L’ultralibéralisme européen enserre la PAC 1

Comme nous l’annoncions ici même la semaine dernière, au terme de plus d’un an de discussion, le Parlement européen s’est prononcé en milieu de semaine sur un projet de réforme de la politique agricole commune. Plus précisément, il a voté pour se donner un mandat de négociations avec le Conseil européen (chefs d’Etat et de gouvernement) et la Commission de Bruxelles.

En effet, les nouvelles règles de fonctionnement des institutions européennes font que le Parlement est dit « co-législateur » avec le Conseil européen. En vérité, son prétendu rôle de « co-législateur » est très limité puisqu’il ne peut lui-même proposer aucune loi européenne. Il ne discute que des projets de loi, initiés par la Commission européenne.

Nous avions dit ici, comment les quatre rapports votés par la commission agriculture du Parlement européen étaient par de nombreux aspects, en retrait sur les propositions de la commission qui, elle-même, actait les orientations des précédentes réformes et l’insertion de l’agriculture dans la concurrence mondiale, conformément aux injonctions des traités de Maastricht et de Lisbonne. Cependant, la commission avait cherché à en limiter un certain nombre d’effets en prônant une nouvelle répartition des aides publiques. Evidemment, ceci restait, en tout état de cause, très insuffisant au regard des défis agricoles et alimentaires posés à l’humanité. De même, la rémunération du travail paysan, par de vrais prix stables est abandonnée.

Ceux qui aujourd’hui refusent le débat sur le prix de base garanti pour les petites et moyennes exploitations creusent, chaque jour, la tombe de l’agriculture familiale au profit de la concentration agricole, poussant vers une agriculture plus industrialisée, dépendante de la chimie, de la pharmacie, des banques et des secteurs d’aval de la distribution et de la transformation, dont une partie est désormais aux mains de fonds financiers, qui veulent de la matière première agricole au prix le plus bas possible pour maintenir ou élever leur taux de profits.

La réforme acte ce recul et elle ne prévoit pas de limiter les importations des pays extérieurs à l’Union européenne. Ceci a pour effet de peser à la baisse sur nos prix à la production. Le combat pour changer le système est donc plus que jamais indispensable. Mais, même les quelques mesures possibles à l’intérieur du cadre de la PAC pour plus de justice et pour une nouvelle efficacité agronomique sont plus que limitées dans le mandat que s’est donné le Parlement européen.

Ainsi, un plafonnement des aides directes a été décidé pour la première fois, avec une dégressivité des aides à partir de 150 000 euros. Mais en fixant la barre à 300 000 euros, ceci modifiera très peu le fait que les grosses exploitations continueront à éliminer les plus petites dans le cadre d’une course à la concentration agraire. Les grosses exploitations céréalières touchent deux fois le « jackpot ». Une fois par les prix élevés du fait de la spéculation mondiale. Une seconde avec les aides à l’hectare. Malheureusement, il n’a manqué que trois voix pour un amendement intermédiaire qui proposait de plafonner les aides publiques à 200 000 euros par exploitation.

Une autre disposition qui incitait à une rotation des cultures, permettant à la fois d’améliorer la fertilité des sols, une meilleure résistance des cultures aux maladies, tout en permettant de réduire notre dépendance aux protéines, grâce à l’introduction de cultures de légumineuses dans l’assolement a également été annihilée.

Après ce vote, les discussions sur cette réforme ne sont pas terminées. Si elle avait été logique avec elle-même, la majorité du Parlement européen, qui, juste avant de voter les textes de la PAC, avait soutenu une résolution de rejet du budget européen, aurait du bloquer tout projet de modification de la PAC, au motif que ses crédits vont être sérieusement abaissés.

Maintenant, le conseil des ministres de l’agriculture européen, la Commission européenne et des représentants du Parlement européen vont discuter pour rechercher un « compromis » en vue d’un texte définitif. Il est encore possible de se faire entendre pour une PAC plus juste, plus solidaire et équitable, au service des revenus paysans et du travail agricole.

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Créer un mouvement général pour inverser l’ordre des choses 2

Il y a un an, même si elle était raisonnée et raisonnable, l’espérance d’un changement permettant d’améliorer la vie, était bien réelle. Aujourd’hui, nous sommes dans un moment d’inquiétude, de doute, de scepticisme, de colère aussi, sentiments partagés par une part très importante de l’électorat qui a poussé la gauche au pouvoir. S’ils devaient conduire le mouvement populaire à être tétanisé, rien de bon ne serait à attendre. Seuls, le débat, le rassemblement et  l’action peuvent  bouger les lignes du côté des attentes populaires et de la résolution du cancer du chômage et du pouvoir d’achat. Ce n’est pas leur faire injure que de constater qu’au lieu de résister aux demandes du grand patronat, des marchés financiers, et aux injonctions de la Commission de Bruxelles, la majorité du gouvernement et le Président de la République les écoutent davantage que le monde du travail et de la création. Ainsi, ils envisagent une nouvelle ponction de six milliards d’euros sur les crédits publics utiles. Cette réduction importante s’ajoute à celles déjà prévues dans le cadre du budget triennal 2013-2015, adopté pour être en conformité avec les règles imposées par le dernier traité européen, celui-là même que le Président de la République s’était empressé de faire voter, au mépris de son engagement de réorientation de l’Europe. Cette austérité budgétaire aggravée, combinée à la compression des revenus des familles, va pousser celles et ceux qui n’ont que leur travail pour vivre vers de nouveaux sacrifices et entraîner l’économie dans la dépression. C’est ce qui se passe dans toute l’Europe et la droite pousse pour aller encore plus loin. Sa pitoyable campagne contre la suppression de la journée de carence pour maladie dans les secteurs publics, ne sert en l’occurrence qu’à camoufler la baisse du pouvoir d’achat des salaires des fonctionnaires ainsi que leur nombre, au nom d’une prétendue compétitivité.

Ceci deviendra d’ailleurs la loi pour tous si les parlementaires transposaient en l’état les conclusions des négociations du 11 janvier sur la flexibilité de l’emploi. Qu’il s’agisse des retraites, de la protection sociale, des allocations chômage et familiales, des crédits pour la formation professionnelles et de ceux alloués aux collectivités locales, de la TVA ou encore du coût des carburants, le débat public, tel qu’il se déroule ne donne à entendre que des hypothèses de régression. Ainsi nos concitoyens seraient ligotés entre le pire et le toujours… pire ! Toujours moins pour soit disant aller mieux demain ! Qui peut encore croire cette fable qui partout où elle a été contée n’a provoqué que le pire ? Elle n’a pas pour fonction la sortie de la crise mais bien de préparer ses victimes à son acceptation. C’est la mise en œuvre du « pacte euro-plus Merkel-Sarkozy » que j’avais baptisé « Pacte des rapaces ». C’est le programme des puissances d’argent.  Au lieu de le mettre en œuvre, le pouvoir socialiste devrait s’appuyer sur le mouvement social et populaire pour le mettre en échec. Il ne le fait malheureusement pas, plaçant le pays et notre peuple sous le pilotage automatique des régressives injonctions européennes. Ce qui se joue, c’est la tentative d’une recherche de « compromis historique » entre le capital et le travail, comme si les intérêts des puissances industrielles et financières étaient les mêmes que ceux des travailleuses et de travailleurs qu’ils dominent, exploitent et aliènent jusqu’à la précarisation, la privation de travail et plus de paupérisation! Ce mouvement à rebours de toutes les traditions sociales et démocratiques de notre pays, a été affublé du qualificatif de "révolution copernicienne" par quelques ministres, au début de l’automne. L’espoir et l’avenir ne se trouvant  pas dans la reproduction du passé, le besoin d’invention d’un processus démocratique post-capitaliste devient désormais la question des questions. Ne nous le cachons pas ! La tâche est rude alors que la vie quotidienne de millions de nos concitoyens  devient de plus en plus dure, insupportable pour beaucoup et que leur confiance dans la politique s’est beaucoup dégradée. Pourtant, le salut ne peut venir que d’un mouvement général pour inverser l’ordre des choses. Et c’est possible !

Quelques gazettes ont informé ces derniers jours, que le monde en « crise » comptait 210 milliardaires de plus, portant leur nombre à 1426, disposant d’une richesse total de 26 000 milliards d’euros. Pendant ce temps, le nombre de pauvres et d’affamés augmente. Voici qui donne une indication sur la cause de ce que l’on appelle la crise. Une infime minorité, la classe des capitalistes vit et s’engraisse en pillant le reste de la société et la nature.

Sortir de la crise, implique de s’attaquer avec courage à cette réalité « de classe » en répartissant les richesses produites, autrement,  dans le cadre d’un processus de transition écologique de l’appareil productif et consommées sous d’autres modes. Autant de questions au cœur des enjeux de l’époque, qui appellent des réponses nouvelles par rapport à celles du passé et à celles du présent dominées par l’idéologie du capital. Rien ne dit en effet que les difficultés grandissantes, les mécontentements, voir les colères se dirigeront  vers les solutions les plus progressistes. Pas plus l’attentisme que les actions minoritaires ne changeront les rapports de force défavorables aujourd’hui aux travailleurs, aux privés d’emploi et à leurs familles. Or, ensemble, syndiqués et non syndiqués, travailleurs socialistes, communistes et d’autres sensibilités de la gauche et de l’écologie, mais aussi les jeunes qui sont les premiers concernés, peuvent se retrouver dans la construction d’une unité populaire de type nouveau qui donne un autre sens à la marche de notre pays, de l’Europe et du monde. Nous ne ménagerons pas nos efforts afin d’y contribuer.

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Réforme de la PAC: l’ultralibéralisme ! Réponse

Lors des votes en séance plénière, hier le Parlement européen a adopté quatre rapports de réforme de la Politique Agricole Commune. Ils ne sont pas la réforme elle-même mais ils constituent le mandat des représentants du Parlement européen pour négocier avec le Conseil européen et la Commission sur cette réforme.

Cette 5ème refonte de la Politique Agricole Commune devait prendre la mesure de la  détresse du monde agricole et des inquiétudes des citoyens sur la qualité de leur alimentation. Mais plutôt que de s’attaquer à l’instabilité des prix agricoles, à la hausse des coûts de production, à la concentration du secteur et la désaffection de la profession, c’est encore une fois les logiques libérales qui l’ont emporté.

Il était pourtant important de sortir la PAC de ces logiques en prenant en compte les caractéristiques propres dues aux métiers agricoles et de la remettre au service des citoyens afin que l’agriculture européenne continue à fournir une alimentation de qualité, à des prix abordables, tout en respectant l’environnement.

C’est le sens des amendements que nous avions déposés avec mon groupe pour encadrer la production européenne notamment dans des secteurs fragiles comme le lait, limiter à 100 000 euros les fonds versés aux très grandes exploitations, maintenir une conditionnalité écologique forte dans la PAC, et lui assurer des moyens en adéquation avec l’importance de cette politique.

Or les 4 rapports législatifs qui ont été adoptés pour définir les contours de la future PAC ont rejeté ces propositions : le plafonnement des aides sera limité à 300 000 euros ne concernant que 0,12% des exploitations, les quotas de lait ne seront pas étendus au delà de 2015, et le verdissement de la PAC amoindrit.

Ces textes sont très en deçà des besoins d’une agriculture européenne créatrice d’emplois favorisant l’agriculture paysanne permettant un revenu décent aux petits et moyens agriculteurs, le développement durable des territoires ainsi que la valorisation de la biodiversité européenne.

Les gouvernements européens avec lesquels il nous faut désormais négocier sur ce mandat n’en demandait pas tant, eux qui ont décidé de baisser le budget agricole de 16% pour les 7 prochaines années.