C’est le cœur serré, l’angoisse au ventre que des centaines de producteurs de lait sont contraints de déverser des milliers de litres de lait dans la nature. On peut certes discuter à l’infini sur l’efficacité de tel ou tel mode d’action. La vérité est qu’aucun grand média ne se serait intéressé aux souffrances de ces agriculteurs s’ils n’avaient pas engagé une action aussi spectaculaire et visible. Car maintenant ça suffit ! Ca suffit vraiment. Le lait est le premier aliment complet des êtres humains. La multitude de fromages de notre pays sont issues d’une multitude de races laitières attachées à des terroirs, à des modes d’alimentation particulière des animaux. C’est donc, bien un bien public alimentaire. Or cette production est sacrifiée depuis des années. Les éleveurs qui travaillent de plus en plus dur améliorent sans cesse les conditions de productions, respectent de plus en plus de règles dites « environnementales » aussi tatillonnes qu’imbéciles. Et voilà la manière dont le pouvoir, la commission de Bruxelles et l’industrie laitière les remercient. En moyenne le coût de production d’un litre de lait revient aux environs de 0,40 € et n’est payé de 0,22 à 0,26€. Qui peut accepter ainsi de travailler à perte ? Et le prix de vente de ce même litre de lait au supermarché est acheté quatre fois plus cher. Où va la différence ? Qui s’accapare la valeur ajoutée ? Les firmes capitalistes de l’Industrie et des supermarchés.
![lait-3[1] lait-3[1]](http://patricklehyaric.files.wordpress.com/2009/09/lait-31.jpg?w=468)
Les producteurs ont donc raison de ne pas se laisser faire. C’est une action d’intérêt général. D’urgence, il est de la responsabilité du gouvernement de réunir une table ronde des secteurs de l’assurance, des mutuelles, des banques pour décider du report des cotisations et du remboursement d’emprunt voire d’en annuler. Personne ne peut expliquer qu’on a trouvé des milliards pour les banquiers et pas un sou pour les paysans.
La commissaire européenne à l’agriculture Mme Fischer Boël est venue jeudi dernier au Parlement européen à Strasbourg nous exposer son analyse de la situation. Fidèle à ses choix ultra-libéraux, anti-paysans, elle a proposé des primes pour éliminer des vaches et donc des fermes. En même temps, elle a avancé l’idée d’aller plus loin dans la contractualisation entre industriels et producteurs de lait. Autrement dit, elle propose que le pot de fer écrase toujours plus le pot de terre.
Si on allait vers cette solution, les agriculteurs seraient encore plus soumis donc écrasé aux industries et à la grande distribution.
C’en serait fini d’une politique de prix minimum intra-communautaire. Car si l’Europe veut avoir des bases sociales et solidaires, elle doit revenir à une politique de prix. C’est ce que j’ai fermement réclamé de faire à Mme Fischer Boel en séance du Parlement européen la semaine dernière.
J’ai réclamé une réunion d’urgence du Conseil européen pour qu’il décide :
- La création d’un fond européen spécial pour l’aide à la production laitière
- La fixation immédiate d’un prix minimum intra-européen que les industries et les centrales d’achat seraient contraints de respecter sans augmentation de prix pour les consommateurs
- Le blocage des quotas nationaux de production et l’arrêt des importations extra-européennes abusives.
Elle n’a pas semblé entendre. Il faudra donc lui déboucher les oreilles avec des bidons de lait. Sous diverses formes, l’action la plus unie possible doit se poursuivre. Nous la relayons partout.
Editorial paru dans l’hebdomadaire « la Terre »
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