DES PRIX ! 1

Le Ministre de l’Agriculture n’aura jeté qu’à peine quelques miettes aux éleveurs en difficulté lors du salon agricole de Rennes. 300 millions d’euros pour des travailleurs qui souffrent, qui triment, poussés à la faillite, quand Madame Bettencourt a reçu ces dernières années un chèque de 100 milliards d’euros au titre de réductions d’impôts permises par le fameux bouclier fiscal. Ceci est totalement insupportable. Les paysans doivent se faire entendre encore plus fort dans l’unité avec les consommateurs. Ceux-ci voient leur pouvoir d’achat sans cesse rogné par le double effet de la stagnation des salaires, des prestations sociales et des retraites d’une part, et par des hausses permanentes des prix des produits de première nécessité. Et dans les semaines à venir on doit s’attendre à de nouvelles hausses des denrées alimentaires, alors que les paysans sont de plus en plus étranglés.


Objectif 1 du Millénaire pour le Développement de l'ONU : Réduire l'extrême pauvreté et la faim...

En effet, nous sommes entrés dans une nouvelle période de flambée des matières premières agricoles et de la pêche, due à une spéculation effrénée. Les cours des farines ont augmenté de 65 % depuis juillet, cela renchérit d’autant les coûts de production des volailles et du porc. On constate depuis quelques temps la même spéculation sur les produits de la mer et de la pêche.

Le paysan, comme le pêcheur, travaille à perte. Mais les centrales d’achat et les grands supermarchés profitent de la hausse pour faire payer le consommateur plus cher. Mieux, quand les prix à la consommation ont augmenté, ils ne baissent jamais dans les mêmes proportions que celle des matières premières sur les marchés mondiaux. Le système actuel fait donc que  nous « importons » de la hausse des prix qui place les agriculteurs encore plus en difficulté et spolie les consommateurs.

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Pour un juste prix payé aux producteurs de lait 4

Les producteurs de lait ont perdu 54 % de leurs revenus en 2009. Aujourd’hui, alors que le prix des produits alimentaires issus du lait augmente, les industriels laitiers refusent toute répercussion de ces augmentations. En Bretagne par exemple les prix à la production payés au mois de juin étaient loin d’atteindre 0,3 euros le litre. M. Bruno Le Maire, comme la Commission européenne que j’avais interpelée à plusieurs reprises au cours de l’hiver dernier, avaient affirmé que la stabilité des prix à la production passait par des accords contractuels entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs. Ceci a été fait. Or les industriels de la transformation et de la distribution ne respectent pas leur parole et encore moins cet accord interprofessionnel.

J’ai donc demandé à Bruno Le Maire, Ministre de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche, ce que comptait faire le gouvernement, mandataire de l’intérêt général, pour faire appliquer cet accord.

Ceci devient d’autant plus impérieux que les conditions climatiques vont encore grever les coûts de production – déjà en augmentation – car les éleveurs devront acheter pour cet hiver plus de fourrage et de céréales pour faire face à leurs besoins.

Ce qui se passe aujourd’hui me renforce dans l’idée de la nécessité de mettre en place un prix minima intra-européen pour un volume donné de production afin de garantir un revenu minimum à tous les producteurs de lait. Ceci éviterait la concurrence et les différences de prix injustifiées entre les Etats européens, ainsi que des importations abusives contre l’un des grands atouts dont dispose la France : sa production laitière.

Dans l’immédiat le Ministre de l’Agriculture a la responsabilité de prendre l’initiative, avec le ministère de l’Economie et des Finances, pour que l’accord interprofessionnel soit respecté et que le lait soit payé à son juste prix à la production.

Pour lire le courrier adressé au Ministre de l’Agriculture, cliquez ici.

A l’attention de M. Fillon & M. Le Maire Répondre

En tant que membre de la commission agriculture du Parlement européen, je ne pouvais pas rester inactif devant la crise sans précédent qui affecte les producteurs de fruits et légumes de notre pays. La semaine dernière, en m’entretenant sur le terrain, avec les paysans du Lot-et-Garonne, et en écoutant leurs revendications, j’ai décidé de m’adresser au Premier Ministre et au Ministre de l’Agriculture sans attendre. Voici les copies de ces courriers :

FF

Monsieur le Premier Ministre, 

A l’invitation du syndicat agricole, le MODEF, je me suis rendu ce mercredi 12 août dans le département du Lot et Garonne pour mieux me rendre compte de la situation des agriculteurs. Il est de mon devoir de vous alerter sur la situation économique dramatique que vivent les producteurs de fruits et légumes, comme désormais ceux et celles d’autres productions. L’ampleur de la crise générale de l’agriculture a atteint un niveau rare dans notre histoire.

Votre gouvernement doit d’urgence prendre la mesure du drame humain qui se joue actuellement dans nos campagnes. J’en ai rendu compte par courrier à Monsieur le Ministre de l’agriculture, de l’alimentation et de la pêche. 

Celui-ci a annoncé une aide compensatoire de 15 millions d’euros. Cette somme est notoirement insuffisante au regard de l’étendue du désastre actuel. Elle est d’autant plus incompréhensible au regard des réductions d’impôt qui avoisinent les 460 millions d’euros dont bénéficient en ce moment même quelques milliers de fortunes en vertu du « bouclier fiscal ». 

Les banques rechignent à accorder des délais de paiement ou des renégociations d’emprunts aux agriculteurs, alors que l’Etat les a largement abondés cet hiver. Quelles initiatives nouvelles comptez-vous prendre pour que le secteur bancaire joue son rôle de mission publique au service des hommes et des territoires ? 

D’autres dispositions doivent être étudiées d’urgence. Ainsi, la loi de modernisation de l’économie place les producteurs agricoles en situation de faiblesse face aux grandes centrales d’achat qui multiplient les prix de vente aux consommateurs de manière exorbitante, tout en pressurant les producteurs. Vous avez le pouvoir de déclencher le mécanisme du coefficient multiplicateur limité. De même, il est de votre devoir d’explorer avec la Commission européenne, la possibilité de déclencher le mécanisme de la « clause de sauvegarde ». 

On ne peut se cacher, non plus,  que la pression sur le pouvoir d’achat des salariés a des conséquences néfastes sur la consommation de fruits et légumes.

Enfin, votre gouvernement doit refuser de répondre à la sommation de la Commission européenne à faire payer jusqu’à 500 millions d’euros aux groupements de producteurs qui auraient bénéficié de certaines aides entre 1992 et 2002, pour faire face à des crises de mévente ou à des intempéries.

 Dans ces conditions, je vous saurai gré, Monsieur le Premier ministre, de réunir une table ronde de travail, associant syndicats agricoles, organisations de producteurs, négociants et grande distribution, associations de consommateurs, pour dégager d’urgence des dispositions permettant de contrer le marasme actuel dans le secteur des fruits et légumes. 

Souhaitant que vous ne restiez pas inactif face au drame humain qui se joue,

 Recevez, Monsieur le Premier ministre, l’expression de ma haute considération. 

Patrick LE HYARIC

Député au Parlement européen

L M

 

Monsieur le Ministre, 

Quelques jours après votre passage en Lot et Garonne, je me suis rendu auprès des producteurs de fruits et légumes de la région de Marmande, ce mercredi 12 août, à l’invitation du syndicat agricole, le MODEF. 

J’y ai trouvé une situation bien plus grave que je ne le pensais moi-même. Tous les cours à la production sont très en deçà des coûts de revient. Il n’y a pas de mot susceptible aujourd’hui pour décrire correctement le véritable drame que vivent ces agriculteurs qui ont pourtant construit et mis en valeur le jardin de la France. 

Le gouvernement ne peut rester plus longtemps inactif face à la gravité de la situation. Certes vous avez annoncé une aide de 15 millions d’euros sous forme de report de cotisations sociales et de report de crédits. Cette somme est notoirement insuffisante. Ces travailleurs de la terre qui travaillent dur, à perte, sont d’autant plus humiliés qu’ils savent que le gouvernement a dépensé d’énormes sommes d’argent public pour soutenir le secteur bancaire qui reverse aujourd’hui de confortables bonus à des traders, ou encore le fait que le bouclier fiscal permette à quelques 13 000 foyers les plus riches de bénéficier d’un cadeau royal de 458 millions d’euros d’exonération d’impôt. 

Il y a urgence à réagir vivement, Monsieur le Ministre ! Il est indispensable d’évaluer correctement les pertes que subissent les producteurs de fruits et de légumes et de dégager en urgence les moyens financiers leur permettant de passer les prochaines semaines pour certains d’entre eux, les prochains mois pour beaucoup. Au-delà, il est indispensable de revenir à des mesures de fond : 

a) Dans une situation dite de « crise manifeste » comme celle-ci le gouvernement doit déclencher le mécanisme dit du « coefficient multiplicateur » qui interdit aux grandes surfaces de multiplier les prix à la production par 2,5, 3, voir 7 comme cela a été constaté pour certains produits. 

b) Cet état de « crise manifeste » donne le droit à la France de déclencher la « clause de sauvegarde » pour défendre ses productions et ses producteurs. Cela permettrait de discuter avec nos partenaires européens d’un blocage temporaire des importations non indispensables et d’obtenir de la Commission européenne des dispositions d’accompagnement pour traiter les surplus européens s’il en existe. 

c) La loi de modernisation de l’économie doit être modifiée de telle sorte que la grande distribution ne soit pas seule à décider des prix du marché, qui n’ont rien à voir avec la rémunération du travail et des investissements.

 d) Le gouvernement doit agir auprès de la Commission européenne pour faire mettre en place une contribution sociale de solidarité taxant les importations extra communautaires dont une partie des recettes servirait à améliorer les droits sociaux dans les pays d’où nous importons et pour des harmonisations sociales et écologiques vers le haut dans l’Union européenne. 

e) Enfin, Monsieur le Ministre, les agriculteurs sont outrés par l’injonction de la Commission européenne demandant le remboursement d’au moins 500 millions d’aides entre la période de 1992 à 2002. Nous vous demandons de résister avec énergie à cette inadmissible sommation  et de refuser de payer. 

Telles sont, Monsieur le Ministre, les actions d’urgence qu’il conviendrait de mettre en débat. La France doit conserver son agriculture et ses producteurs. Il en va de l’intérêt général.

 Je sais que des réunions techniques de travail se déroulent depuis plusieurs jours avec votre ministère. Mais, l’essentiel réside dans de nouvelles orientations politiques que nous souhaitons que vous puissiez impulser. Et il y a urgence ! 

Afin d’en discuter avec vous, je sollicite rapidement un rendez-vous de travail où je pourrais vous exposer encore plus précisément ce que ce déplacement en Lot et Garonne m’a montré du drame humain que vivent en ce moment les agriculteurs. 

Certain que ce courrier retiendra toute votre attention, 

Recevez, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération. 

Patrick LE HYARIC

Député au Parlement européen