La démocratie frappe à la porte 8

C’est en s’appuyant sur la crise de la politique qui se développe depuis les années 1990 que le président de la république avait imposé une révision de la Constitution il y a deux ans, le 23 juillet 2008. Cette réforme avait été présentée comme le moyen de progresser vers plus de démocratie, de contrôle du parlement, de droits supplémentaires pour l’opposition et les citoyens. A l’époque, la moindre critique émise contre cette modification constitutionnelle nous valait d’être immédiatement cloués au pilori de la ringardise ou de la mauvaise foi. Deux ans après, chacun peut juger : le pouvoir d’État est encore moins irréprochable, le présidentialisme s’est renforcé, les citoyens sont encore plus tenus à l’écart des décisions qui les concernent, les élus locaux et la fonction publique sont méprisés et maltraités, l’insécurité et l’insécurité sociale ont grandi. Prenons quelques exemples de la mise en œuvre de ces changements institutionnels pour mesurer à quel point ils n’ont été que des leurres.

Le président de la république s’est donné la possibilité de venir s’exprimer devant le congrès du parlement. Il y est venu le 29 juin 2009. Cela a coûté très cher et plus personne ne s’en souvient. Surtout, le monarque est venu devant les parlementaires débiter le même discours sans que ceux-ci n’aient pu débattre avec lui.

Le droit théorique donné à l’opposition de mettre en place une commission parlementaire d’enquête a déjà été bloqué par la majorité de droite. La droite ayant refusé une enquête parlementaire sur les batteries de sondages financés par l’Elysée. Cette même droite refuse de créer une telle commission d’enquête sur ce qui est devenu « l’affaire Woerth-Bettencourt ».

S’il était parlementaire avant de devenir membre du gouvernement, un ministre peut désormais retrouver son poste de député s’il le quitte. Très bien ! Voilà que des ministres et des secrétaires d’État jugés indignes il y a quelques semaines d’exercer des fonctions gouvernementales parce que soupçonnés d’avoir utilisé de l’argent public pour eux-mêmes peuvent quand même redevenir en toute quiétude représentants du peuple français !!

Il y a deux ans, nos détracteurs secouaient devant nous à tout bout de champ des sortes de trophées qui devaient révolutionner la démocratie : le référendum d’initiative populaire et la possibilité pour tout citoyen le souhaitant de saisir le Conseil Constitutionnel. Où en est-on ? Le référendum d’initiative populaire nécessiterait le vote d’une loi organique dont plus personne ne parle. Pourtant il y aurait matière à consulter le peuple sur des décisions qui peuvent modifier leur vie quotidienne. Par exemple, une consultation sur la nature d’une réforme progressiste des retraites serait un bon sujet. Mais le monarque sarkozyste ne souhaite pas de débat contradictoire et encore moins une consultation sur ce sujet. Quant à la saisine du Conseil Constitutionnel par une personne jugeant qu’une loi ou article de loi est opposé aux droits et libertés garantis par la constitution, au mieux elle n’apporte rien, au pire elle est un si bel imbroglio que personne n’y songe.

Et où est passée la notion de droit opposable au logement ? La Constitution ne reconnaît-elle pas le droit au travail pour toutes et tous ? Par contre, la création d’un dénommé « défenseur des droits » se met en place peu à peu par la suppression du défenseur des enfants, de la commission nationale de déontologie et de sécurité, du contrôleur des lieux de privation de liberté et sans doute demain du médiateur de la république et de la Halde.

Quant au prétendu droit de regard des parlementaires sur les nominations à des emplois publics, on voit combien il sert à cacher le pouvoir autoritaire et discrétionnaire du président de la république. En fixant le seuil à trois cinquièmes des membres des commissions compétentes de chaque assemblée, on exclut forcément l’opposition, et à vrai dire même le parlement est privé de choix puisqu’il est conduit à appliquer les faits et gestes du prince.

Ajoutons qu’on n’avait jamais vu un président de la république tant humilier l’Administration centrale et la haute fonction publique, jusqu’aux préfets désormais limogés sur un claquement de doigts pour être remplacés par des super-flics au dessus des directions départementales de la police, soit disant pour mettre de l’ordre dans les quartiers populaires, tout en y fermant les services publics et en y laissant flamber le chômage.

La réforme territoriale tend à affaiblir considérablement les moyens et les pouvoirs des élus locaux.

Une révolution constitutionnelle est bien nécessaire. Elle nécessiterait l’élection des parlementaires au système proportionnel, un parlement ayant un véritable pouvoir de contrôle sur le gouvernement qui lui-même conduirait la politique du pays. Elle passerait par la mise en place de lieux de grands débats publics et citoyens avec toutes les informations nécessaires sur les grands enjeux auxquels sont confrontés nos concitoyens ; de la santé et la protection sociale à la nature de la construction européenne ; de l’environnement aux choix de gestion publique. Avec de nouveaux pouvoirs, les salariés devraient pouvoir intervenir dans la gestion des entreprises et des banques. Une vraie indépendance de la justice, avec le respect du rôle du juge d’instruction, et des magistrats qui ne soient pas aux ordres du ministère de la justice et des conseillers de l’Elysée.

Les citoyennes et les citoyens doivent se réapproprier la république pour la réinventer, de telle sorte qu’elle soit véritablement sociale, laïque, démocratique, soucieuse de l’environnement et des enjeux planétaires.

Un nouvel âge de la démocratie frappe à la porte.

Ma lettre d’information 2

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Ils sont sourds ! Répondre

La semaine dernière, après un remaniement technique du gouvernement, le Président de la République a fait une déclaration dans laquelle il tire « ses » leçons des élections régionales. Le premier ministre lui a emboîté le pas avec le même argumentaire dans un journal, dimanche dernier. Compte-tenu du désaveu cinglant que leur ont infligé les électrices et les électeurs, on aurait pu penser qu’ils procèderaient à un petit début d’autocritique et décideraient de modifier un peu le cap. Pas du tout ! « Rien ne serait pire que de changer de cap », a déclaré M. Sarkozy, ajoutant : « Nous devons faire preuve de constance, nous devons continuer les réformes ». Bref, il a décidé de mépriser le cri du peuple dans les urnes et ceux qui ont décidé de se taire par l’abstention en signe de protestation. Et parmi les premières mesures ils ont décidé d’augmenter scandaleusement le prix du gaz.

S’il agit ainsi c’est qu’il veut continuer d’ être le mandataire de la caste des privilégiés de la fortune en continuant d’écraser le peuple. Après le refus d’entendre le non majoritaire au référendum sur le projet de Constitution européenne, le refus d’entendre la protestation contre la privatisation de la Poste et la fermeture des services publics, après le refus d’entendre les puissants mouvements sociaux et citoyens, les mouvements des agriculteurs comme ceux qui s’expriment dans les quartiers populaires, voilà un nouveau refus d’écouter et d’entendre l’expression populaire. Ceci ne fera qu’aggraver la crise de la démocratie, la défiance des citoyens vis-à-vis des responsables politiques qui peuvent avoir de douloureuses conséquences à l’avenir. C’est souvent sur un tel terreau, dans lequel se mélangent une crise sociale sans précédent et le refus de respecter et d’entendre le peuple, que progressent les idées d’extrême droite.

Ajoutons que ce même Président de la République, qui accepte ou fait accepter les dérégulations de la politique agricole commune, n’hésite pas à menacer aujourd’hui de créer une « crise européenne » si on continue de démanteler la politique agricole commune. Mais il est l’un des artisans du démantèlement de la PAC. Qui a accepté le démantèlement de système de prix minimum, celui des quotas laitiers, sinon lui et son gouvernement ? Et la semaine dernière il a été le co-auteur d’un communiqué du Conseil européen, renforçant encore le pacte de stabilité, qui est un pacte d’austérité aggravée contre les peuples, au seul bénéfice des rois de la finance qui font de l’argent par la spéculation grâce au principe de la « liberté totale de circulation des capitaux ». Ne croyons pas qu’il s’agit d’un simple entêtement infantile. Non ! S’ils maintiennent le cap c’est parce que les forces de l’argent leur ont donné le mandat de défendre leurs privilèges. Telle est la question fondamentale. Tel est l’enjeu posé au peuple en son entier.

L’urgence est donc de se rassembler, de débattre pour exiger des élus de gauche qu’ils utilisent les régions et les départements de gauche comme de vrais boucliers sociaux. Les mouvements unis contre la fermeture des services publics, le relèvement des prix agricoles à la production, l’augmentation des petites retraites et le refus net du recul de l’âge de départ en retraite, avec une bonne pension, doivent se développer, s’amplifier. La gauche sociale et politique doit, ensemble, avec les populations, faire front pour défendre le peuple et faire front pour travailler à un projet crédible de changement, commençant par remettre en cause toutes les contre-réformes négatives sarkozystes.

 

Chercher le chemin pour changer 2

Une puissante émotion s’est emparée  des travailleurs, de la jeunesse, des retraités, du monde de la culture et de la création lors du décès de Jean Ferrat. Sous diverses formes, un formidable hommage populaire a été rendu au poète, au chanteur, fidèle à sa « France ». De nombreux jeunes auront découvert son talent, ses engagements, la qualité de son chant, ses révoltes et ses fidélités aux peuples, aux belles valeurs de la liberté, de la justice, de la paix.

A l’occasion de cette douloureuse disparition la recherche du « beau », d’un peu de tendresse, de solidarité aura parcouru le cœur de notre peuple mais aussi la recherche d’un « idéal qui nous pousse encore à nous battre aujourd’hui ».

Cela rejoint une part des leçons essentielles des élections régionales. Le second tour a confirmé le rejet de la droite sarkozyste. La recherche d’autre chose  que ce que le pouvoir et les puissants imposent aujourd’hui. La gauche rassemblée va continuer d’animer la gestion de la quasi totalité des régions. Ses élus doivent impérativement se mettre encore plus et mieux au service des familles populaires qui souffrent de plus en plus de la crise globale du capitalisme qui, non seulement, n’en finit pas mais peut encore s’aggraver. Des interpellations  sont aussi adressées à toutes les forces de la gauche et des écologistes.

 Celles et ceux qui souffrent le plus, les ouvriers, les salariés précaires, les chômeurs, tant de jeunes, celles et ceux qui vivent sous la menace du licenciement, celles et ceux dont la vie devient de plus en plus dure et incertaine, attendent des actes en leur faveur, des actions et un projet. C’est souvent la raison de leur abstention.

Ils ont trop souvent le sentiment d’être ignorés ou méprisés. Ils doutent désormais profondément de « la politique ». Ils appellent à un changement des pratiques et des conceptions de la politique elle-même.

Le niveau de l’abstention et l’inquiétante montée de l’extrême-droite, qui prend racine dans ces souffrances, ce mépris, poussent  le pays au bord d’une crise politique inédite, au sens où les fondements même de la démocratie peuvent être menacés.

En effet, si rien ne change, le boulevard pour les idées extrêmistes s’élargira encore avec d’insoupçonnables conséquences. Mais le plus fondamental est qu’il ne peut y avoir de possibilité de construire un monde meilleur sans la participation de la jeunesse et de toutes celles et ceux que le capitalisme étouffe, exploite, rejette, martyrise le plus.

Le mépris de la droite sarkozyste vis-à-vis du suffrage universel n’en est que plus grand. Le petit réagencement ministériel n’est qu’un pâle rideau de fumée. L’entêtement de cette droite sur ce qu’elle appelle ses « fondamentaux », termes choisis pour désigner le service au capital, contre le peuple, ne pourra qu’aggraver la vie d’une majorité de nos concitoyens. L’urgence est d’arrêter ce train fou des contre-réformes réactionnaires, du recul de l’âge de la retraite à la suppression des services publics et aux réductions d’emplois publics, du gel des salaires et des retraites, des licenciements sans fin, quand la spéculation s’accélère.

La responsabilité d’une gauche utile et combative est donc immense pour se porter, sans attendre aux côté des salariés, des chômeurs, des assurés sociaux pour les défendre. C’est aujourd’hui qu’il faut agir dans l’unité la plus large, à commencer pour mettre en échec du projet sur les retraites.

Croire, comme le font certains, que le moment est venu de se préparer à occuper les palais de la République pour remplacer les ministres actuels, serait une lourde erreur. L’enjeu est de discuter, de débattre, de proposer, d’élaborer, de défricher, avec nos concitoyens les chemins inédits pour construire une société post-capitaliste, dont l’objectif soit l’émancipation humaine. Tel est le niveau de la responsabilité qui incombe aujourd’hui aux forces politiques et sociales de la gauche et écologistes. Et au delà à tous les progressistes quelle que soit l’opinion qu’ils ont sur la politique et les partis politiques.

 Une majorité de notre peuple et sans doute des millions d’individus sur toute la planète cherchent le chemin inédit de cette émancipation, de cette nouvelle société à inventer tant ils prennent conscience de la nature même du système capitaliste et de son cortège de dégâts sociaux, humains, écologiques et démocratiques.

Comme à toute période de l’histoire, le génie humain peut découvrir dans le débat, dans la confrontation fraternelle une organisation sociale supérieure au vieux capitalisme en crise. Un tel objectif ne s’accommode évidemment ni de petites ambitions politiciennes, ni de promesses sans lendemain. Il ne s’accommode pas de cuisine politicienne où un parti se donnerait le droit de dominer les autres. Les forces, partie intégrante du Front de gauche, et beaucoup d’autres qui pourraient le rejoindre, ambitionnent de porter cette responsabilité. Elles proposent non pas un aménagement du système actuel mais sa subversion, son dépassement dans un processus « d’évolution révolutionnaire ». Elles doivent le faire la main tendue tant elles n’ont pas vocation à combattre d’autres secteurs de la gauche mais à aider à un rassemblement populaire large, unitaire, à vocation majoritaire, conscient du niveau des changements à opérer. Il faudra retenir de ces élections régionales que c’est l’expression de la diversité à gauche qui permet son succès. Nos concitoyens refusent le bipartisme. Ils souhaitent le pluralisme d’expression, gage de richesse et de liberté.

Le chantier de ce rassemblement majoritaire à construire pour changer est immense et enthousiasmant. Il appelle la participation de toutes et tous pour comme le chantait Jean Ferrat : « Vieux monde clos comme une orange, faites que quelque chose change »…

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Dimanche, le rassemblement 1

 

C’est clairement un rejet de la politique sarkozyste qu’ont signifié les électrices et les électeurs dimanche dernier, à l’occasion du premier tour des élections régionales.

Le message est d’autant plus net que le Président de la République n’avait cessé d’exhorter ses représentants dans les régions à faire « campagne sur son bilan », tout en multipliant les interventions ces deux dernières semaines, jusqu’à cet entretien au Figaro-Magazine, abondamment médiatisé jusqu’à la dernière minute. L’UMP avait pourtant aggloméré en son sein, dés le premier tour, les chasseurs, le parti de M. De Villiers, le nouveau centre et une mouvance socialisante.

Les électrices et les électeurs ont décidé de lui dire « non » et ont donné une majorité aux forces de gauche et écologistes. Il est intéressant de voir que les résultats de ces forces sont obtenus  sans transfert de voix de l’une sur l’autre. La gestion des régions par la gauche n’est pas contestée. Europe-écologie et le Front de gauche, qui constituent des nouveautés depuis moins d’un an, s’installent dans le spectre politique. Les résultats du Front de gauche ont déjà commencé à modifier les rapports de force. Nous n’en sommes plus aux débats de la fin de l’été sur de possibles alliances contre nature entre une partie de la gauche socialiste et une partie de la droite, celle du Modem. Le Front de gauche joue donc déjà un rôle utile et efficace d’ancrage de toute la  gauche à gauche.

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