Editorial de l’Humanité dimanche
Le hasard veut que nous entamions la dixième année du troisième millénaire par une déception planétaire : celle de l’échec du sommet mondial de Copenhague sur le climat. Au terme de deux années de travail, cette grande réunion internationale n’a décidé d’aucune modalité contraignante pour réduire substantiellement les émissions de gaz à effet de serre. Et aucune instance comme une « Organisation mondiale de l’environnement », chargée d’une coopération interna-tionale nouvelle, garante de la survie de la planète, n’a été créée.
![swisstxt20090831_11147539_6[1]](http://patricklehyaric.files.wordpress.com/2009/12/swisstxt20090831_11147539_61.jpg?w=300&h=215)
Pire ! Cet échec sert à porter de nouveaux coups contre l’Organisation des Nations-Unies. Certes, nous deman-dons depuis longtemps une modernisation, une démoc-ratisation de cette instance internationale, mais pas sa décapitation ! La logique ainsi à l’œuvre est mortifère. Elle prolonge toutes les résolutions de l’ONU déjà bafouées contre la guerre en Irak, en faveur de la création d’un Etat Palestinien, ou encore pour les projets d’actions contre la famine.
Comme un cynique clin d’œil, cet événement se produit exactement dix ans, presque jour pour jour, après le lancement de l’Organisation Mondiale du Commerce à Seattle, aux Etats-Unis. Créée, elle aussi, en dehors de l’ONU, cette instance mondiale a pour objectif de « déréglementer », de « libéraliser » le commerce mondial au bénéfice des forces du capital. Elle a donc constitué un outil de fabrication de lois internationales pour le capitalisme mondialisé. Et la réintégration, par M. Sarkozy, de la France dans l’OTAN, comme sa primauté en tant que bouclier d’une défense européenne, stipulée dans le traité de Lisbonne, n’ont fait, elles aussi, que dévaloriser les Nations-Unis et aggraver les déséquilibres en faveur des Etats-Unis.
Le lien entre le sommet de Copenhague et Seattle est simple : on y parle de projets diamétralement opposés! De même, il y a antagonisme entre la préservation de la planète et la volonté d’appliquer les règles libérales du marché unique européen, les traités européens de Maastricht et de Lisbonne. Le capitalisme est un anti-écologisme, comme il est un anti-humanisme. Cependant, la préparation du sommet de Copenhague aura permis à l’humanité de prendre encore plus conscience de sa globalité, de l’interdépendance des nations, du devenir des êtres humains et de celui de la planète.
L’urgence écologique, indissociable de l’urgence sociale et de l’impérieuse nécessité du désarmement et de la paix, est devenue sans doute l’enjeu le plus fédérateur des peuples, des individus entre eux. A l’heure de l’information instantanée et d’une sorte d’échanges informatiques en continu pouvant nourrir une démocratie numérique, des conditions nouvelles existent pour faire humanité ensemble.