La Banque centrale doit être un service public européen 1

.

Il a été fait beaucoup de bruit ces dernières heures sur un possible changement de cap de la Banque centrale européenne.

A l’issue d’une longue réunion du Conseil des gouverneurs, ce sont une nouvelle fois les thèses des dirigeants allemands et des marchés financiers qui ont prévalu. D’une part, ils viennent de décider de ne pas abaisser les taux d’intérêt alors que l’économie, les petites et moyennes entreprises, les collectivités territoriales et les services ont un manque cruel de crédits et de liquidités pour relancer leur activité et donc pour maintenir l’emploi.

Secondement, face à la violente crise qu’ils ont provoquée et qui s’approfondit chaque jour un peu plus, les dirigeants de la Banque centrale tentent de contourner l’esprit et la lettre des traités de Maastricht et de Lisbonne en ouvrant la possibilité d’un rachat de dette des États, mais ils ne le feraient que dans des conditions extrêmement drastiques pour les États et les peuples en leur demandant d’amplifier encore les plans d’austérité. La Banque centrale doit être un service public européen. Il y en a assez qu’elle ne serve que les spéculateurs de tout acabit. Ceci n’est plus supportable !

Il n’y a pas de voie de sortie des difficultés et de la crise sans qu’il soit décidé par les institutions européennes un changement des missions de la Banque centrale européenne qui doit, d’une part avoir la possibilité de racheter des dettes publiques d’État, d’examiner avec eux sur une longue période les conditions de remboursement à taux d’intérêt quasi nuls et, d’autre part, la Banque centrale doit octroyer des crédits aux institutions publiques au même taux que les banques, c’est-à-dire en deçà de 1%. C’est une condition indispensable pour se libérer de l’étau mortifère qui enserre aujourd’hui les peuples européens.

En ce sens, le débat sur le traité européen, sanctionné par un référendum, est indispensable et est la condition pour ouvrir la voie à une réorientation de la construction européenne. Il est de la responsabilité de toute la gauche de créer maintenant les conditions d’un vrai changement de cap en Europe.

Cliquez ici pour accéder à la pétition pour un référendum initiée par L’Humanité

06/09/2012

La Banque centrale européenne. Cela nous concerne 2

Les rapaces des marchés financiers ne prennent pas de vacances. Ils se déchaînent depuis des semaines contre l’Italie et l’Espagne. Cette dernière qui doit emprunter pour faire face à ses échéances, voit ses taux d’intérêt monter à 7,2% tandis que ceux de l’Italie s’élèvent à 6,2%. Quand un pays doit emprunter cent milliards à de tels taux, il s’appauvrit et ponctionne ses budgets publics  sans pour autant réduire ses déficits, bien au contraire. Seules les banques sont gagnantes et accumulent chaque jour un pactole qui  serait évidemment plus utile et efficace pour améliorer l’école, les hôpitaux, les routes ou les trains. Pour satisfaire les voraces appétits des requins de la finance, les gouvernements européens détruisent les services publics, augmentent les impôts, réduisent les rémunérations, la protection sociale et les retraites. Il y a pourtant une solution : comme cela se pratique aux Etats-Unis, au Japon et ailleurs, autoriser la Banque centrale européenne à acheter tout ou partie des dettes et lui permettre de prêter directement aux Etats, au même taux d’intérêt qu’elle prête aux banques, c’est-à-dire 0,75%. Evidemment, les banques seraient perdantes mais il faut choisir entre elles et les peuples ! Voilà qu’éclate là la tare originelle de la Banque centrale européenne qu’avec d’autres, nous avions critiquée et combattue en 1992. Les traités de Maastricht et de Lisbonne interdisent à la BCE de prêter ou de venir en aide à une institution publique ou à un Etat.

Pourtant, au cœur de l’été, même si tout paraît calme, à un moment où les bulletins d’informations sont rythmés par les beaux exploits sportifs des jeux olympiques, de dramatiques faits divers ou encore l’exploration de la planète Mars, un bras de fer d’une violence inouïe se joue dans les profondeurs de l’économie, contre les populations et les générations à venir.

Plus les gouvernements, notamment espagnol et  italien, ont imposé des purges sociales et plus les marchés en redemandent davantage au point de menacer l’euro. M. Mario Draghi, président de la BCE, avait lancé, sibyllin, le 26 juillet : « La Banque centrale est prête à faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l’euro… et croyez-moi, ce sera suffisant ». Et de fait un débat s’est enclenché sur la possibilité de rachat direct de dettes par la BCE,  le représentant de l’Autriche, au conseil de la Banque centrale, allant jusqu’à le dire publiquement. Un ballet diplomatique auquel a participé, à la demande de M. Obama, le secrétaire d’état américain au trésor, qui s’est déplacé auprès du ministre des finances allemand, s’est déployé durant plusieurs jours, pour, semble-t-il, enfreindre les lois de cette orthodoxie monétaire et budgétaire qui mènent à l’impasse. Le monde entier est désormais préoccupé par une super austérité qui rend impossible toute relance économique et donc tout espoir de sortir de la crise.

Mais, sur injonction de l’Allemagne, ce débat a été stoppé net le 2 août dernier. Il reste interdit à la BCE de racheter des dettes d’état directement. Même la solution consistant à donner au futur mécanisme européen de stabilité un statut de banque contrebalançant la folie des marchés financiers est refusée. Cette licence bancaire donnerait pourtant à ce mécanisme le droit d’emprunter comme les banques, directement auprès de la Banque centrale à des taux très bas, au lieu d’être obligé d’emprunter à des taux usuraires sur les marchés financiers. Voilà qui constituerait un premier levier contre la spéculation financière déchaînée. Cette expérience démontre une nouvelle fois que la gauche a eu raison de ne pas voter le traité instituant le mécanisme européen de stabilité au parlement en février dernier. Cela ne donne que plus de crédibilité à la proposition du Parti de la gauche européenne de créer une banque publique pour l’emploi et les progrès humains et écologiques.

Au lieu de publier un communiqué commun avec Mme Merkel, M. Hollande aurait du s’en tenir à la ligne qu’il a défendu durant sa campagne électorale. La gauche, qui a refusé d’adopter le mécanisme européen de stabilité, ne peut pas accepter le nouveau traité Sarkozy-Merkel. A eux seuls, les dirigeants allemands ne peuvent diriger et imposer leurs vues à toute l’Europe. L’Allemagne ne dispose que d’une voix au conseil de la Banque centrale et n’y a pas de droit de veto. D’ailleurs,  cette stratégie austéritaire se retourne de plus en plus contre son économie et surtout contre son peuple.

Se soumettant aux désidératas de la haute finance et des dirigeants allemands, M.Draghi donnait le 2 août, la conférence de presse la plus suivie depuis la création de la BCE, dans laquelle il tançait l’Espagne et l’Italie, leur demandant de faire appel au Fonds européen de stabilité financière (qui existe tant que le MES n’est pas créé). Ce que ces pays ne veulent pas faire, car ils savent que cela n’est possible qu’en adoptant, comme en Grèce, des plans d’austérité encore plus durs que ceux qu’ils viennent déjà de décider. Et le Président de la BCE réclamait de nouvelles réformes structurelles, notamment sur « le marché du travail » qui « doivent être appliquées avec détermination » et de « nouveaux ajustements budgétaires, fiscaux et sociaux ».

Contrairement aux apparences, nous sommes là au cœur des préoccupations  les plus quotidiennes de millions d’individus. Certes,  les enjeux paraissent compliqués mais ils déterminent  le sort de nos services publics, les niveaux de rémunération, l’emploi, les retraites, la sécurité sociale. Bref, tout ce qui fait la vie de tous les jours, influe sur l’avenir de nos sociétés et la nature de la construction européenne. Cela vaut donc le coup que les citoyens s’en emparent car seul un mouvement populaire unitaire, à construire à l’échelle de l’Europe, peut enfin contrer la finance et ses mandataires politiques. Réclamer ensemble un débat public et un référendum sur le nouveau traité européen peut beaucoup y contribuer. Notre pétition pour obtenir un référendum est à votre disposition.

09/08/2012

Refuser le pacte d’austérité 1

.

Le sommet européen de cette fin de semaine doit à nouveau discuter du traité initié par M. Sarkozy et Mme Merkel. Celui-ci est un sévère corset contre les peuples. Il oblige les Etats à réduire drastiquement les investissements humains, sociaux et publics. De ce point de vue, il est encore plus dur que le traité de Maastricht.

Pire, ce traité d’austérité budgétaire oblige les Etats à inscrire dans leur constitution, « l’auto-obligation » de réduire les dépenses publiques et de se placer sous le contrôle direct de la Commission de Bruxelles. Ce contrôle des finances publiques concernerait l’Etat, le budget de la sécurité sociale et aussi ceux des collectivités territoriales.

Ainsi, avec ce texte, c’est l’austérité permanente : moins de crédits pour l’école ou la santé, la voie ouverte à une privatisation de tout ou partie de la protection sociale, des moyens réduits pour les communes, départements ou régions. Le Président, F. Hollande, lorsqu’il était candidat, a contesté ce texte et s’était engagé à le renégocier. C’est d’ailleurs la proposition numéro 11 de son programme. Depuis, il n’a évoqué que l’ajout d’un volet baptisé « croissance ».

En fait, ce qui s’est discuté à Rome, il y a quelques jours, avec les responsables italien, espagnol et allemand, ne porte que sur l’activation d’un accord décidé le 30 janvier dernier, lors d’un sommet européen et qui serait maintenant baptisé « pacte de croissance ».  Les dirigeants européens font mine de reprendre les mots de F. Hollande. En vérité, il ne peut y avoir de relance efficace de l’économie sans progrès social. Or, les instances européennes sauvent les banques pour mieux détruire les acquis sociaux.

Les propositions, au nombre de quatre, restent en effet bien maigres, au moment où l’Espagne et l’Italie sont violemment attaquées par les marchés financiers. Il s’agirait d’utiliser les crédits des fonds structurels non dépensés, de mettre en place une taxe sur les transactions financières, de créer des bons d’obligation pour racheter des dettes, d’augmenter le capital de la Banque européenne d’investissements. Rien n’est envisagé pour augmenter le pouvoir d’achat. Rien non plus pour faire de la Banque centrale européenne une banque publique au service de la relance et de l’emploi.

Il n’y a pas de solution efficace contre cette guerre que mènent les ogres de la finance contre les peuples sans modifier les statuts de la Banque centrale européenne pour lui permettre d’acheter directement tout ou partie des dettes des Etats ou de prêter directement à ceux-ci, au même taux qu’elle le fait aux banques, c’est-à-dire aux alentours de 1%. Aujourd’hui, la Banque centrale européenne prête uniquement aux banques à 1%, lesquelles grossissent leurs profits en reprêtant aux Etats de 3 à 19%. Pour rembourser cette charge de la dette, les Etats réduisent les crédits sociaux et publics.

Le mécanisme à l’œuvre joue donc comme une pompe aspirante de l’argent public, contre le bien être des populations. Il conduit aussi à aggraver l’austérité. Poursuivre ainsi, c’est organiser l’asphyxie des services publics, de la sécurité sociale et des collectivités territoriales au seul bénéfice des banques et du monde de la finance.

La gauche doit se placer du côté du peuple travailleur et des retraités et non de celui des puissances d’argent. Dans ces conditions, F. Hollande ne doit pas accepter le traité d’austérité budgétaire et continuer d’agir pour pouvoir le renégocier. Et pour se donner de la force pour le faire, face aux pressions, il peut en appeler au peuple en organisant un débat et un référendum sur ce texte. C’est la voie de la démocratie. C’est se placer du côté du peuple.

25/06/12