Quelle réforme de la PAC ? 1

La Commission européenne doit présenter cette semaine son projet de « réforme de la Politique agricole commune ». Notre journal a été le seul à avoir publié intégralement sa première communication et à avoir organisé depuis des mois un débat à ce sujet.

Dans cette édition, nous présentons, pour les soumettre au débat, des idées de changement de la Politique agricole européenne pour la rendre plus juste, plus efficace pour la rémunération du travail, pour la valorisation des territoires, l’emploi et pour une agriculture productive de qualité, respectueuse des équilibres écologiques.

Comparée à la première communication, il semble qu’il n’y aura pas beaucoup de changement. Elle revient sur une meilleure répartition des aides publiques et leur plafonnement, sur leur utilisation en faveur d’un « verdissement », sous-entendu une incitation à la diversification et rotation des cultures, la valorisation de pâturages permanents et à la mise en place de ce qui est baptisé : « réserves écologiques », comme des jachères ou des bandes enherbées.

L’agriculture biologique bénéficierait automatiquement de ces aides. Les agriculteurs situés dans des zones difficiles seraient eux aussi aidés. On ne sait pas encore dans quelle proportion. On reviendrait à un mécanisme d’intervention publique et une clause dite de « perturbation  des marchés » pourrait être déclenchée dans le cas de crise grave de certains secteurs. Le système des paiements directs serait lui aussi modifié.

Ainsi, les tentatives de rectification ébauchées devront être analysées avec précision pour examiner si elles améliorent le sort des petits et moyens paysans et si elles permettent la revitalisation de l’agriculture et des territoires ruraux.

Il est certain que la réorientation des aides publiques est indispensable.

Ce sont le quart des exploitations les plus grandes qui touchent l’essentiel des aides. Les plafonner et les répartir autrement est donc indispensable.

Il reste qu’une nouvelle Politique agricole commune devrait enfin poser la question de l’objectif d’un revenu minimum par exploitation et surtout par unité de main d’œuvre à atteindre sur tout le territoire de l’Union européenne.

Cela revient à poser l’enjeu de la rémunération du travail par des prix convenables et garantis. De même, l’organisation de la concurrence internationale entre agriculteurs, inscrite dans les traités européens, vise à pressurer les prix à la production au seul service des profits de l’agro-business.

Une réorientation des politiques appelle donc de revenir à un mécanisme renouvelé de la préférence communautaire, combattant le libre échangisme intégral et la mise en concurrence internationale et favorisant la coopération.

Le débat et l’action doivent donc se poursuivre et s’élargir. Ils concernent tous nos concitoyens. Notre journal La Terre va continuer à animer ce débat fondamental pour toute la société. L’agriculture a une mission d’intérêt général.

Pour sortir de la crise, payer le travail ! 3

« Nous sommes pillés, vous êtes rackettés » ! C’est avec cette interpellation claire que des délégations d’agriculteurs du Modef ont été jeudi dernier à la rencontre des habitants de la région parisienne pour leur proposer à prix de revient des fruits et légumes du Lot-et-Garonne. Plusieurs dizaines de tonnes ont ainsi été vendues au juste prix avec l’aide des militants du Parti communiste qui, depuis près de trois mois, font signer une pétition contre la vie chère. De telles initiatives sont l’occasion pour les travailleurs des villes et ceux des champs de mieux se connaître, de mieux comprendre les problèmes des uns et les difficultés des autres. L’occasion de mieux mesurer à quel point ils sont victimes d’un même système : pression à la baisse sur les salaires, les retraites, les minima sociaux et diminution permanente des prix agricoles à la production alors que depuis des années les prix alimentaires n’ont cessé d’augmenter. Les agriculteurs ne travaillent que pour les banques lorsqu’ils ont des crédits. Et dans les quartiers populaires, la baisse du pouvoir d’achat conduit nombre de familles à se priver, y compris sur leur alimentation. Certaines d’entre elles sont même contraintes désormais d’emprunter pour assurer des dépenses courantes, s’endettant elles aussi sans perspective d’avenir. D’ailleurs, le surendettement qui plonge de plus en plus de familles dans une vie sombre se développe malheureusement.

Contrairement à ce que disent les grands médias et les idéologues de la droite, la crise n’est pas une crise de la dette. Ce sont là des apparences rabâchées à longueur de journée dans les télévisions et les radios. Mais la vérité c’est que la crise s’est développée parce que le pouvoir, au service des marchés financiers, a de plus en plus transféré les résultats du travail salarié et paysan vers le capital. Et aujourd’hui il accentue cette pression en utilisant la crise qu’il a créé pour pressurer encore plus les travailleurs en augmentant les impôts indirects, les cotisations sociales, les cotisations retraites, tout en réduisant le niveau des retraites et des prestations sociales, en réduisant ou en démantelant des services publics.

La crise est bien le résultat de la spéculation et du non paiement du travail à sa juste valeur. Voilà pourquoi il ne faut pas se laisser abuser par l’insupportable propagande, sans cesse répandue et par la nouvelle idée du Premier ministre appelant à l’unité nationale pour faire oublier que c’est lui, sous l’impulsion du Président de la République qui a creusé, année après année, les déficits publics en multipliant les cadeaux aux plus riches.

Passons donc à l’offensive pour réclamer notre du. De bons prix agricoles, de bons salaires, de bonnes retraites, de bonnes prestations sociales, l’amélioration de la protection sociale, l’amélioration et le développement des services publics. Il n’y a pas de sortie de crise sans justice sociale, sans lutte contre les inégalités. Et les agriculteurs, venus crier leur colère et tendre la main aux consommateurs dans les cités populaires, ont besoin que la réforme de la politique agricole commune revienne à des prix planchers garantis pour une quantité donnée de production, à la remise en place de taxes écluses aux frontières extra-européennes et d’accords de coopération et de calendrier d’importation à l’intérieur de l’Europe s’opposant à la concurrence entre producteurs. Nul n’y gagne, sauf la grande distribution. Les producteurs espagnols ou italiens sont contraints de produire toujours à plus bas prix pour réexporter. Ceci revient à surexploiter les travailleurs espagnols mais aussi les travailleurs paysans français parce qu’ainsi les prix à la production baissent partout. Tant que ne sera pas mis en place ce système de prix minimum, la mise en concurrence des producteurs agricoles sans bénéfice pour le consommateur se poursuivra.

Décidément, les militants du Modef ont  raison d’appeler à faire cesser le pillage des travailleurs paysans et le racket des  consommateurs.

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C’est le G20 des riches ou … le cri de la multitude des… j’ai faim ? 2

Cette semaine se tient à Paris une réunion des ministres de l’agriculture des pays dits du « G20 ». Dans le contexte actuel, cette réunion ne devrait pas être banalisée. Elle devrait au contraire prendre la mesure de la profondeur des graves difficultés qui se profilent pour l’avenir. En conséquence, des initiatives politiques nouvelles de grande ampleur, à l’échelle de la planète devraient être prises à partir d’une question fondamentale : entrons-nous dans le siècle de la faim ? Certains diront peut-être que j’exagère. Malheureusement, la question doit non seulement être posée, mais des réponses doivent être trouvées rapidement.

La FAO, organisation importante des Nations-Unies chargée de l’agriculture et de l’alimentation, et la Banque mondiale évaluent à près d’un milliard le nombre d’individus en situation de sous-alimentation et de famine. Selon les prévisions des Nations-Unies, la population mondiale atteindra dix milliards d’habitants d’ici la fin du siècle, soit trois milliards de plus qu’aujourd’hui. Ceci signifie que la production alimentaire mondiale devra sans doute doubler une nouvelle fois. Ceci dans un contexte où le complexe agricole et agroalimentaire mondial qui a vocation à nourrir l’humanité peut-être caractérisé comme étant en danger.

Rapport FAO 2010 "L'état de l'insécurité alimentaire dans le monde"

L’offre ne répond pas à la demande qui explose sous un double effet : celui de la démographie montante et celui d’une amélioration du pouvoir d’achat dans des pays qui sortent peu à peu de la pauvreté et qui de ce fait accèdent, heureusement, à des aliments dont ils étaient privés hier.

Ce facteur, combiné à l’utilisation, imbécile dans un tel contexte, du blé ou du maïs pour produire de l’éthanol et à la spéculation sur les matières premières agricoles, fait flamber les cours des denrées de base. Ceci a encore aggravé la famine. Cette donnée a d’ailleurs accéléré les « révolutions arabes ». Au cours des années 2007-2008, des émeutes de la faim ont éclaté dans plus de trente pays. A ceci s’ajoute la croissance urbaine qui avale peu à peu des terres agricoles et maintenant une nouvelle spéculation sur les terres par des entreprises privées ou des pays, particulièrement en Afrique, mais aussi en Europe de l’Est, font de la terre et de la production alimentaire des marchandises de rapport ou de spéculation, à l’opposé total du concept de biens communs et de droit fondamental à l’alimentation pour chacune et chacun.

Mais de nombreux scientifiques appellent désormais à prendre en compte un facteur jusque là trop négligé. Celui de la modification climatique qui contribuerait à déstabiliser les systèmes alimentaires et à mettre en cause encore plus la sécurité alimentaire mondiale.

Il est établi que nombre de mauvaises récoltes des dix dernières années résultent des catastrophes météorologiques, des inondations aux Etats-Unis, de la sécheresse en Australie, des canicules en Europe et en Russie. Il semble aussi établi que, contrairement à ce qui avait été projeté dans le passé, l’élévation du niveau des gaz carboniques n’agit pas comme un engrais pour les plantes et ne contrecarre donc pas les effets négatifs du changement climatique.

Ces éléments montrent l’impérieuse nécessité de systèmes de recherche coordonnés à l’échelle de la planète, à la fois sur les effets des modifications climatiques mais aussi sur l’approvisionnement en eau, son stockage et encore sur les plantes à cultiver, les moyens de le faire dans un nouveau contexte climatique.

Dans une telle situation d’extrême urgence, le G20 doit décider d’inverser des choix antérieurs qui ont consisté à réduire les moyens financiers pour la recherche et le développement. Au contraire, il conviendrait de créer un fonds mondial pour les scientifiques et instituts de recherche dont il faut favoriser la mise en réseau et la coopération. Celle-ci doit donc être publique et non accaparée par les grands groupes privés qui n’auront pour souci que leurs profits, au détriment du bien commun.

Cette réunion du G20 doit admettre cette donnée fondamentale selon laquelle l’accès à l’alimentation est un droit humain fondamental et que l’activité de produire ces biens alimentaires de manière soutenable en respectant la terre, les sols, l’eau, l’air, la biodiversité est une mission d’intérêt général. Elle induit le respect de la souveraineté alimentaire des peuples, le refus de la spéculation sur l’alimentation et la rémunération correcte du travail paysan selon les pays et grandes zones géographiques par des mécanismes publics de fixation et de soutien aux prix ; la préservation des terres agricoles ; une orientation générale visant à reconstituer les stocks contrôlés par les élus et les organisations agricoles de producteurs.

La politique générale en tout domaine devrait être celle de la coopération et non plus celle de la concurrence qu’exacerbent l’Organisation mondiale du commerce, le Fonds monétaire international et l’Union européenne. L’efficacité économique, sociale, de vie territoriale et écologique passe par le maintien et la création d’un maximum d’exploitations agricoles à taille humaine et familiale, combinée avec le développement d’un authentique système de coopération agricole pour valoriser au mieux et au plus efficace tous les facteurs de production, dans un période où la production agricole devra doubler d’ici la fin de ce siècle.

L’Union européenne devrait être active pour le relèvement de tels défis. Malheureusement, elle n’en prend pas le chemin. Cette semaine, le Parlement va se prononcer sur un rapport préparatoire de la réforme de la politique agricole commune. Bien qu’amendé par la Commission agriculture du Parlement européen, il est loin de prendre en compte des enjeux cruciaux. Le débat devrait prendre de l’ampleur dans nos sociétés. La conception capitaliste de « libre échange  intégral », inscrit dans les traités européens, n’est pas compatible avec la souveraineté alimentaire et l’action efficace contre la faim.

C’est une question d’intérêt général. Les politiques publiques devraient placer le défi agricole et alimentaire dans leurs priorités pour que ce siècle ne soit pas celui de la faim.

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Le Président des riches se moque des paysans 2

En fait, M Sarkozy n’a que faire des agriculteurs victimes de la sécheresse. De nombreux observateurs et journaux ont d’ailleurs noté qu’il s’était déplacé la semaine dernière en Charente uniquement pour améliorer sa propre image présidentielle et de candidat à sa propre succession.

Quelle honte !! Quel scandale, quand les agriculteurs souffrent si durement, de crise économique en crise économique, quand cette terrible sécheresse sur les pâturages oblige les éleveurs à vendre des animaux, ceux qui avaient semé des céréales, du maïs à se résigner à ne pas les voir pousser et se développer, quand les recettes de leurs productions futures sont  en péril, quand ils sont obligés de décapitaliser c’est-à-dire perdre leurs moyens de production.

Le chef de l’Etat s’est déplacé pour tenter de faire croire qu’il venait en aide aux agriculteurs. Comme toujours on annonce des chiffres à la radio et à la télévision, faisant croire que les paysans touchent une grosse enveloppe. En fait, il ne leur a même pas lâché quelques miettes tant les sommes annoncées sont ridicules.

Concernant les plans de remboursement des prêts, qui seraient suspendus pendant une année. Certes, l’annonce correspond à une demande urgente. Mais c’est continuer de faire vivre un système qui de dettes en dettes, de prêts en prêts, asphyxie les paysans quand les banques se gavent avec les intérêts. D’ailleurs le Président prend bien garde de préciser qu’il ne s’agit pas de décaler d’un an le remboursement « de tous les prêts de l’agriculture française. Il faut être sérieux » dit-il. C’est que, selon lui, les banques sont tout de même plus importantes que ceux qui nous nourrissent. Ces banques, pour lesquelles M. Sarkozy n’a jamais hésité à débourser milliards et milliards. Ce sont elles qui aujourd’hui étranglent paysans, artisans, petits entrepreneurs, retraités et les consommateurs.

M. Sarkozy a argué du fait qu’il ne pourrait pas accorder de subventions directes parce que celles-ci pourraient être contestées par les autorités de Bruxelles. Faut-il avoir le cœur froid si pour invoquer une telle raison alors qu’il ne l’a jamais invoquée quand il s’était agi de sauver le secteur automobile ou les banques ? D’ailleurs il est indispensable d’en finir avec cette absurdité qui interdit de mobiliser des aides européennes.

Quant aux annonces concernant le Fonds national de garantie des calamités agricoles, le sommet du ridicule est atteint en ne le dotant que de 200 millions d’euros.

Ces discours vides et ces annonces aussi creuses que tapageuses ne permettent pas aux agriculteurs de faire face, d’acheter du fourrage lorsqu’ils en ont besoin, de semer des cultures intermédiaires sur des pâturages, d’empêcher la décapitalisation de leurs exploitations agricoles alors qu’au même moment, ce gouvernement s’apprête à faire un cadeau de près de 2 milliards d’euros de réduction aux plus riches sous couvert de la réforme de l’Impôt sur les grandes fortunes.

Les organisations professionnelles agricoles et les syndicats qui appellent à la mobilisation pour disposer des moyens de faire face aux échéances et pour éviter les décapitalisations mènent un combat d’intérêt général. Il s’agit  de l’avenir de l’agriculture, de l’emploi, de la vie des territoires. Face aux sécheresses, dont on sait qu’elles risquent d’être de plus en plus fréquentes, il devient indispensable de réfléchir à un plan national et européen pour obtenir la sécurité hydraulique. Il ne peut pas s’agir uniquement, comme le fait Nicolas Sarkozy d’ « encourager » la création de réservoir d’eau pour « dans cinq ans ».  Le fait qu’il n’ait pas daigné chiffrer le plan qu’il prévoit en dit long sur sa volonté de le voir mis en œuvre. Au-delà, des réflexions sont engagées pour un système de production plus économe en eau mais cela ne pourra se faire qu’avec le soutien de l’Etat et des autorités européennes. Mais vite !

Urgence agricole et alimentaire 1

Les travailleurs agricoles sont, en cette fin de printemps, insérés dans un innommable tourbillon. La sécheresse qui touche désormais une soixantaine de départements, dans d’autres endroits les orages et la grêle ont détruit les récoltes de fruits, la flambée de certains prix de matières premières céréalières qui aggrave encore la situation des éleveurs, les intoxications dues à une bactérie rare – Escherichia coli – commencées en Allemagne, la tentative de relance de production de farines animales. Il semble, à l’heure où ces lignes sont écrites, difficile d’établir les origines du développement de la bactérie qui a touché près de 2000 personnes. Les explications varient pour l’instant.  Mais des dégâts considérables sont produits chez les producteurs de fruits et de légumes. Quant à la fabrique de farine animale pour l’élevage de poissons, est ce bien nécessaire, bien raisonnable et bien sécurisant dans l’actuel climat ?

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