Danger : refusons l’Europe nord-américaine 2

Nous ne saurions que conseiller fortement aux agriculteurs, aux créateurs, aux consommateurs, aux salariés de toute profession, à leurs syndicats et associations de s’intéresser de près à un projet extrêmement dangereux pour eux : celui de la mise en place d’un grand marché transatlantique.

Il s’agit, selon ses instigateurs, de construire un vaste espace de libre échange intégral entre l’Union européenne et les Etats-Unis. Ce serait une sorte d’intégration des pays européens dans un vaste espace économique, politique et militaire, dominé par le grand capital des Etats-Unis. Ce projet date déjà de plusieurs années, mais, il vient d’être relancé par le très droitier président de la commission de Bruxelles, M. Barroso. Quelques jours après qu’il eut fait cette proposition de reprise des discussions sur ce sujet, M. Obama, le Président des USA lui a répondu favorablement en disant clairement qu’il s’agissait surtout de « défendre les emplois américains ». Et Mme Clinton avait qualifié ce projet « d’OTAN économique ».

Les dirigeants nord-américains considèrent que l’Union européenne est si affaiblie par la crise qu’elle va se coucher face à leur demandes. « Les européens ont plus faim d’un accord… ce qui a changé je pense, c’est qu’à travers toute l’Europe ils  reconnaissent avoir du mal à trouver une recette de croissance »  a renchéri hilare Barak Obama, le 12 mars dernier. De son côté, M. Barroso sait qu’après les prochaines élections européennes, arrivera la fin de son mandat en novembre 2014. Personne ne défendra plus sa candidature comme Président de la Commission de Bruxelles. Il cherche donc une bonne place dans le giron des dirigeants nord-américains. Déjà de Bruxelles et du Portugal, certains de ses proches lui préparent le terrain pour un atterrissage dans une institution internationale à Washington. Et pour cela, il est prêt à vendre l’Europe, ses travailleurs, ses services, sa culture, son agriculture, pour un mauvais plat de lentilles. Il ne faut surtout pas laisser faire ! Ce sont eux les vrais anti-européens.

Leur projet a pour objectif de faire disparaître le peu de barrières douanières restantes entre les Etats-Unis et l’Union européenne. Au-delà, ils veulent harmoniser à la baisse toutes les réglementations, toutes les normes qui limitent ou empêchent encore une libre circulation totale des produits agricoles, industriels, culturels et de services. Les services publics, les systèmes de protection sociale, de protection de l’environnement, les normes existantes pour l’accès au marché public, les droits intellectuels, la diversité culturelle, les normes de protection de santé, sont menacés.

Si un tel traité venait à être signé, il aurait malheureusement un caractère quasi irréversible parce que le traité de Lisbonne a gravé dans le marbre toute décision européenne relative au commerce et aux tarifs douaniers. Toutes les politiques seraient soumises au droit social et environnemental nord américain. Les dirigeants des Etats-Unis veulent importer sans limite demain en Europe des produits actuellement interdits comme le bœuf aux hormones, le poulet traité à la chlorine, d’autres viandes à la ractopatine, et le porc a l’acide lactique. Rien ne servirait plus de disposer de productions d’appellation d’origine géographique jusque là protégées.

Bref, pour les biens culturels comme pour l’agriculture et la qualité alimentaire se serait un véritable massacre. Il est impératif de se mobiliser pour s’y opposer avec force. Ce projet n’a d’autre objectif, comme l’a dit récemment un certain M. Bruce Stokes, responsable d’un fonds américain, que « le capitalisme version occidentale reste la norme mondiale ».  Voilà la raison fondamentale pour laquelle les grandes firmes multinationales nord-américaines mais aussi européennes veulent faire sauter toutes les normes de protection qui existent encore en Europe pour imposer les leurs. D’ailleurs, derrière ce projet, il y’a un groupe de politicien organisé dans un « réseau de politique transatlantique » et de puissantes multinationales comme la banque City Group, Coca-Cola, Nestlé, Microsoft, Unilever, Walt Disney, Bayer, et jusqu’à peu il y avait aussi le groupe Mittal. Et leur allié en Europe n’est autre que le Président de la Commission européenne lui-même qui est déjà l’un des principaux responsables de la crise et de la destruction des droits sociaux. Dans l’actuelle division internationale du travail et de la production, le capital allemand y trouverait largement son compte. Voilà pourquoi Mme Merkel y est partie prenante.

La France y perdrait beaucoup. Ne laissons pas ce projet, avec la braderie de l’Europe, des droits sociaux et environnementaux, qui en résulterait se concrétiser.

La marche citoyenne appelle des suites Réponse

936533_384729678313191_1311165209_n

Personne n’a pu contester le succès et la détermination de la marche citoyenne du 5 mai dernier. Au vu du nombre d’éditoriaux et de tribunes qu’elle a suscité, elle constitue un fait politique de première importance dont le décryptage et l’analyse sont par eux-mêmes un enjeu politique.

Au-delà, c’est l’existence du Front de gauche et de sa stratégie politique, de son refus de la domination de la finance et de l’application de l’austérité, un an après l’élection d’une majorité parlementaire issue des forces de gauche et d’un Président de la République issu du Parti socialiste, qui sont discutés, débattus, critiqués, déformés, mis en cause par une majorité de commentateurs. Les choses sont pourtant simples. Celles et ceux qui ont marché le 5 mai, et toutes celles et ceux qui n’ont pas pu venir tout en soutenant cette marche, sont précisément celles et ceux qui, chacune et chacun à sa manière, ont choisi la gauche dans l’isoloir il y a un an.

Ils se sont retrouvés pour une marche qui a duré près de cinq heures, dans la joie mais aussi avec une certaine gravité parce qu’ils recherchent les moyens d’être efficaces pour que le gouvernement cesse d’appliquer les recettes les plus libérales, qui partout, font faillite. La multitude des discussions à l’intérieur du cortège reflétait cette recherche autour d’une question : quel débouché politique ? Sans cette mobilisation populaire, sans le déploiement de l’activité des syndicats et associations, du Front de gauche, on peut aisément comprendre qu’il n’existerait aucune issue, sauf celle incarnée par les droites, la droite extrême et l’extrême-droite, à un moment où la crise sociale fait de plus en plus souffrir celles et ceux qui n’ont que leur travail, leur retraite, ou de maigres indemnisations du chômage pour vivre. Cette droite et l’extrême-droite, ainsi que le MEDEF, depuis des mois occupent la rue, les écrans de télévision, usent du chantage en s’appuyant souvent sur les trois-quarts de nos concitoyens qui estiment que la vie ne s’est pas améliorée pour eux. Les forces de la réaction distillent leur venin, un jour contre de prétendues amnisties, un autre contre la fiscalité du capital ou les prétendus coûts du travail. Ils préparent la revanche. Ils en rajoutent toujours sur les choix politiques du couple F. Hollande, JM. Ayrault, qui n’a malheureusement eu de cesse de leur donner satisfaction, au fil des mois. D’ailleurs tout se passe comme si cette droite n’avait plus comme souci que sa propre compétition interne avec la sortie japonaise de M. Fillon qui pense surtout à lui, de M. Copé qui après avoir appelé à un « mai 1958 », a eu cette idée saugrenue de préparer le « mouvement des cons », tandis que M. Sarkozy, tapi dans l’ombre de ses conférences de milliardaires, fait parler ses éminences. Après toutes ces simagrées, les penseurs télévisuels osent encore traiter JL Mélenchon de populiste !

Tous s’accordent sur l’idée que l’austérité est inévitable. Désormais, ils nous somment de ne rien dire de mal de la chancelière de droite qui gouverne l’Allemagne. Soyons clairs ! Mme Merkel gouverne l’Allemagne au service du capital allemand, ses banques et ses konzerns, pas pour les salariés et les retraités. Pourquoi interdire ce débat à l’intérieur du Parti socialiste quand les ouvriers allemands sont en lutte actuellement pour obtenir des augmentations de salaires ? Les Etats-Unis ou la Chine pourraient être critiqués, mais pas la politique allemande ? Faut-il avoir atteint un tel degré de cécité pour ne pas voir que la valeur de l’euro, le statut de la Banque centrale européenne, le dernier traité européen, les plans d’austérité, le refus de créer un programme d’aide aux plus démunis, sont le fait de la chancelière de droite de l’Allemagne ?

Et malheureusement, le Président de la République risque d’ouvrir la seconde année de son quinquennat en se rendant cette semaine à Bruxelles pour recevoir les injonctions de la Commission européenne pour la politique française. L’accent a été mis sur le délai supplémentaire de deux ans accordé par la Commission à notre pays pour atteindre les arbitraires chiffres de réduction des déficits publics et de la dette. Mais le silence a accompagné ce que la -dite Commission exigeait en retour. C’est un véritable supplice chinois appliqué à notre pays comme aux autres. Elle réclame que ce qu’elle appelle « le marché du travail », soit modifié pour abaisser le « coût du travail », donc les rémunérations, une nouvelle modification du système de retraite pour aller vers un âge légal de départ en retraite à 67 ans, et une nouvelle libéralisation des secteurs des biens et services, soit une plus grande ouverture à la concurrence de la SNCF et de EDF, et une déréglementation des professions jusqu’ici protégées, tels que les avocats, les vétérinaires ou les taxis. Ou le Chef de l’Etat conteste ces injonctions, ou il les accepte. Dans un cas, il renouerait avec les attentes des électeurs qui l’ont porté au pouvoir. Dans l’autre, il poursuivrait, en l’aggravant, une spirale mortifère pour le pays, un cercle vicieux qui ne fait qu’amplifier les souffrances sociales, le chômage, la désindustrialisation et le niveau d’endettement. Une chose est sûre : en faisant le premier choix, il pourrait compter sur l’appui, au delà des manifestants du 5 mai, des millions de nos concitoyens et d’Européens  qui appellent de leurs vœux : un changement de cap.

C’est à leur mobilisation, à leur unité que le Front de Gauche se doit de contribuer pour qu’enfin des résultats tangibles soient enregistrés dans les domaines cruciaux de l’emploi, du pouvoir d’achat et du redressement industriel et agricole, du développement des services publics dans le respect de l’environnement.

Les journées de mobilisation pour l’amnistie sociale, puis celles qui auront lieu début juin, en lien avec celles programmées en Espagne et au Portugal, la marche des femmes contre l’austérité, puis les assises pour la refondation sociale et politique du 16 juin, vont permettre d’avancer dans la construction d’un projet alternatif aux choix actuels et de gagner des forces nouvelles à sa concrétisation politique. Les réalités actuelles et la marche du 5 mai posent en effet, avec une force renouvelée, l’exigence  de créer les conditions d’un nouveau débouché politique de gauche.

Alerte lait 1

imagesCAW3YMDG

J’ai, ici même, il y a quelques semaines, alerté sur la distorsion existante entre le risque de pénurie mondiale de lait et la pression à la baisse sur les  prix à la production. Au terme d’une discussion entre organisations de producteurs, industriels et distributeurs, il a été accordé péniblement 2 centimes de plus par litre de lait à la production.

Renseignement pris, les producteurs de lait n’en ont toujours pas vu la couleur. Même avec cette augmentation, les prix à la production seraient encore très en deça de 300 euros la tonne. C’est le prix payé, il y a plusieurs années, alors que la spéculation fait monter les prix des produits céréaliers. On estime ainsi que les revenus issus du lait sont au mieux en stagnation depuis 2010, alors que les coûts des aliments ont augmenté de près de 40%.

Ainsi, il est clair que la dérégulation impulsée par la Commission de Bruxelles, avec la fin des prix minimum et la prévision de la suppression des quotas de production, détruit à petit feu la production laitière à base familiale. La loi du précédent gouvernement dite de « modernisation de l’économie » continue à faire sa mauvaise œuvre en permettant aux quelques groupes de la grande distribution d’imposer leurs prix. On peut même dire que ces groupes dominants se comportent comme un cartel qui impose les prix d’achat à l’industrie laitière, sous l’égide de M. Leclerc qui se vante d’aider le pouvoir d’achat des consommateurs, alors qu’il ne fait que remplir ses caisses de profits. Et que dire du chantage à la sortie de certains produits  laitiers, de certaines marques des rayons de supermarché.

L’autre phénomène très inquiétant pour la production laitière comme pour l’élevage en général, est la tendance de plus en plus d’agriculteurs de retourner leurs prairies pour semer des céréales dont les cours sont très élevés depuis quelques années. Cette tendance à la « végétalisation » de nos campagnes est mortelle pour la valorisation de nos territoires en provoquant une « décapitalisation » importante des fermes. L’ensemble de ces phénomènes provoquera sans tarder des pénuries de viande et de lait, tout en favorisant de nouvelles concentrations agricoles, à rebours de la valorisation des territoires, de l’emploi et de la souveraineté alimentaire.

25 000 exploitations laitières ont été supprimées ces trois dernières années. C’est l’équivalent de dix plans sociaux de PSA. Dans l’industrie laitière, sept usines ont été fermées l’an passé, supprimant 1000 emplois. Toutes les informations montrent un certain épuisement des producteurs, découragés, non reconnus, alors qu’ils sont un maillon essentiel de l’économie nationale, produisant une matière essentielle à la vie et à la santé. Il en est de même des petites et moyennes fromageries dont une cinquantaine risque de fermer cette année, entraînant dans leur chute, la disparition de 10 000 emplois.

Il ne s’agit pas ici du grand mot de « redressement productif ». Il s’agit de maintenir une activité en faisant rémunérer correctement le travail agricole et en redistribuant la valeur issue du lait et des produits laitiers, accaparée par la grande distribution. Il y a urgence !

entetelaterre