une activité noble dont la vocation est de résoudre les difficultés auxquelles chacun, la société, le monde, la planète sont confrontés. On mesure le chemin à parcourir pour qu’il en soit ainsi et pour que les citoyens se convainquent d’y apporter leur indispensable concours. Ce sera difficile, sans aucun doute mais il n’y a pas d’autre alternative pour que la civilisation ne sombre pas dans les plus extrêmes aventures. Les responsables politiques ne sont pas une classe. Ceux qui dirigent aujourd’hui sont les mandataires directs des intérêts de la classe capitaliste, des rapaces de la finance. Ils sont très minoritaires en nombre  et face à eux, il existe des forces politiques progressistes, que les citoyens doivent investir, avec les responsables politiques de forces de transformation sociale, et de nombreux citoyens  qui sont à la recherche d’issues aux régressions absolues qui caractérisent le début du millénaire. Au Parlement européen, dans les parlements nationaux, le pacte pour l’euro plus est combattu. Des majorités se sont fédérées victorieusement chez nous et ailleurs contre le traité de Lisbonne.

Mais subsiste un problème pour les citoyens eux-mêmes à la fois simple  à énoncer et compliqué à réaliser. Ces forces d’émancipation humaine restent aujourd’hui trop faibles. Ainsi, le Parlement européen a été contraint, la semaine dernière, de reculer le vote sur les directives liées au pacte euro plus. Mais celui-ci est à nouveau prévu à la séance du 23 juin. Pour l’instant, il n’y a pas de majorité pour le repousser. Nos propres mobilisations, celle en  Grèce et ailleurs, le 19 de ce mois et d’autres dans d’autres pays peuvent faire bouger les lignes. Ce sera aussi la vocation de la journée d’action organisée par la Confédération européenne des syndicats. Reste que les  questions de la démocratie d’intervention,  celle du contrôle des élus et du sens et de la portée du  vote que chacun émet le jour des élections restent entières. Certes, en apparence, la démocratie existe dans nos sociétés. Mais le pouvoir n’y est-il pas de plus en plus confisqué dans une sorte d’organisation bipolaire de la vie politique et médiatique totalement a-démocratique ainsi que par des institutions européenne non élues directement par les peuples ? Au fond, tout se passe comme si tout concourrait -institutions, règles électorales, partis, média- à donner l’illusion aux populations qu’elles décident de leur vie et de leur devenir. Pour qu’il en soit vraiment ainsi, elles devront investir le champ de la politique pour en transformer radicalement les formes, les règles et les objectifs.

La société des citoyens reste l’ambition des ambitions, pour un niveau supérieur d’humanisation de la civilisation. Au lieu du diabolique pacte de l’argent, débattons d’un pacte d’investissement social, solidaire, écologique, avec le développement de grands services publics, permettant à chacune et chacun d’accéder aux biens communs humains dans toute l’Europe, faisant reculer la pauvreté, le chômage et la précarité. C’est ce que dit le référendum en Italie. Puisse le Front de gauche être utile à la concrétisation de cet espoir. C’est sa vocation. Devenir un front progressiste, un front citoyen et populaire au sens où il est la  propriété des citoyennes et des citoyens, immergé parmi eux. A la Puerta del Sol, à Tunis, place Tahrir, au Royaume Uni dans les rassemblements étudiants comme en France dans ce qu’exprimait en profondeur le mouvement de défense des retraites, des services publics, de l’École, affleure  le besoin de formes démocratiques de nouvelle génération seules susceptibles de réconcilier la jeunesse, le monde du travail et de la création avec l’activité politique. L’occupation des places et des rues est nécessaire. Elle ne dispense pas, au contraire, d’investir le  système politique pour le subvertir et faire éclore la démocratie afin de donner toutes ses chances à la société des citoyens du post-capitalisme.

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La question de l’alternative 5

Dans toute l’Union européenne, toutes celles et ceux qui aspirent à une Europe sociale, solidaire, démocratique, écologiste, pacifique, sont confrontés à une question fondamentale : comment rassembler suffisamment de forces de transformation sociale et politique pour échapper au rouleau compresseur de la finance servi par les traités européens et le pacte pour l’Euro plus ? Comment maîtriser un destin qui aujourd’hui échappe aux différents peuples qui composent l’Union ? Comment faire pour que ces derniers défrichent les chemins inédits d’un changement qui tire les enseignements des échecs du passé ? Une contradiction extrêmement aigüe travaille désormais leur conscience et les réalités.

D’un côté, des mouvements syndicaux et sociaux, des votes comme celui des Islandais qui, dans un référendum, ont refusé de renflouer une banque en faillite, des mouvements citoyens et culturels comme celui des indignés en Espagne et en Grèce, porteurs de fortes demandes politiques de changement. De l’autre, dimanche après dimanche, les pouvoirs politiques en place, qu’ils soient classés à droite ou sociaux démocrates, sont désavoués lors d’élections locales ou nationales en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Grèce et dimanche dernier encore au Portugal. Les électrices et les électeurs pouvaient certes choisir entre la droite et la gauche, mais le changement d’étiquette n’est pas le changement de politique. L’abstention massive est une signification du rejet de l’austérité, du chômage et du précariat. Elle ne constitue pas non plus une issue positive. Ce scénario satisfait les rapaces de la finance qui font ainsi croire qu’il n’y a qu’une politique possible. Le plus emblématique vient de se produire au Portugal où les socialistes sont battus par le parti de M. Barroso, celui-là même qui, à la tête de la Commission européenne, fait appliquer avec acharnement les  politiques d’hyper austérité qui ruinent les travailleurs portugais, précarisent la jeunesse. Qui osera prétendre que le problème ne concernerait pas la France ? Des forces de droite et de gauche n’y ont-elles pas comme guide politique et économique  le traité de Lisbonne, le pacte de stabilité et maintenant peu ou prou, le cadre du pacte de saignée sociale que constitue le pacte diabolique  Euro plus ? On assiste d’ailleurs à de curieux mélanges. Ainsi celui qui fait dire à M. Hulot qu’il pourrait s’allier avec celui qui a failli devenir Premier ministre de l’actuel Président de la République, M. Borloo, lequel est courtisé à la fois par M. De Villepin et M. Sarkozy. Quelle mélasse ! Quelle tristesse !  Quelle vacuité de notre débat politique, engoncé dans le conformisme, les coups médiatiques, le bavassage creux, la politicaillerie, quand tant de nos concitoyens souffrent et alors que le monde est confronté à de si grands défis.

L’exigence de démocratie radicale monte des mouvements partout en Europe et dans le monde arabe. Il convient de se hisser à sa hauteur. Ces mouvements sont citoyens au sens le plus élevé du mot ; politiques en cela qu’ils mettent en cause des décennies de politique de soutien au capitalisme qui conduit à une vie toujours plus dure, à la flexibilité et à la précarisation des contrats de travail. Ils refusent d’être les intermittents du travail, variable d’ajustement du grand capital au service des profits. Un nouveau projet d’avenir devrait donc en finir avec une telle insécurité et avancer vers une sécurité sociale professionnelle. Ils refusent avec force la sous-rémunération permanente du travail. L’enjeu d’une nouvelle répartition des richesses avec de meilleurs salaires, une nouvelle fiscalité, un nouveau crédit, est à l’ordre du jour. De nouveaux services publics seraient un atout pour progresser vers la justice, l’égalité de l’accès au logement, à l’éducation, à l’énergie, aux soins, au transport et à une autre utilisation des richesses et de l’argent.

Les mouvements en Europe butteront sur l’issue politique tant que la gauche ne débattra pas au grand jour et ne pensera pas des solutions radicalement nouvelles, adaptées aux nouveaux enjeux de l’heure pour améliorer la vie de la majorité de celles et ceux qui n’en peuvent plus de la vie qui leur est faite. Autant de terrains dans lesquels le Front de gauche pourrait se sentir comme un poisson dans l’eau à condition qu’il soit à la fois plus audacieux, plus clair, plus ouvert, plus unitaire, dans une conception visant non pas à « commander » un mouvement pour le changement, mais à se mettre à la disposition de celui-ci. De ce point de vue, un effort considérable doit être déployé pour surmonter l’actuelle crise de compréhension, facilitée par un système médiatico-politique brouilleur de repères et de choix. Cette difficulté ne peut être levée que si les forces progressistes sortent elles-mêmes d’une certaine crise d’idée alternative. Un débat approfondi, des confrontations honnêtes sont indispensables. Ce sont à des actes forts pour défendre nos concitoyens, pour proposer une alternative crédible et audacieuse que doit s’attacher à proposer un Front de gauche de nouvelle génération, de telle sorte que la majorité de celles et ceux qui aspirent à changer puissent en devenir propriétaires pour en faire un Front populaire, un Front citoyen, un Front progressiste, fer de lance au cœur de toute la gauche.

C’est à y contribuer que s’attache votre Humanité-Dimanche chaque semaine. Les leçons des scrutins qui se déroulent depuis des semaines dans l’Union européenne nous encouragent à poursuivre dans ce sens. Le Parlement européen a été contraint de repousser le vote sur les directives d’approbation du pacte européen Euro plus. Mettons à profit ces jours supplémentaires pour en faire connaître les extrêmes dangers sociaux et démocratiques. Organisons, à l’image des combats contre la directive Bolkestein et de celles et ceux qui, dans l’union, ont mené à la victoire d’un non progressiste au traité constitutionnel le 29 Mai 2005, un front uni, solidaire et progressiste européen contre le pacte des rapaces. C’est ce mouvement qui est en germe dans toute l’Union européenne. Raison de plus pour débattre de la question de l’alternative progressiste ici et en Europe.

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Puerta de las Soluciones ?* 1

En Allemagne, le parti de droite au pouvoir perd dimanche après dimanche les élections locales. En Espagne, ce sont les socialistes qui viennent d’être sévèrement sanctionnés. Les mêmes politiques mises en œuvre par des forces différentes produisent les mêmes effets sur la vie quotidienne. Les mêmes effets aussi dans les urnes ! Une autre voie doit être recherchée avec les forces progressistes, notamment le Front de Gauche en France pour sortir de la super austérité et pour faire vivre la démocratie.

C’est la jeunesse européenne qui rompt le silence assourdissant qui entoure les orientations du « Pacte pour l’Euro plus ». Cette violente purge sociale, ce bulldozer aux implacables chenilles qui, dans chaque pays de l’Union européenne, détruit les salaires minimums, l’emploi stable et sécurisé, les services publics, la Sécurité sociale, les pensions de retraites, les Codes du travail. « C’est le système qui est contre nous » proclament ces jeunes. « Sin futuro », sans futur ! Ainsi, depuis plusieurs jours est né, en pleine campagne électorale en Espagne, un mouvement dit des « indignés », dans plus de cinquante villes. Celui-ci se répand peu à peu à Berlin, Oslo, Londres, Rome, Paris.

Ce mouvement en résonnance avec les manifestations ouvrières au Portugal, en Grèce, au Royaume-Uni, en Hongrie, en Roumanie, s’oppose  clairement et nettement au déferlement des politiques d’austérité, de chômage, de précariat dans toute l’Union européenne. Il a des similitudes avec le printemps arabe.

Il y a de cela quelques semaines, de bons esprits savants, qui ont micros et antennes ouverts, se sont senti le droit d’insulter M. Stéphane Hessel, parce qu’il a titré son dernier petite livre : « Indignez-vous ». Il a pourtant raison. Comment les jeunes et les travailleurs ne seraient-ils pas indignés quand le même système bancaire et financier, qui les a plongés dans le précipice, leur y enfonce la tête aujourd’hui, en y dégageant des profits faramineux. Ainsi, un journal économique proche des milieux patronaux écrit : « Les marges des entreprises européennes sont proches de leur record ». Dans notre pays, les quarante grands groupes cotés en Bourse, disposent d’une trésorerie de 170 milliards d’euros. En progrès de 12%. Cet argent serait destiné à relancer la guerre économique entre groupes avec les fusions-acquisitions qui se traduisent toujours par des destructions d’emplois. Indignés encore en découvrant que les principales banques françaises viennent de verser deux milliards d’euros de bonus à leurs traders !

Ces mêmes banques disposent d’argent frais aux alentours du taux de 1% auprès de la Banque centrale européenne, alors qu’elles octroient ensuite des prêts variant de 6 à 19% à la Grèce, au Portugal, à l’Irlande et à l’Espagne. Les jeunes espagnols crient sur la place  Puerta del sol, à Madrid : « Nous ne sommes pas une marchandise entre les mains des politiques et des banquiers ». Belle lucidité, porteuse d’espoir. Ils refusent l’austérité, le chômage, la précarité, qu’elle soit mise en œuvre par un gouvernement socialiste ou par un gouvernement de droite. Ils contestent les alternances produites par des bipartismes réducteurs. Ils appellent donc à une autre voie pour la construction européenne, rejoignant celles et ceux qui, en France, aux Pays-Bas, en Irlande, ont rejeté majoritairement le traité de Lisbonne et ceux qui refusent la dictature instituée des marchés financiers, inscrite dans le pacte dit « Euro plus » et « le mécanisme européen de stabilité » qui n’est rien d’autre qu’un FMI européen.

Cette autre voie commence par briser le silence consensuel sur le pacte diabolique au service des rapaces de l’argent. C’est ce que vient de faire à son congrès la Confédération européenne des syndicats en adoptant « Le manifeste d’Athènes ». Elle appelle à des mobilisations unitaires contre le contenu de ce pacte, qui rend obligatoire d’inscrire dans les Constitutions nationales les réductions des dépenses sociales et publiques. Ce pacte est écrit pour le grand patronat, pour la baisse des salaires, le recul de l’âge de départ en retraite, la privatisation de celle-ci, l’abaissement des niveaux de Sécurité sociale, de nouvelles privatisations comme celles imposées au Portugal, à la Grèce et à l’Irlande.

Ces  choix mènent l’Europe dans le mur ! Ils sont à l’opposé de ce qu’il conviendrait de faire pour conjuguer progrès social, écologiste, démocratique et  efficacité économique afin de sortir de la crise. Le voilà bien, le véritable enjeu des prochaines échéances électorales ! Celui que les puissants voudraient  occulter. Ils redoutent par dessus tout que nos concitoyens se demandent à quoi servirait d’élire une personne à la présidence de la République qui appliquerait l’austérité ? Qu’ils soient de gauche ou de droite l’austérité, le chômage, le précariat sont injustes et inefficaces. C’est une autre voie qu’il faut inventer, celle du progressisme européen que propose le Front de Gauche.

C’est dans cet état d’esprit que les forces progressistes devraient porter le projet d’un pacte humain, d’un nouveau pacte social, solidaire, écologique. Il serait rendu possible par le désarmement intégral des rapaces des marchés financiers, en instituant une taxe sur les mouvements de capitaux spéculatifs, une harmonisation par le haut des impôts sur les sociétés et le capital, la récupération des recettes de TVA aujourd’hui détournées, un changement de la Banque centrale européenne qui doit pouvoir racheter tout ou partie de la dette des Etats par création monétaire et aider à des refinancements, au service des Etats sur les critères de la création d’emplois, la formation, l’éducation, l’innovation et la recherche, avec le développement de grands services publics, outils d’égalité sociale et d’amélioration de l’environnement. Ces services publics de type nouveau, promouvant la coopération européenne, devraient faire vivre le projet de biens communs publics européens et mondiaux, accessibles à toutes et tous. Une sorte de « plan Marshall » devrait être inventé pour venir en aide aux peuples du Sud de la Méditerranée, qui cherchent la voie de leur émancipation.

Des solutions existent donc pour sortir des impasses étouffantes actuelles. C’est d’ailleurs ce que disent les jeunes espagnols de la place « Puerta del sol » qui l’ont rebaptisé « Pertua de las soluciones » oui, place aux solutions. Trouvera-t-on une caméra ou un micro pour les filmer et leur donner la parole ?

* La porte des solutions

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