Des primaires… au mouvement mondial des indignés 5

Que, deux dimanches consécutifs, près de trois millions de personnes se soient déplacées pour désigner le candidat du Parti socialiste, constitue en soi un événement politique marquant. Il témoigne d’une puissante aspiration démocratique, d’une volonté de participer à des choix, sur la base d’une exigence forte de changement. Nombre de celles et ceux qui auront voté lors de ces primaires ont souvent voulu désigner celui qui sera le plus apte à battre l’actuel locataire de Élysée.

C’est ce puissant rejet du sarkozysme -que nous partageons- qui s’est manifesté avec éclat. Mais pas seulement ! Quand des millions de téléspectateurs assistent à des débats télévisés au cours desquels on discute de leur vie réelle et de propositions  pour apporter des solutions à leurs difficultés, ils expriment leur  soif de comprendre, de rechercher des issues positives pour eux-mêmes, leurs proches, nos concitoyens et au delà, pour la France, l’Europe, le monde et le devenir de la planète. Ils font de la politique ! Pas celle qui se limiterait à échanger des qualificatifs, du « dur » au « mou » ou au « fort »,  qui font les délices de la droite et de l’extrême-droite. Non, celle d’une gauche qui se place résolument du côté du peuple pour transformer les réalités afin d’améliorer la vie de chacune et de chacun. D’une gauche qui doit comprendre qu’elle ne réussira pas si, face à la puissance de la finance, elle n’est pas capable de s’appuyer en permanence sur la force de  l’intervention des citoyennes et des citoyens eux-mêmes. De ce point de vue, la forte participation à la consultation des primaires ne vaut pas acceptation du présidentialisme bonapartiste. C’est tout le contraire ! Il y a plutôt une envie de subvertir le présidentialisme pour le placer sous contrôle citoyen avec l’aspiration à une puissante régénération de la démocratie de participation, d’intervention, de représentation et de la démocratie sociale, tant les salariés et les privés d’emploi en ont assez du talon de fer de la loi des financiers et des banquiers  qui broie leur vie pour alimenter en dividendes la minorité des possédants.

Une étape nouvelle de la campagne électorale commence désormais. La droite est empêtrée dans une multitude de contradictions internes et fait l’objet d’un puissant rejet. L’extrême-droite compte en profiter.

Le candidat socialiste va maintenant déployer sa campagne. Mais la campagne des primaires a déjà montré, au fur et à mesure de son déroulement, qu’il a dû infléchir un certain nombre de ses propos et propositions en fonction des attentes du peuple de gauche.

Voilà qui ouvre un extraordinaire champ de travail, de débats, d’actions pour le Front de Gauche, son candidat à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon et ses candidats aux élections législatives. Nombre de leurs idées sont majoritaires dans le pays. Reste à trouver leur traduction électorale au service de la victoire et de la réussite de toute la gauche et de l’écologie politique grâce à un rassemblement qui élargisse le plus possible sur sa gauche. L’engagement militant nécessaire doit être mis en perspective avec les puissantes mobilisations pour les retraites,  le refus du mépris envers les salariés,  les succès de la gauche socialiste, du Front de gauche et d’Europe écologie aux élections cantonales et régionales. Le  basculement historique du Sénat participe d’un mouvement plus large avec la mobilisation dite des « indignés » qui s’étend partout dans le monde, dans le prolongement d’autres basculements en Tunisie, en Égypte et des aspirations à la démocratie, à la justice qui se font entendre dans d’autres pays arabes. C’est dire le niveau des aspirations populaires et du même coup des ruptures à opérer pour un changement véritable, durable, progressiste, transformateur qui améliore la vie de chaque être humain et son environnement.

Il ne s’agit pas d’un rêve insensé puisque, simultanément  avec la mobilisation autour de la primaire, naissait un  mouvement mondial d’actions et de manifestations dans plus de neuf cent villes, sur les cinq continents, contre les responsables de la crise capitaliste qui chaque jour fait des millions de victimes.

Ce mouvement protéiforme rejette la marchandisation généralisée, au service de quelques oligarques et appelle un monde de partage, d’égalité avec la priorité à la formation, à la connaissance, à la culture, à la démocratie, au travail pour toutes et tous, une autre utilisation des ressources au service de toutes et tous, leur reproduction et leur préservation, un revenu minimum pour que chacune et chacun puisse vivre et la défense des biens publics par la promotion des services publics. Autant de demandes familières aux lecteurs  de l’Humanité Dimanche. Autant d’aspirations que portent les composantes et les personnalités du Front de gauche.

C’est à ce niveau qu’il faudra se hisser pour réinventer un projet civilisationnel dont les débats des primaires sont loin d’avoir fait le tour. N’est-ce pas l’ambition qu’un candidat de la gauche transformatrice devra porter avec audace pour redonner confiance à des centaines de milliers de citoyens dont l’espérance s’est trop souvent fracassée sur les échecs du passé ? Ambition concrète et réaliste. N’a-t-on pas vu,  en mars dernier, dans une réunion au Brésil, les banquiers centraux des pays émergents élaborer  une stratégie de sortie de crise, en demandant une autre orientation du Fonds monétaire international et la création d’une quasi monnaie commune mondiale contre la spéculation dévastatrice ?

Ils ont avancé les bases, qui ne sont rien de moins que la refondation de l’ordre économique mondial. Les dirigeants européens et le Président de la République, comme les préparatifs du G 20, sont bien loin de ces orientations puisque leur seul souci est d’avancer encore de l’argent aux banques à l’occasion du prochain sommet européen cette fin de semaine. Ne voit-on pas aussi que les traités de Maastricht et de Lisbonne, hier inamendables, selon leurs déclarations et certitudes, doivent être changés sur le champ, mais … évidemment pour spolier encore plus les peuples !

L’affrontement entre les puissances financières internationales et les peuples s’aiguise sérieusement. Des forces nouvelles vont s’agglomérer pour une autre voie que le capitalisme.

Cela confère une énorme responsabilité à toute la gauche et à l’écologie politique qui doivent rechercher sans cesse, dans l’unité, sans faillir, sans se compromettre, des voies nouvelles pour l’émancipation humaine. Tel est l’enjeu. Tel est le niveau des questions posées. Pour trouver les réponses inédites, le Front de gauche peut apporter une contribution de valeur s’il se déploie maintenant hardiment au cœur de toute la gauche, au cœur même du peuple, avec son candidat Jean-Luc Mélenchon. Le chantier du changement est en construction. A nous d’en être !

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Se mêler de la réforme de la PAC 3

Le Commissaire européen à l’agriculture a présenté la semaine dernière les propositions législatives pour la réforme de la Politique agricole commune. Ainsi nous entrons dans une nouvelle phase de discussions qui va durer de nombreux mois, jusqu’à l’année 2013 au moins, pour élaborer  une politique européenne qui s’appliquera pour les années 2014 à 2020.

Cette fois, la réforme fera l’objet d’une procédure de codécision entre la Commission européenne, le Conseil européen (composé des ministres de l’agriculture de tous les pays) et le Parlement européen. Cela peut donner un levier supplémentaire aux organisations syndicales, associations, aux élus locaux et nationaux pour interpeller les députés européens, le Conseil et la Commission.

Les documents rendus publics pèsent à peu près un kilo et rentrent dans une multiplicité de détails techniques sur lesquels il faudra être très attentif. Venons-en aux orientations générales. Certes, le Commissaire européen est moins brutal que son prédécesseur, énumère convenablement les défis à venir pour la planète, des enjeux alimentaires à ceux de l’environnement. Mais, à aucun moment, les choix européens ne se donnent les moyens de faire respecter un droit humain universel et fondamental : le droit à l’alimentation. Certes, des inflexions sont apportées dans les mots. Comme ceux concernant des aides directes plus ciblées vers les zones défavorisées, l’aide à la diversification des cultures, au pâturage permanent, un certain plafonnement des aides ou ce qui est appelé « l’agriculture de la connaissance », avec l’augmentation des moyens financiers pour la recherche et l’innovation. Encore qu’il ne soit jamais dit s’il s’agit d’aider plus la recherche publique ou privée. De même est avancé le projet de simplification de la PAC pour éliminer une part de la bureaucratie que subissent les agriculteurs.

Fondamentalement, les propositions législatives présentées ne constituent pas une réorientation des choix précédents. Au contraire, elles s’inscrivent dans le prolongement de la très négative réforme de 2003 qui s’était préparée dans le cadre du cycle de discussions de l’Organisation mondiale du commerce pour une « libéralisation plus grande des échanges internationaux ». Ce cycle n’est d’ailleurs pas terminé. Et les forces de l’argent et de l’agro-business poussent pour accélérer ses conclusions négatives. Lors de la précédente réforme, l’Union européenne avait  anticipé des décisions de l’OMC en abaissant les prix à la production, tout en abandonnant tous les outils de gestion des marchés et en couplant les aides à la surface. Cette fois, les projets de modification de la PAC ont lieu en même temps qu’un débat sur la pérennité des volumes du budget européen. Il n’y a donc pour l’instant aucune certitude, aucune assurance donnée sur les moyens du budget européen, en cette période d’austérité pour les peuples.

Ainsi, l’une des questions principales reste celle du « libre échangisme intégral » et « du marché ouvert, où la concurrence est libre », qui écrase ici et ailleurs les petits et moyens agriculteurs, détruit les fermes et l’emploi, promeut une agriculture intensive de type industriel. Rien ne sert donc de faire semblant de soutenir une agriculture dite « plus verte » tant qu’on importera du soja et du manioc, produits à la place de grandes forêts tropicales pour développer en Europe des usines à lait et à viande, contre nos producteurs de lait et de fromage et l’élevage du Massif Central, sans parler des pollutions générées par le transport de ces produits par avion ou bateau.

Tant que les choix politiques agricoles seront insérés dans cet ultralibéralisme, on ne peut espérer de changements tangibles pour les paysans-travailleurs et nos campagnes.

Ainsi, la Commission ne propose pas de s’attaquer à la question principale de la rémunération du travail par des prix. Elle envisage simplement un « filet de sécurité au revenu » et une « clause de perturbation des marchés ». Cela pourrait être mieux que rien. Mais cela ne changera rien. Face à cette volatilité extrême des prix à la production, due à la spéculation, il n’est proposé ni  système de régulation, à partir de la production, ni instrument de stabilisation des marchés. Or la Commission propose d’accepter cette volatilité en demandant aux agriculteurs de souscrire une assurance. Ces mêmes assurances qui  sont en partie responsables de la spéculation sur les produits agricoles. Ce serait donc aux agriculteurs d’alimenter ces rapaces de la finance et de payer avec les contribuables les dégâts causés par l’ultralibéralisme.

Les quotas sucriers comme les quotas laitiers sont définitivement abandonnés et les droits de plantation des vignes supprimés. Ainsi, aucun mécanisme de maîtrise ou d’orientation des productions n’est envisagé pour obtenir des prix rémunérateurs et stables. Quant aux aides directes, elles continuent d’avoir un défaut majeur : celui d’un paiement à la surface et non une aide soutenant le travail, c’est-à-dire un paiement par actif travaillant sur les exploitations. De même, aucune indication nette et efficace n’est mise en débat pour une meilleure répartition de la valeur ajoutée dans la chaîne de production et de valorisation alimentaire. Pourtant l’une des causes principales de la baisse des revenus paysans est bien le pillage du travail par les secteurs économiques d’amont et d’aval de la production agricole.

Le projet de plafonnement des aides est positif. Mais le montant doit être abaissé pour soutenir réellement les petits et moyens exploitants. L’aide aux rotations obligatoires pour la diversification des cultures et l’aide aux prairies permanentes est intéressante. Par contre aucune proposition nouvelle n’est avancée pour lancer en Europe un grand plan protéines, pourtant indispensable pour notre souveraineté alimentaire, la valorisation des territoires et l’environnement et les équilibres économiques.

On le voit, toutes celles et ceux qui agissent pour la souveraineté alimentaire, une rémunération convenable du travail paysan, la défense de l’emploi agricole, agro-alimentaire et rural, la valorisation de tous les territoires, doivent s’emparer de ce débat, s’engager pour influencer la nature des propositions pour une réforme progressiste de la PAC, favorable au travail et à la vie rurale.

Des idées nouvelles émergent en ce moment, dont certaines que nous défendons ici depuis des décennies pour peser sur le cours des choses. Mettons-les plus largement en débat. C’est du droit fondamental à l’alimentation pour toutes et tous, c’est de la sécurité alimentaire dont il s’agit.

 

A voir également : l’émission Europe Hebdo (LCP/Public Sénat) du 21 octobre “La nouvelle PAC avec l’exemple polonais” (cliquez ici)

Quelle réforme de la PAC ? 1

La Commission européenne doit présenter cette semaine son projet de « réforme de la Politique agricole commune ». Notre journal a été le seul à avoir publié intégralement sa première communication et à avoir organisé depuis des mois un débat à ce sujet.

Dans cette édition, nous présentons, pour les soumettre au débat, des idées de changement de la Politique agricole européenne pour la rendre plus juste, plus efficace pour la rémunération du travail, pour la valorisation des territoires, l’emploi et pour une agriculture productive de qualité, respectueuse des équilibres écologiques.

Comparée à la première communication, il semble qu’il n’y aura pas beaucoup de changement. Elle revient sur une meilleure répartition des aides publiques et leur plafonnement, sur leur utilisation en faveur d’un « verdissement », sous-entendu une incitation à la diversification et rotation des cultures, la valorisation de pâturages permanents et à la mise en place de ce qui est baptisé : « réserves écologiques », comme des jachères ou des bandes enherbées.

L’agriculture biologique bénéficierait automatiquement de ces aides. Les agriculteurs situés dans des zones difficiles seraient eux aussi aidés. On ne sait pas encore dans quelle proportion. On reviendrait à un mécanisme d’intervention publique et une clause dite de « perturbation  des marchés » pourrait être déclenchée dans le cas de crise grave de certains secteurs. Le système des paiements directs serait lui aussi modifié.

Ainsi, les tentatives de rectification ébauchées devront être analysées avec précision pour examiner si elles améliorent le sort des petits et moyens paysans et si elles permettent la revitalisation de l’agriculture et des territoires ruraux.

Il est certain que la réorientation des aides publiques est indispensable.

Ce sont le quart des exploitations les plus grandes qui touchent l’essentiel des aides. Les plafonner et les répartir autrement est donc indispensable.

Il reste qu’une nouvelle Politique agricole commune devrait enfin poser la question de l’objectif d’un revenu minimum par exploitation et surtout par unité de main d’œuvre à atteindre sur tout le territoire de l’Union européenne.

Cela revient à poser l’enjeu de la rémunération du travail par des prix convenables et garantis. De même, l’organisation de la concurrence internationale entre agriculteurs, inscrite dans les traités européens, vise à pressurer les prix à la production au seul service des profits de l’agro-business.

Une réorientation des politiques appelle donc de revenir à un mécanisme renouvelé de la préférence communautaire, combattant le libre échangisme intégral et la mise en concurrence internationale et favorisant la coopération.

Le débat et l’action doivent donc se poursuivre et s’élargir. Ils concernent tous nos concitoyens. Notre journal La Terre va continuer à animer ce débat fondamental pour toute la société. L’agriculture a une mission d’intérêt général.

Solidarité avec le peuple grec 5

Le peuple grec est victime d’un inadmissible chantage de la part d’un diabolique trio : le FMI, la Commission de Bruxelles et la Banque centrale européenne. Ces bras armés des rapaces de la finance ne veulent « venir en aide » à ce pays qu’à la condition qu’ils puissent le dépouiller de tout, lui enlever ses emplois, ses services publics, vendre jusqu’à ses plages et son patrimoine historique en lui demandant de se serrer la ceinture à triple tour. Ces bras armés du capitalisme assassinent la démocratie et veulent réduire les peuples à l’état d’esclavage. Ne laissons pas faire ! Un an après avoir expliqué qu’elle n’était pas responsable de la crise, que l’austérité était un mal nécessaire, la haute finance internationale veut ajouter de la super-austérité à l’austérité et vendre à l’encan tout le patrimoine de la Grèce. Ne laissons pas faire ! Au nom de quel principe l’Union européenne doit-elle protéger d’abord les banques en sacrifiant les êtres humains ? Aucun. Par contre, ce qui arrive est le résultat direct des traités qui la régissent, Maastricht et Lisbonne. Il faut donc les changer et établir d’autres règles communes pour les populations et non pour l’argent-roi.  Au nom de quelle logique démocratique la délibération publique dans cette Union européenne est confisquée par des institutions non élues, sourde, inhumaines, antisociales, qui  décident en dehors des peuples et contre eux ? Parce que ce qui se passe en Grèce nous concerne tous, nous devons d’urgence manifester sous de multiples formes notre solidarité avec les travailleurs, la jeunesse, les retraités et assurés sociaux de la Grèce et aussi avec celles et ceux du Portugal, du Royaume-Uni, de l’Irlande et de l’Espagne. Pas une solidarité de principe, pas une solidarité de mots. Une solidarité de classe ! Car pour protéger la classe de la haute finance, les institutions européennes ont déclaré une guerre économique, sociale, politique aux peuples pour préserver les intérêts de l’oligarchie financière et bancaire. Oui. La lutte des classes  n’est pas une invention de révolutionnaires nostalgiques, elle existe, indépendamment de l’idée que l’on s’en fait, s’aiguise et revêt de nouveaux contours.

Ainsi naissent de nouvelles potentialités de rassemblements populaires, larges, incluant de nouvelles fractions de la société. Toutes celles et ceux qui ont cru au rêve d’une Europe protectrice, forte, pour changer la mondialisation, mettant en commun ses moyens et ses atouts pour créer un vaste espace où il ferait bon vivre, où la liberté de voyager et les échanges culturels nous enrichiraient mutuellement, sont plus que déçus par tous les dirigeants politiques qui ne leur vendent que des chimères et les asphyxient. Pire ! En pleine tourmente dramatique, la sainte alliance de la chancelière allemande, du sarkozysme et du capital, refuse de restructurer les dettes. Or, d’autres pays comme le Mexique, l’Argentine, la Russie, ont bien hier restructuré leur dette et ne s’en portent pas plus mal aujourd’hui. Exigeons un audit public, avec participation des organisations syndicales et citoyennes, sur les dettes des Etats. Et au nom de l’efficacité et de la raison, exigeons des moratoires, des annulations, des restructurations de dette avec une implication active de la Banque centrale européenne.

Menons bataille pour que cette même Banque centrale européenne achète tout ou partie des dettes et lance un programme de relance par création monétaire, combinée à une orientation stricte fixée aux banques de produire un nouveau crédit pour de l’investissement social de développement humain, tel que l’éducation, la santé et écologique avec de nouveaux grands projets créateurs d’emplois utiles. On voit bien qu’il est devenu nécessaire de nationaliser une bonne partie du système bancaire pour réorienter les choix économiques et industriels.

Défendre le peuple grec, c’est nous défendre nous-mêmes au moment où la Commission de Bruxelles réclame de la France –dans un document dont la presse parle peu- d’aller plus loin dans la déstructuration de nos systèmes de retraite, de faire de l’emploi flexible la norme, d’abaisser encore les salaires et d’augmenter la TVA. Ce texte appelle : « à rééquilibrer le système de taxations en transférant la taxation sur le travail vers la consommation et l’environnement ». Il se situe dans la droite ligne du « Pacte pour l’euro plus », dont les éléments sont soumis au vote du Parlement européen, en catimini, au milieu de cette semaine, par l’intermédiaire de cinq règlements et d’une directive. Le choix de « règlements » soumis au Parlement européen vise à faire appliquer des lois aux Etats, sans que ceux-ci ne puissent en débattre et voter sur leur contenu dans les Parlements nationaux. (1)

Cette même semaine, le même Parlement européen aura aussi à se prononcer sur le nom du nouveau Président de la BCE. Pour être sûr qu’il servira bien les « rapaces de la finance », est proposé le nom de M.  Mario Draghi qui a cette particularité d’avoir été le responsable de la… Banque internationale Goldman and Sachs. Celle-là même qui met les pays, dont la Grèce, à genoux. Décidément, nous sommes tous des jeunes grecs, irlandais, portugais, espagnols, roumains, anglais, allemands.

Décidément, l’heure est au combat. On ne peut accepter ou laisser faire ce rouleau compresseur contre les peuples et leurs droits humains que constitue le pacte pour l’euro. L’heure est à construire un grand front citoyen progressiste européen contre les forces de l’argent qui détruisent la démocratie et les droits humains. Dans le débat, ce front devrait se fixer l’objectif de débat et de construction d’une autre Europe : l’Europe des travailleurs et des peuples. Réclamons un référendum européen pour la démocratie et le progrès social. Que les démocrates de tous les pays européens s’unissent, se lèvent et reprennent leur destin en main.

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(1) Je développe ces éléments dans « Le pacte des rapaces », éditions de l’Humanité (6 euros)

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C’est le G20 des riches ou … le cri de la multitude des… j’ai faim ? 2

Cette semaine se tient à Paris une réunion des ministres de l’agriculture des pays dits du « G20 ». Dans le contexte actuel, cette réunion ne devrait pas être banalisée. Elle devrait au contraire prendre la mesure de la profondeur des graves difficultés qui se profilent pour l’avenir. En conséquence, des initiatives politiques nouvelles de grande ampleur, à l’échelle de la planète devraient être prises à partir d’une question fondamentale : entrons-nous dans le siècle de la faim ? Certains diront peut-être que j’exagère. Malheureusement, la question doit non seulement être posée, mais des réponses doivent être trouvées rapidement.

La FAO, organisation importante des Nations-Unies chargée de l’agriculture et de l’alimentation, et la Banque mondiale évaluent à près d’un milliard le nombre d’individus en situation de sous-alimentation et de famine. Selon les prévisions des Nations-Unies, la population mondiale atteindra dix milliards d’habitants d’ici la fin du siècle, soit trois milliards de plus qu’aujourd’hui. Ceci signifie que la production alimentaire mondiale devra sans doute doubler une nouvelle fois. Ceci dans un contexte où le complexe agricole et agroalimentaire mondial qui a vocation à nourrir l’humanité peut-être caractérisé comme étant en danger.

Rapport FAO 2010 "L'état de l'insécurité alimentaire dans le monde"

L’offre ne répond pas à la demande qui explose sous un double effet : celui de la démographie montante et celui d’une amélioration du pouvoir d’achat dans des pays qui sortent peu à peu de la pauvreté et qui de ce fait accèdent, heureusement, à des aliments dont ils étaient privés hier.

Ce facteur, combiné à l’utilisation, imbécile dans un tel contexte, du blé ou du maïs pour produire de l’éthanol et à la spéculation sur les matières premières agricoles, fait flamber les cours des denrées de base. Ceci a encore aggravé la famine. Cette donnée a d’ailleurs accéléré les « révolutions arabes ». Au cours des années 2007-2008, des émeutes de la faim ont éclaté dans plus de trente pays. A ceci s’ajoute la croissance urbaine qui avale peu à peu des terres agricoles et maintenant une nouvelle spéculation sur les terres par des entreprises privées ou des pays, particulièrement en Afrique, mais aussi en Europe de l’Est, font de la terre et de la production alimentaire des marchandises de rapport ou de spéculation, à l’opposé total du concept de biens communs et de droit fondamental à l’alimentation pour chacune et chacun.

Mais de nombreux scientifiques appellent désormais à prendre en compte un facteur jusque là trop négligé. Celui de la modification climatique qui contribuerait à déstabiliser les systèmes alimentaires et à mettre en cause encore plus la sécurité alimentaire mondiale.

Il est établi que nombre de mauvaises récoltes des dix dernières années résultent des catastrophes météorologiques, des inondations aux Etats-Unis, de la sécheresse en Australie, des canicules en Europe et en Russie. Il semble aussi établi que, contrairement à ce qui avait été projeté dans le passé, l’élévation du niveau des gaz carboniques n’agit pas comme un engrais pour les plantes et ne contrecarre donc pas les effets négatifs du changement climatique.

Ces éléments montrent l’impérieuse nécessité de systèmes de recherche coordonnés à l’échelle de la planète, à la fois sur les effets des modifications climatiques mais aussi sur l’approvisionnement en eau, son stockage et encore sur les plantes à cultiver, les moyens de le faire dans un nouveau contexte climatique.

Dans une telle situation d’extrême urgence, le G20 doit décider d’inverser des choix antérieurs qui ont consisté à réduire les moyens financiers pour la recherche et le développement. Au contraire, il conviendrait de créer un fonds mondial pour les scientifiques et instituts de recherche dont il faut favoriser la mise en réseau et la coopération. Celle-ci doit donc être publique et non accaparée par les grands groupes privés qui n’auront pour souci que leurs profits, au détriment du bien commun.

Cette réunion du G20 doit admettre cette donnée fondamentale selon laquelle l’accès à l’alimentation est un droit humain fondamental et que l’activité de produire ces biens alimentaires de manière soutenable en respectant la terre, les sols, l’eau, l’air, la biodiversité est une mission d’intérêt général. Elle induit le respect de la souveraineté alimentaire des peuples, le refus de la spéculation sur l’alimentation et la rémunération correcte du travail paysan selon les pays et grandes zones géographiques par des mécanismes publics de fixation et de soutien aux prix ; la préservation des terres agricoles ; une orientation générale visant à reconstituer les stocks contrôlés par les élus et les organisations agricoles de producteurs.

La politique générale en tout domaine devrait être celle de la coopération et non plus celle de la concurrence qu’exacerbent l’Organisation mondiale du commerce, le Fonds monétaire international et l’Union européenne. L’efficacité économique, sociale, de vie territoriale et écologique passe par le maintien et la création d’un maximum d’exploitations agricoles à taille humaine et familiale, combinée avec le développement d’un authentique système de coopération agricole pour valoriser au mieux et au plus efficace tous les facteurs de production, dans un période où la production agricole devra doubler d’ici la fin de ce siècle.

L’Union européenne devrait être active pour le relèvement de tels défis. Malheureusement, elle n’en prend pas le chemin. Cette semaine, le Parlement va se prononcer sur un rapport préparatoire de la réforme de la politique agricole commune. Bien qu’amendé par la Commission agriculture du Parlement européen, il est loin de prendre en compte des enjeux cruciaux. Le débat devrait prendre de l’ampleur dans nos sociétés. La conception capitaliste de « libre échange  intégral », inscrit dans les traités européens, n’est pas compatible avec la souveraineté alimentaire et l’action efficace contre la faim.

C’est une question d’intérêt général. Les politiques publiques devraient placer le défi agricole et alimentaire dans leurs priorités pour que ce siècle ne soit pas celui de la faim.

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