Contre le déclassement, changer de système Répondre

Que les dirigeants des pays européens aient pu laisser trois agences de notations, liées aux milieux d’affaires, peser sur les orientations politiques et économiques, constitue une démission sans nom, une forfaiture. Voici que l’une de ces sévères “notatrices”, liée au capital nord-américain, sanctionne la politique de M. Sarkozy. Preuve que le Président de la République ne protège pas la France. Preuve aussi que ses discours sur ” la moralisation du capitalisme” ne sont que du vent.

Pourtant, c’est ce même M. Sarkozy qui avait répété ces dernières années que la notation dite “triple A” était si précieuse que pour la préserver il a, contre l’opinion majoritaire des citoyens français, démembré le droit à la retraite à 60 ans, abaissé les niveaux de protection sociale, attaqué violemment les services publics, obligé les familles populaires à se serrer toujours plus la ceinture.

Preuve vient d’être administrée que rentrer dans le jeu des marchés financiers et tenter de répondre sans cesse à leurs exigences revient à placer nos concitoyens dans une broyeuse sans fin de leur salaire, de leur retraite, de leurs droits sociaux, démocratiques et politiques. Une réflexion nouvelle vient immédiatement à l’esprit : il ne peut y avoir de réponse authentiquement de gauche si on se moule dans le modèle du capitalisme financiarisé et mondialisé. Plus le pouvoir de droite et les dirigeants européens imposent l’austérité, plus la finance en réclame et plus la crise s’aggrave. Quelle que soit la couleur politique des gouvernants qui l’appliquent, parce qu’ils font souffrir leurs populations, ces dernières les chassent à la première occasion comme dernièrement en Grèce et en Espagne. Mais en guise de changement, les Grecs et les Espagnols ont maintenant encore plus d’austérité, avec plus de chômage et de précarité, certes avec des têtes nouvelles au sommet des Etats. De cette vis sans fin vers le malheur et la désespérance, il est plus que temps de sortir. C’est pour y contribuer qu’existent le Front de gauche et son candidat Jean-Luc Mélenchon.

Eux seuls ont le courage et l’honnêteté de dire que l’austérité n’est pas le moyen de réduire les dettes. Elle en produit et les aggrave sans cesse. M. Sarkozy, ce  grand pourfendeur de déficits, aura réussi cet incroyable et pitoyable exploit de créer à lui seul autant de dettes que les quatre Présidents de la République qui l’ont précédé. Lorsqu’il s’est installé au Palais de l’Elysée en 2007, l’endettement du pays était de 700 milliards d’euros. Aujourd’hui il est de 1600 milliards. Non pas parce qu’il a amélioré les services publics ou la protection sociale. Il les a dégradés. Par contre, il a multiplié les cadeaux aux plus fortunés et au grand capital, tout en réduisant l’activité économique. Il voudrait nous faire croire qu’il n’est pour rien dans la dégradation de la note qu’il présentait encore il y a peu comme une catastrophe à éviter à tout prix, devenue de peu d’importance aujourd’hui qu’elle est là. N’en déplaise à cet illusionniste, la chose est grave. Très grave. Dans l’actuel système, elle oblige notre pays à emprunter à des taux d’intérêt plus élevés. Tout risque encore d’augmenter, avec des  souffrances sociales insupportables.

Le Premier ministre, comme d’habitude, appelle à un tour de vis supplémentaire au nom de la “compétitivité “. Avec d’un côté, une ponction sur le consommateur avec “la TVA-vie chère”. De l’autre, une diminution des salaires. Certains ministres proposent même de supprimer la cinquième semaine de congés payés. Or, dans toute l’Europe l’expérience montre que plus l’austérité est sévère, plus la crise s’aggrave et plus les difficultés s’accumulent, plus la dette grossit. Elle augmente parce que l’économie est étouffée et que les banques ponctionnent des intérêts sur cette dette devenue insupportable pour les Etats et la société toute entière.

S’attaquer à la dette appelle de tourner le dos à ces choix. C’est en effet le développement économique et social qui permettra des rentrées financières et de relancer la production et l’emploi. Il faut une réforme fiscale progressiste pour la justice et une transformation  du système bancaire qui doit cesser d’être un outil de pompage des ressources du travail, des Etats, des collectivités territoriales et des institutions publiques. Il s’agit de mettre ces outils au service du développement humain, social et écologique grâce à l’utilisation d’un crédit peu cher, dès lors qu’il sert le travail, la création, le progrès social et écologique. Pour y parvenir, -condition d’une indispensable souveraineté économique- il devient nécessaire que le système bancaire soit sous contrôle citoyen. Autrement dit, il est indispensable de socialiser les banques et les institutions financières, tout en menant bataille en Europe pour changer le rôle de la Banque centrale européenne de telle sorte qu’elle se mette au service du bien commun et non plus de la rapacité des fonds financiers des banques privées.

C’est l’opposé de ce que tentent d’imposer M. Sarkozy et Mme Merkel avec le projet d’un nouveau traité européen austéritaire. M. Sarkozy avait déclaré qu’il était le point de départ d’une « nouvelle Europe ». Il n’a pas dit pour qui ! Pour les voraces de la finance ? Certainement ! On voit mieux aujourd’hui la nocivité des orientations euro-capitalistes de ce texte, aggravant considérablement les critères antisociaux du traité de Lisbonne, déjà majoritairement rejeté en 2005 par le non au référendum. Le caractère dérisoire des sommets franco-allemands à répétition saute aux yeux. M. Sarkozy y aligne nos droits sociaux sur les choix extrêmement durs que subissent les travailleurs allemands, sans pour autant enrayer la crise, bien au contraire !

 Ce n’est pas en livrant la France, pieds et poings liés à la finance qu’on en sortira. C’est en engageant un processus populaire et démocratique qui s’en émancipe en misant sur “l’humain d’abord”.

De Tripoli, Tunis, à… Pantin 3

© Photothèque des Musées de la Ville de Paris - Ph. Ladet

A Pantin, au petit matin du 28 septembre dernier, le feu a brûlé la vie de sept jeunes gens de moins de trente ans réfugiés dans un bâtiment désaffecté. D’autres sont gravement blessés. Ils étaient Tunisiens, Libyens, Égyptiens. Passés par Lampedusa, bravant d’immenses obstacles, ils venaient de leur pays si longtemps privé de liberté, pillé, appauvri, sous la férule de dictateurs corrompus. Ils sont partis de chez eux pour aller « vers la ville lumière », croyant qu’ici les autorités nationales leur tendraient les mains au nom de leur prétendu soutien aux « révoltes arabes », au nom de la fraternité qu’ils peuvent lire en passant devant tous nos édifices publics. Ils n’ont trouvé que les contrôles policiers, l’errance de parc public en squat délabré, sans le minimum indispensable, sans l’eau pour se laver, les toilettes et de quoi manger. Du régime policier et la précarité de Tunis ou de Tripoli, ils sont passés à la précarité et à l’insécurité de Paris.

Ils venaient ici pensant trouver le moyen de rebondir dans leur vie, un meilleur avenir, avec quelquefois l’espoir d’accéder à une formation pour retourner au pays. Rien de tout cela n’est au rendez-vous. Sinon, ce mercredi 28 septembre, le feu qui a dévoré certains d’entre eux dans leur sommeil. Telle est la terrible réalité de « la solidarité à l’égard des peuples arabes en marche vers leur émancipation » affichée, la main sur le cœur, par nos gouvernants, sur toutes les chaînes de télévision ! Ils traitent leurs chiens avec plus d’égards ! Tel est ce monde, avec sa brutalité égoïste. Tels sont nos dirigeants, préoccupés à sauver les banques et un système financier qui mènent le monde à la faillite et les individus à la misère, quand des jeunes venus de Tunis, du Caire et d’ailleurs, brûlent dans le feu de leur indifférence. La Tunisie ou Égypte doivent accueillir depuis des semaines des « immigrés » Libyens sans moyens supplémentaires. Quelle solidarité organise l’Union européenne pour aider la Tunisie à faire face ? Aucune !

La solidarité consisterait à restituer l’argent volé par les dictateurs corrompus aux peuples qui les ont déchus grâce à la force de leur unité et de leur détermination. Elle consisterait à décider d’une sorte de « plan Marshall » pour aider ces pays à se redresser, à se relancer, à offrir un nouvel avenir à leur jeunesse. Pour cela, il conviendrait de mobiliser, dans une coopération mutuellement équilibrée et avantageuse, le secteur bancaire européen, la Banque centrale européenne. De promouvoir un crédit public à bas taux d’intérêt pour des investissements utiles socialement et écologiquement, pour des emplois stables, et le développement de la recherche, de l’éducation, de la culture sur les deux rives de la Méditerranée. Car il faut en finir avec le drame de la misère, à Tunis comme à Pantin.

La coopération internationale, l’impulsion d’un projet mondial de civilisation faisant prédominer les êtres humains et la nature s’impose de plus en plus comme une ambition universelle. Tout le contraire de la volonté de l’Union européenne et des États-Unis de transformer le monde arabe en une zone élargie de libre échange et de mise en concurrence des travailleurs manuels et intellectuels, pour en faire un terrain de la guerre inter-capitaliste afin d’exploiter la main d’œuvre, le climat, les plages, les ressources du sous-sol, les intelligences de ces pays. C’est le grand combat pour l’Humanité qui est engagé par les peuples. Il est vital !

Depuis des mois et des mois, une multitude de jeunes adolescents de quinze à dix-sept ans ; Indiens, Pakistanais, Maliens, Népalais… baptisés en nos contrées si civilisées du vocable « mineurs étrangers isolés » dorment sur des cartons dans les rues, dans les gares, au bord du périphérique, dans des conteneurs, dans quelques halls, ou, parfois, dans des églises ou mosquées. Eux aussi viennent ici, chassés par les implacables chenilles du bulldozer de la misère, après avoir pris tous les risques. Ils rêvaient d’atteindre l’Eldorado. Quelquefois ils trouvent ici la solidarité de citoyens et, fait remarquable, des personnels du tribunal pour enfants de Bobigny qui, sur leurs petits salaires, leur donnent de quoi manger un peu.

Mais le pouvoir égoïste et sa clique, qui ne connaissent rien de la misère et des contraintes de la survie, restent secs, sans cœur. Les moyens nationaux pour leur accueil se réduisent sans cesse et ce sont les collectivités locales, dans cinq ou six départements et notamment en Seine-Saint-Denis, qui sont mises à contribution. Il a fallu que le président du Conseil général se fâche pour qu’enfin un débat s’instaure. Il est de la responsabilité d’un État solidaire de créer les conditions d’un accueil digne de ces jeunes, d’impulser un grand plan de construction de logements sociaux, au lieu de livrer à la promotion immobilière privée des villes qui, comme Pantin, ont depuis longtemps consenti d’importants efforts en ce domaine.

Il faut cesser de diviser les citoyens et d’utiliser les jeunes immigrés pour de funestes opérations politiciennes, qui fleurent la nauséabonde odeur de la bête immonde qui rôde. Au-delà, l’immigration des jeunes mineurs et d’autres augmentera au fur et à mesure que croîtra la crise du capitalisme mondial et sa rapacité qui sème famine, misère, pauvreté, persécutions, guerre, et dérèglements climatiques. L’union des citoyens du monde contre ce système prédateur qui ne sert que quelques rapaces de la finance est à l’ordre du jour. En témoignent les émeutes de la famine, les mouvements arabes, les Indignés d’Europe, comme ces jeunes qui se baptisent « les occupants » de Wall-Street aux États-Unis.

De Tripoli au Caire, de Tunis, de Santiago du Chili, de Porto, d’Athènes, de Damas à… Pantin, c’est le même combat. La même unité populaire nécessaire pour substituer à la mondialisation pour la finance, une mondialisation de la justice, de l’égalité, de la liberté et de la démocratie. L’avenir est à penser ce nouveau monde… commun.

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Un budget national pour qui exactement ? 3

Le très patronal journal « Les Échos » faisait ce gros titre en première page, mercredi 28 septembre : « Valérie Pécresse : un budget pour convaincre les marchés ». Diantre ! On croyait jusque là que les pouvoirs faisaient au moins semblant de gérer le pays peu ou prou pour l’intérêt général ! Mais quel élan de sincérité pour le journal au service de ces mêmes marchés financiers !

Et de fait, dans un entretien accordé à ce quotidien, la ministre du budget se vante du budget d’austérité gouvernemental. Austérité pour les citoyens. Pas pour les riches. Sous couvert de réduction de la dette, c’est bien la guerre déclarée aux investissements sociaux. Qu’on se le dise ! « Ajouté aux efforts de maîtrise sur les dépenses de retraite et d’assurance-maladie, cela conduit à une baisse de la part des dépenses publiques dans le PIB de 56,6% en 2010 […] puis à 55,8% en 2012 » précise Madame la ministre. Puis, affûtant son argumentaire, elle dit ceci : « Le plan du 24 août complète notre stratégie menée avec opiniâtreté depuis 2007 d’économies sur les dépenses : suppression de 150 000 postes de fonctionnaires en cinq ans, 11 milliards d’économies en matière d’assurance-maladie depuis 2008, réduction d’un tiers du déficit des hôpitaux, gel des dotations de l’Etat aux collectivités territoriales, baisse de 10% des dépenses d’intervention et de fonctionnement des ministères sur trois ans ». Voilà qui est d’une limpide clarté. Sous couvert de la lutte contre la dette et les déficits, c’est aux dépenses publiques et sociales que s’attaque le pouvoir sarkozyste depuis bientôt cinq ans. Voilà pourquoi on ferme notre école, notre maternité, notre tribunal, notre gendarmerie.

Se vanter d’avoir supprimé 150 000 postes d’agents publics en cinq ans revient exactement à dire que, dans la République de Sarkoland, on doit accepter d’être moins bien soigné, moins bien transporté, être moins en sécurité et surtout être moins bien éduqué. Car contrairement aux serreurs de vis des porte-monnaie des petites gens, il faudrait considérer l’école non pas comme un coût à supporter, mais comme un investissement pour l’avenir.  Des responsables d’Etat qui se vantent de réduire les crédits pour l’école, et de supprimer des classes et des postes d’enseignants sont des sabreurs d’avenir pour le pays. Et le pouvoir veut aller encore plus loin puisqu’il veut réduire, sans doute après les élections législatives et présidentielles si par malheur il était réélu, les crédits pour la sécurité sociale et les collectivités locales. Et le premier ministre a récemment déclaré qu’il envisageait de porter l’âge de la retraite à 67 ans.

Il y  a dans ce budget une disposition déjà votée qui est parfaitement scandaleuse et contre laquelle il faut se lever avec encore plus d’énergie : il s’agit de la taxe sur les complémentaires santé, qui va passer de 3,5 à 7%. Il s’agit d’un nouvel impôt santé après bien d’autres, comme le forfait hospitalier, la CSG, le déremboursement de plus en plus de médicaments indispensables. Alors que le taux de remboursement des soins par la sécurité sociale a été considérablement réduit, le pouvoir va pénaliser celles et ceux qui pouvaient mieux se couvrir grâce aux mutuelles. C’est une ponction de plus d’un milliard sur les assurés sociaux et les mutualistes qui est engagée, alors qu’un cadeau fiscal de deux milliards d’euros vient d’être fait aux plus fortunés avec la diminution de l’impôt sur les grandes fortunes.

Voilà qui illustre le caractère de classe et de caste de ce pouvoir ultra-droitier. Les grands électeurs ruraux, par delà leur opinion, l’ont rejeté à l’occasion des élections sénatoriales. Il faudra que le peuple dans sa majorité le fasse lors des prochaines élections législatives et présidentielles dans quelques mois. Sans attendre, la mobilisation doit se développer, notamment pour faire annuler cette taxe sur les mutuelles.

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Pacte pour l’Euro, un pacte diabolique 10

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Le vendredi 11 Mars, le Conseil européen a adopté ce qu’il appelle « un pacte pour l’Euro ». Les mots ont un sens. Il n’a pas décidé d’un pacte social et écologique. Son intitulé exact est : « un pacte pour l’Euro », « coordination renforcée des politiques économiques pour la compétitivité et la convergence ». Cette réunion du Conseil européen marque un nouveau tournant très grave, très inquiétant de l’Union européenne. Il s’agit d’un pas de plus vers une Europe fédérale, à direction autoritaire et encore plus ultralibérale. Ce pacte va au-delà du traité de Lisbonne. Décision est prise d’imposer des politiques économiques et sociales très dures aux pays, aux salariés, aux citoyens.

La déclaration finale marque nettement que les programmes d’austérité appliqués aux peuples européens et les remèdes de cheval imposés à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal maintenant se font « sous les auspices du FMI et de l’UE ». Ces derniers ne sont rien d’autre que des plans d’ajustement structurels tels que ceux appliqués aux pays en voie de développement : « L’assistance financière sera subordonnée à une stricte conditionnalité dans le cadre d’un programme d’ajustement macroéconomique », proclame le texte.

Ainsi la Grèce – lisez bien – est invitée à : « mener à bien entièrement et rapidement le programme de privatisations et de valorisation des patrimoines fonciers de 50 milliards d’euros ». La méthode est donc bien celle du Fonds Monétaire International.

L’autoritarisme au service des marchés financiers

En permanence est rappelée dans le texte la nécessité pour chaque État, et chaque année, voire tous les six mois, de rendre compte à l’autorité supranationale, c’est-à-dire à la Commission et au Conseil européen.

Ainsi, le texte fourmille d’injonctions pour chaque État : faire part de ses « engagements nationaux concrets », « la mise en œuvre des engagements et les progrès accomplis… feront l’objet d’un suivi annuel ». Ou encore : « Chaque État membre participant présentera les mesures particulières qu’il prendra ».  Le surveillant en chef est la Commission de Bruxelles. « La commission tiendra un rôle central important dans la suivi de la mise en œuvre des engagements ». Elle qui ne détient aucun pouvoir des peuples, s’érige, avec le Conseil européen, en maître absolu pour imposer du sang et des larmes à celles et ceux qui souffrent déjà de cette Europe des marchands et de l’argent. L’ordre est d’aller plus loin dans l’austérité, la précarité du travail, la mise en concurrence des travailleurs pour une monnaie unique, l’Euro, utile à la rentabilisation des capitaux et aux marchés financiers.

C’est écrit noir sur blanc : « Il impliquera un effort particulier allant au-delà de ce qui existe déjà et comprendra des engagements concrets et des actions plus ambitieuses que celles qui ont déjà été approuvées ainsi qu’un calendrier de mise en œuvre. Ces nouveaux engagements seront ensuite intégrés aux programmes nationaux de réforme et de stabilité et relèveront du cadre de surveillance régulier ».

Baisser les salaires

Le mot « compétitivité » veut bien dire une mise en compétition des salariés entre eux, une mise en concurrence ouverte, brutale. Ceux des pays européens entre eux. Mais aussi avec les salariés du monde entier derrière ce qui est appelé « principaux partenaires commerciaux ». La décision est prise et annoncée ouvertement de laminer les salaires. Lisons : « Les progrès seront évalués sur la base de l’évolution des salaires et de la productivité ainsi que des besoins d’ajustement en matière de compétitivité. Afin de déterminer si les salaires évoluent en accord avec la productivité, le coût unitaire de la main d’œuvre (CUM) fera l’objet d’un suivi sur une période déterminée par comparaison avec l’évolution dans d’autres pays de la zone euro et chez les principaux partenaires commerciaux comparables ».

Ainsi la pression à la baisse sur les rémunérations du travail se fera à l’intérieur de l’Union européenne vers le moins-disant social, mais aussi dans la compétition avec les salariés du Brésil, de la Chine ou de la Corée du Sud.

Le texte est explicite : « Les augmentations significatives et durables pourraient provoquer une érosion de la compétitivité ». Autrement dit, comme nous le révélions dans la première mouture du « pacte de compétitivité », il est demandé ouvertement d’abaisser les salaires. Le rouleau compresseur européen s’immisce dans les négociations sociales.  Il prescrit de « réexaminer les dispositifs de fixation des salaires et, le cas échéant, le degré de centralisation du processus de négociation » et de « veiller à ce que les accords salariaux dans le secteur public viennent soutenir les efforts de compétitivité consentis dans le secteur privé ». Il demande aux gouvernements de peser sur les salaires du public pour aider le privé à extorquer plus de valeur issue du travail, « en gardant à l’esprit que l’évolution des salaires dans le secteur public constitue un signal important ». Il est donc demandé aux gouvernements de presser les salaires dans le public. Du même coup, cela peut abaisser « le coût unitaire de la main d’œuvre » pour le patronat, afin de lui permettre de relever encore ses taux de profits.

Détruire l’idée d’emploi sécurisé et les systèmes de retraites publics

Les métiers et secteurs aujourd’hui protégés comme les pharmacies, les taxis, les notaires, les vétérinaires, les coiffeurs, les architectes, etc,  seront ouverts à la concurrence, et les commerces seront ouverts les dimanches et jours fériés. La précarité, la flexi-sécurité du travail deviennent la norme de l’emploi. La fiscalité pesant sur le travail sera abaissée. Le recul de l’âge de la retraite est acté (même si la référence aux 67 ans a disparu). Pour justifier son combat pour abaisser encore le taux des cotisations chômage et retraites, Mme Parisot, s’est bruyamment revendiquée le 15 mars dernier de ce pacte antisocial : « Le pacte pour l’Euro stipule noir sur blanc que les régimes de retraites doivent évoluer en fonction de l’évolution démographique et de l’espérance de vie » s’est-elle écriée. Par contre, il est demandé de renforcer le secteur financier « un secteur financier fort est essentiel pour la stabilité générale de la zone Euro ». L’impôt sur les sociétés serait harmonisé vers le bas. Le taux d’imposition sur les sociétés est de 34% en France, de 29,8% en Allemagne. Le taux moyen européen est de 25,7%. Dans ce langage européen, cela veut dire qu’on va diminuer la fiscalité sur les sociétés en France et en Allemagne. La commission est en train de rédiger une proposition législative à cet effet.

Les régions mises en concurrence entre elles

Les pays déjà en difficulté, ou en retard de développement, se voient réserver un sort particulier où, dans le cadre de la « compétitivité », il leur est demandé d’y favoriser la « productivité », « afin de faire en sorte que la croissance soit équilibrée et bien répartie dans toute la zone Euro, des instruments spécifiques et des initiatives communes seront envisagées pour favoriser la productivité dans les régions en retard de développement ».

Ainsi dans ces pays on abaisserait encore plus les salaires, les droits sociaux, comme on le voit en Irlande et en Grèce pour monter sans cesse la rentabilité des capitaux. C’est donc un système diabolique qui serait en place où chacun serait mis en compétition avec plus petit que lui. Celui-ci étant lui-même dans l’obligation permanente de travailler toujours plus dur. C’est l’Europe du noyau dur et de la périphérie que certains auraient déjà théorisée.

Sarkozy prend les devants

D’un côté, le gouvernement Sarkozy comme la commission culpabilisent les citoyens avec les déficits publics (que nous léguerons à nos enfants, paraît-il). De l’autre, l’alignement sur la fiscalité allemande conduit à abaisser l’impôt sur les grandes fortunes (ISF) déjà de 2 milliards pour l’année à venir, puis de 4,5 milliards avec en plus une baisse de l’impôt sur les sociétés de 2 milliards.

« Le pacte pour l’Euro » porte bien son nom parce qu’il est un pacte avec et pour l’argent contre le social, contre le travail.

Le pouvoir sarkozyste a accéléré ces derniers jours les annonces : celle de modifier la Constitution, qui y inclurait l’interdiction des déficits publics ; la réduction de l’ISF et le débat depuis plusieurs semaines sur la fiscalité ; le recul de l’âge de la retraite à 67 ans ; le refus de toute augmentation de salaire ; un nouveau coup contre la sécurité sociale en utilisant le risque dépendance pour ouvrir un nouveau terrain de chasse aux assurances privées ; une inique contre-réforme des collectivités territoriales qui s’ajoute à la fameuse RGPP contre les services publics, pour présenter dès le conseil européen du 24 mars une première liste de son arsenal de guerre sociale contre les travailleurs, les retraités et les forces de la création. Il veut répondre ainsi au chapitre prochain de la déclaration :  « Les États membres de la zone Euro s’engagent à traduire dans leur législation nationales les règles budgétaires de l’UE figurant dans le pacte de stabilité de la croissance. Les États membres conserveront le choix de l’instrument juridique à utiliser au niveau national mais veilleront à ce qu’il soit par nature suffisamment contraignant et durable (par exemple, la Constitution ou une législation cadre)». « La formulation exacte de la règle sera également arrêtée par chaque pays [...] mais elle devrait garantir la discipline budgétaire tant au niveau national qu’aux niveaux inférieurs ».

Cette discipline est un corset budgétaire s’appliquant aux budgets de l’État, de la sécurité sociale, des caisses de retraite et aussi aux « niveaux inférieurs », c’est-à-dire aux régions, communes et départements.

Une nouvelle fois est ici revendiquée une application stricte des choix antisociaux par des instances supranationales en dehors des élus nationaux et locaux. La Commission européenne veut faire adopter d’ici le mois de juin six directives baptisées « gouvernance économique » pour mettre en musique ses funestes projets. Le Parlement européen et ses différentes commissions ont déjà commencé à y travailler. Mais les textes sont si durs, si opposés à l’intérêt général que les amendements proposés se traduisent toujours dans les commissions par des amendements dits « de compromis » qui ne modifient en rien le cadre général extrêmement néfaste.

L’idée européenne en cause

Face à un tel rouleau compresseur qui va encore au-delà du traité de Lisbonne, les salariés, les jeunes, les créateurs, les retraités, les petits artisans, les commerçants, les paysans, dans leur diversité, doivent être alertés de toute urgence sur la nature de ce pacte, véritable plateforme conduisant à une dé-civilisation de l’argent. La lutte des classes anti-progressiste est en train de franchir un nouveau cap. La nature du rassemblement des salariés et de tous les travailleurs, de tous les pays de l’Union européenne doit changer jusqu’à se porter au niveau d’un mouvement de nature à contrer une offensive d’une extrême gravité. C’est une urgence ! C’est l’idée européenne au sens de la communauté européenne et de l’Europe elle-même qui est en cause désormais avec ces projets. Ceux-ci vont provoquer des tensions telles qu’elle peut exploser, alors que le besoin de projet coopératif européen, d’Europe solidaire, d’Europe de partage pour le progrès social, le développement humain, l’environnement, n’a jamais été aussi pressant.

Une autre Europe est possible

Le rassemblement peut se faire sur un tout autre projet. Celui de l’Europe sociale avec le partage des richesses, la mise en place d’un salaire minima, de revenus minima et la promotion d’un projet commun de sécurisation des parcours professionnels et de la formation tout au long de la vie pour chacune et chacun. Une Europe solidaire avec le développement et le renouveau des services publics, l’aide aux pays en difficulté par un effort de rattrapage solidaire. Une Europe qui fasse vivre en actes les projets pour l’accès aux biens communs humains. Une Europe écologique avec le développement de la recherche, des industries, associant les populations et les salariés qui devraient disposer de nouveaux pouvoirs de gestion des orientations dans les entreprises. Une Europe qui relève les immenses nouveaux défis de diversification des ressources énergétiques et des modes de transports.

Une Europe de justice, avec une autre utilisation de l’argent, une transformation de la Banque centrale européenne, pour impulser un nouveau crédit du local au continent européen, le refinancement des dettes de certains États, l’utilisation de son pouvoir de création monétaire, la taxation des mouvements de capitaux intra-européens pour commencer, une taxation sur les sociétés et le capital pour financer un effort commun sans précédent pour la recherche, la formation, l’éducation.

Une Europe qui promeut le désarmement et la paix partout. Une Europe qui invente de nouveaux rapports avec les pays du Sud en plein bouleversement.

Ce ne sont que quelques esquisses d’un autre projet pour l’Europe des peuples, de la jeunesse et des travailleurs. Au pacte de l’argent nous opposons un pacte social et écologique.

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Répliques pour la République 7

 

La surenchère ultra-droitière du Président de la République et de ses sbires politiques toute la semaine dernière est à la fois une stratégie de diversion et une nouvelle inquiétante inflexion des choix vers la droite extrême. Ils ont besoin de placer un épais écran de fumée sur l’affaire dite « Woerth- Bettencourt ». Celle-ci révèle en effet aux yeux d’une immense majorité de nos concitoyens de toutes opinions confondues que la République sarkozyste est loin d’être irréprochable. Ensuite, ceux qui ont pu croire au fameux mot d’ordre « travailler plus pour gagner plus » découvrent deux choses insupportables. D’abord la connivence du parti au pouvoir et des ministres avec les milieux d’affaires et les grandes fortunes à un point qu’ils n’imaginaient pas. Ensuite le fait que ces milieux de la haute finance bénéficient grâce à ce pouvoir de réductions d’impôts, alors que celles et ceux qui n’ont que leur travail ou leur retraite pour vivre souffrent de plus en plus.

Refusant tout débat public et contradictoire sur des issues positives à la crise et voulant à tout prix imposer une attaque en règle contre le système des retraites, le chef de l’État cherche à  reprendre l’initiative pour déplacer les termes du débat politique. Une nouvelle fois, il prend prétexte de l’insécurité. Comme il en est le responsable depuis l’année 2002, on peut aisément lui rétorquer qu’il critique en quelque sorte ses propres choix, notamment ceux du tout répressif. Mais il a choisi cette fois délibérément de reprendre  des idées extrémistes du Front National. On peut se demander dans quelle mesure un Président de la République, garant de la Constitution et représentant des valeurs de notre République, peut s’autoriser de telles déclarations dans la France des Lumières ; de 1789 et du Conseil National de la Résistance. Sa réthorique est un mélange nauséabond de la France vichyste et Berluscono-Bushisme. Ses mots préférés semblent être désormais ceux de « guerre nationale ». Contre quel ennemi de l’intérieur ? L’étranger. La banlieue populaire est assimilée à la délinquance. Non content d’avoir depuis sept ans transformé chaque fait divers en proposition de loi, il se propose désormais de créer deux catégories de français. Ceux « de naissance » dit-il et ceux d’origine étrangère,  bafouant ainsi un principe fondamental énoncé à l’article 1er de la Constitution déclarant l’égalité de chaque citoyen devant la loi, sans distinction d’origine. Il veut encore modifier l’ordonnance de 1945 sur la justice des mineurs qui a déjà été réformée… à sept reprises. De changement en changement, la justice n’aura plus la liberté d’apprécier le niveau des peines à infliger. Des normes policières suffiront.

Cette stratégie délibérée, décidée il y a quelques jours comme contre feu lors d’une réunion du bureau politique élyséen, a permis aux chiens de garde ministériels de monter encore la gamme. M. Hortefeux assurant le service après-vente, en ajoutant son odieuse pincée d’amalgame xénophobe, raciste et haineuse. Et un certain M. Ciotti, député UMP, demande, lui, d’emprisonner les parents qualifiés « d’irresponsables » lorsqu’ils ont des mineurs difficiles. Et le  sieur Besson en personne est chargé de traduire les nauséeux propos présidentiels et UMPéistes extrêmes droitiers dans une loi qui serait d’abord discutée par le Sénat. Mais devinez quand ? Le 7 septembre ! Pardi ! Le jour même du débat sur les retraites à l’Assemblée Nationale. Quelle belle logique à tout cela. Certains évoquent seulement l’idée d’une diversion. C’en est une certes ! Mais il ne faudrait pas croire qu’il ne s’agit là que de mots, de discours sans importance ou sans suite. Depuis le début du quinquennat, de glissades en glissades vers la droite, les lois ont changé dans un sens toujours plus liberticide. Et, de loin en loin, un climat de division, de méfiance, parfois de haine, est accrédité et validé au sommet même de l’État. C’est exactement le contraire de l’unité d’une République commune. Certes, les propositions émises sont, à ce jour, anticonstitutionnelles. Mais on n’a jamais tant modifié la Constitution pour modifier peu à peu notre régime politique.

 De même, on aurait grand tort de ne pas s’alarmer de la valse des préfets et leur remplacement par des super-policiers ; commandants de gendarmerie, de la DST ou du Raid. Les préfets, inventés par Napoléon au lendemain du coup d’État du 18 brumaire, étaient chargés de veiller à la mise en œuvre de sa politique. Le prétexte est l’insécurité, mais au moment où l’insécurité sociale va faire grandir la protestation sociale, ces préfets d’un nouveau genre auront pour mission de la combattre. Cette dérive ultra droitière est inquiétante à tous points de vue. Elle doit être combattue avec vigueur dans l’unité la plus large, par tous les républicains sans distinction d’opinion. De nombreuses organisations démocratiques et progressistes ont décidé ensemble, sur proposition de la Ligue des Droits de l’Homme, de répliquer le 4 septembre dans une grande manifestation partant de la République. Toutes celles et tous ceux qui ont la République au cœur feront tout pour en assurer le succès.

En même temps, si une guerre nationale devait être déclarée par l’État, ce devrait être un combat sans merci contre la pauvreté, le chômage et la mal-vie qui s’étendent.  La défense des services publics, la réhabilitation des quartiers populaires,  l’accès à l’éducation, à la santé,  au logement pour tous doivent faire l’objet de grandes batailles politiques.  Et le combat engagé pour défendre la retraite à 60 ans ne doit pas faiblir.

Nous le disons avec gravité. Attention ! Il y a danger ! Organisons les répliques indispensables pour la République.