COMPTE-RENDU DE SESSION AU PARLEMENT EUROPÉEN (13-16 février 2012) 5

Hémicycle du Parlement européen à Strasbourg © Commission européenne

.

Le Parlement européen s’est réuni du 13 au 16 février 2012 à Strasbourg.

Voici les principaux éléments discutés et votés lors de cette session.

.

.

Aide aux sans-abris, la Commission botte en touche

Lundi 13 février le Parlement a débattu de la situation des personnes sans-abri suite à la vague de froid qui a fait plus de 600 morts à travers l’Europe.

La Commission a été peu claire : selon elle, c’est principalement aux Etats et aux autorités locales de prendre en charge ces personnes. Le discours qui a suivi, technocratique au possible, a exposé les initiatives de la Commission en matière d’entreprenariat social, de meilleur fléchage des Fonds européens, de partages d’informations pour lutter contre la pauvreté et de rapports que la Commission prépare sur le sujet.

Il est vrai que le rôle des acteurs de terrain et des collectivités locales est primordial, mais il est curieux que la Commission n’ait pas fait une seule mention du programme d’aide alimentaire qui bénéficie aux plus démunis, dont la fin est organisée par la Commission pour 2014.

Lire la suite

Du yaourt, encore du yaourt, pour faire son beurre ! 1

Maintes fois ici nous avons souligné, dénoncé les souffrances des producteurs de lait, victimes d’une baisse des prix de leur production, alors que les coûts de production des équipements, des mises « aux normes bruxelloises » n’ont cessé de peser contre eux.

Ce lait, acheté à la ferme à prix de braderie, servait durant ce temps à quelques grands industriels, liés à la finance et aux banques, à amasser un formidable pactole pour une guerre économique sans merci.

Ainsi, pour l’année 2010, les deux premiers groupes français Danone et Lactalis affichaient respectivement un chiffre d’affaires de 17 milliards et de 9,4 milliards d’euros. Cette guerre qui se mène loin de nos villages, dans les hautes sphères de quelques conseils d’administration des institutions européennes et des cabinets ministériels, avec des conséquences redoutables pour nos campagnes.

Lactalis achète le tiers du Capital de l’italien Parmalat. Le géant nord-américain Général Mills, se paie Yoplait, sous la houlette de MM. Berlusconi et Sarkozy dans une sorte de marchandage où M. Sarkozy lâche Lactalis pour permettre au Président italien de proposer le gouverneur de la Banque centrale européenne. Voilà comment va le monde ! Lactalis n’avait pas d’argent pour augmenter le prix du lait à la production, mais a trouvé 3,3 milliards d’euros pour acheter Parmalat. Ces Monopolys industriels se font, non pas parce que le lait n’est pas rentable. Au contraire, c’est parce que le besoin en lait dans le monde va considérablement augmenter et qu’il permet de dégager des profits que tout ceci se passe. Le marché mondial du yaourt va considérablement augmenter clament en chœur ces grands patrons. Cela se fait au détriment des producteurs laitiers et des salariés de l’industrie agroalimentaire.

Dès lors que Yoplait, par exemple, passe sous le contrôle du Général Mills, basé au Minnesota aux États-Unis, déjà propriétaire de cent marques, cela éloignera encore plus les centres de décisions des territoires. Le lait qui est l’un des aliments les plus riches, les plus complets, ne sera, pour ces firmes, qu’une vulgaire marchandise à vendre dans les bourses des marchés internationaux. Il en est ainsi parce que la finance considère que l’on peut gagner beaucoup d’argent avec le lait et le yaourt, sans le payer à son juste prix aux producteurs et en compressant l’emploi dans les usines de transformation. Le Conseil économique et social a calculé que les marges dégagées à partir des produits laitiers pour les industriels et les distributeurs, atteignent 40% ». C’est considérable !

C’est à l’aune de ces stratégies industrielles et financières que l’on comprend encore mieux la suppression de la régulation de la production en Europe, avec le système des quotas laitiers. Ceci permettra de mettre les producteurs encore plus dans une concurrence acharnée permanente qui élimine sans cesse les petits et moyens producteurs pour aller vers des exploitations laitières de type industriel avec des troupeaux enfermés dans des enclos, nourris pour partie à partir de protéines importées. Ce type de concentration réduirait les coûts de ramassage pour ces magnats de la finance. Mais cela détruira encore plus d’emplois, déchirera encore plus le territoire, aggravera les problèmes environnementaux.

Il est possible d’empêcher ce scénario, par l’alerte, par la mobilisation ! Au lieu de l’individualisme auquel poussent les pouvoirs et les industriels laitiers, il serait utile de se battre avec plus de force pour un office européen du lait, avec un système de rémunération qui garantisse un prix de base à chaque travailleur-paysan pour une quantité donnée de production, à déterminer selon les pays européens. Au-delà de cette quantité, les prix pourraient être liés au marché. La proposition dite de «contractualisation » proposée par le gouvernement et l’autorité européenne est totalement faussée. C’en est révoltant !

L’industrie laitière et celle de la distribution se concentrent au point que quelques firmes vont être maîtresses du « marché du lait ». Mais, la Commission de Bruxelles interdit aux producteurs de se regrouper tous ensemble dans des organisations nationales ou européennes, au-delà d’un certain volume de production, sous couvert de l’obligation de « concurrence ». Ce qui vaut pour les grandes industries n’est pas valable pour les travailleurs de la terre. Voilà encore une manifestation de cette Union européenne contre les travailleurs. Il faut la changer, de la ferme à Bruxelles.

.

L’appétit des spéculateurs affame les paysans 2

.

.

La pression à la baisse sur le pouvoir d’achat des familles populaires en Europe et aux Etats-Unis, les conduit à se priver de plus en plus sur l’alimentation dont les produits laitiers, la viande, les fruits et les légumes. Dans d’autres lieux c’est la famine ou la malnutrition qui déciment chaque jour des millions d’enfants et d’adultes.

Ceci est le résultat des dérégulations mondiales qui privent des peuples entiers de leur souveraineté alimentaire.

Depuis des semaines, des spéculateurs, sans foi ni loi, utilisent le prétexte de l’embargo russe sur les céréales et de la sécheresse pour se livrer à une nouvelle manipulation des cours du blé, du riz ou du maïs. Certains d’entre eux ont acheté, il y a déjà un moment, des  céréales sur pied, bien avant les moissons du blé, aux alentours de 100€ à 130€ la tonne, pour le revendre aujourd’hui 200€ à 230€ la tonne.

L’Europe a pourtant suffisamment de stocks de céréales pour faire face aux aléas climatiques et les stocks mondiaux sont stables. Au même moment les cours des autres matières premières augmentent également, dont ceux du pétrole, qui eux-mêmes renchérissent encore les prix des matières premières agricoles au seul bénéfice du grand négoce international et des fonds spéculatifs. Le démantèlement des outils d’intervention européens accélèrent encore ces phénomènes stratégiques.

Cette envolée des prix des céréales va encore resserrer le garrot autour du cou des producteurs laitiers, porcins et bovins, déjà en grande difficulté depuis des mois et des mois.

Et au bout du compte, les secteurs industriels bancaires et de la distribution feront payer encore plus cher les produits alimentaires aux consommateurs occidentaux dont le pouvoir d’achat baisse.

Au sud, c’est la malnutrition et la famine qui s’aggraveront encore.

Voilà ce que produit la mondialisation capitaliste dont la théologie politique est « la libre concurrence » et « le libre échangisme mondial ».

Elle fait de l’alimentation une vulgaire marchandise. Elle ne permet pas plus de « liberté et de droit ». Tout au contraire ! Cette mondialisation ultra-capitaliste nie le droit des êtres humains à s’alimenter. Par contre, des produits agricoles alimentaires et désormais la terre elle-même sont devenus des objets de spéculation pour les firmes de l’agro-business, les banques et les fonds de pension.

L’intérêt des agriculteurs ici et des consommateurs, celui des cultivateurs des pays du Sud et de toutes les populations est de revenir à une vraie politique agricole alimentaire et environnementale, au lieu du laisser aller ultralibéral. Ceci est à l’opposé de la théorie dite du « pouvoir vert », exposée par le Président de la République devant la conférence des ambassadeurs, la semaine dernière. Cette orientation est celle de la concurrence guerrière, dont les fantassins sont les travailleurs et les consommateurs.

Cela signifie qu’il faut changer les termes du débat à l’Organisation Mondiale du Commerce. L’Union européenne a le devoir d’y faire entendre une autre voix. Elle ne le fait pas car, loin d’être une protection pour les agriculteurs européens, elle les livre au grand large de la mondialisation capitaliste. Il est donc indispensable que les petits et moyens paysans, comme les consommateurs, en lien avec ceux de toute l’Union européenne et au-delà avec les africains ou les latino-américains, pèsent sur les discussions internationales et pour une autre politique agricole commune, basée sur des prix rémunérateurs, de système nouveau de préférence communautaire et le respect des souverainetés alimentaires.

Le travail de la terre et la production de denrées alimentaires doivent être considérés comme des missions d’intérêt général. La terre et l’alimentation sont des biens communs de l’humanité.

Le désarroi de Didier, producteur de lait, et les négociateurs de l’ombre 2

 

Didier est sans doute le plus important producteur individuel de lait du département du Lot et Garonne. Il produit un million de litres par an. Un millions de litres !  Il aurait sûrement été considéré comme un « gros » producteur il n’y a pas si longtemps dans nos colonnes. Je l’avais rencontré il y a un an, au cœur de la crise du lait. Combatif, il avait participé au lancement de l’association des producteurs de lait, l’APPLI. Sa situation n’a fait que se détériorer à cause des bas prix à la production, alors qu’il était contraint de dépenser de l’argent pour mettre son exploitation aux normes environnementales.

Aujourd’hui, il est au bord de la faillite. Il produit un million de litres de lait mais il a dû demander le  « Revenu de Solidarité Active ». Quelle société que celle qui pousse des travailleurs de la terre, si jeunes, si compétents, si performants, si passionnés par leur métier vers l’abîme, une société où se répand un antihumanisme glacial. D’autant plus glacial et insupportable qu’à quelques heures d’avion de la ferme de Didier des enfants meurent au rythme d’un toutes les cinq secondes parce qu’ils n’ont pas accès au lait. Et le plus scandaleux encore, le plus révoltant est cette lettre qu’a reçu Didier après avoir demandé le RSA. Voici l’extrait principal : « « Suite à votre demande, nous vous informons que Monsieur le Président du Conseil Général vous a ouvert un droit au Revenu de Solidarité Active à compter du 01/06/2010. Le montant mensuel de votre allocation est de 4,57€ pour la période du 01/06/2010 au 30/06/2010. Nous vous adresserons une déclaration trimestrielle RSA à compléter et à nous retourner ». Honteux, scandaleux, révoltant !

Oui, Didier produit un bien alimentaire indispensable à la vie. Non seulement on tolère qu’il perde de l’argent en travaillant, que les banques, renflouées par l’argent public ne lui accordent pas le moindre prêt, qu’il est acculé à la ruine, mais on lui propose, très …. généreusement… 4,57€. Et après cela des biens pensants au compte en banque bien garni s’offusquent d’accès de révolte. Le plus étonnant est qu’il n’y ait pas plus de… révoltes !

Et ce qui est annoncé comme le nouvel accord producteurs-transformateurs-distributeurs de lait est une tromperie, un marché de dupes. Il consiste à augmenter le prix de 10% par rapport au prix de …. l’an passé à la même époque. Comme les prix étaient très bas il y a un an, environ 27 centimes le litre, et qu’en 2008 il était de 38,5 centimes, cela signifie qu’il n’y aura quasiment aucune augmentation de prix à la production. Les prix l’année dernière étaient de 20% inférieurs à 2008. En vérité, le tour de passe-passe revient à un prix du lait abaissé de 10% par rapport à 2008, au moment même où le prix du beurre augmente de 60% et celui de la poudre de lait de 40%.

De plus, le prix du lait français sera indexé sur le prix allemand qui est en moyenne inférieur pour plusieurs raisons : l’Allemagne valorise moins son lait dans des produits à grande valeur ajoutée comme les fromages. Et les coûts de production en Allemagne sont moins élevés parce qu’une grande partie de la production se fait dans de grandes exploitations « industrielles » et les producteurs sont plus aidés qu’en France.

D’ailleurs quand les transformateurs et la grande distribution réclament plus de compétitivité pour notre production laitière, cela veut dire qu’ils souhaitent éliminer encore plus de petits et moyens producteurs et créer de grandes unités industrialisées pour réduire encore les coûts de collecte, que pourtant le consommateur paie.

Il n’y a pas de revenu décent pour un producteur de lait à moins de 350 à 400€ la tonne. Pour l’emploi, la qualité du lait, la vie des territoires, c’est d’un prix minimum de base pour une production moyenne dont ont besoin les producteurs de lait, et non de cette mise en concurrence insupportable.

Pour Didier et tous ses collègues agriculteurs, il faut réagir solidairement. Mais ce sont les Didier des fermes comme François l’ouvrier, Madeleine l’enseignante, Michelle Cadre, Jean-Luc, privé d’emploi, qui doivent s’unir, se solidariser pour changer radicalement la donne.